
Diplômé du Royal College of Art de Londres, Damian O’Sullivan a très vite été attiré par l’univers du luxe. Designer indépendant depuis 1999, il a collaboré avec de nombreuses marques d’exception, notamment dans le domaine des arts de la table chez Hermès, pour concevoir des objets de maroquinerie, des accessoires pour la maison ou des projets destinés aux présentations, pendant la design week de Milan, chez Vuitton… Mais aussi chez Delvaux où il a assouvi son amour des sacs. Il y rencontre, avant son départ, Christina Zeller, devenue directrice artistique de la marque, après une expérience de directrice générale des accessoires chez Givenchy. Cette professionnelle, au parcours de 40 ans, possède une double compétence : un œil averti sur la force de la création et une vision plus business, capable de repérer les projets d’excellence. En 2021, il la recontacte pour lui montrer deux modèles, qu’il a imaginé, et solliciter ainsi son avis de spécialiste.
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Naissance d’une nouvelle griffe
Christina est tout de suite enthousiasmée par les créations de Damian qui changent de « ces sacs qui se ressemblent tous ». Grande liberté artistique, formes jamais vues, utilisation de la couleur dans des associations bicolores décalées, elle est séduite par leur haut degré d’inventivité. Ils décident alors de s’embarquer, ensemble, dans une nouvelle aventure en fabriquant et commercialisant ces deux premiers modèles. « En tant que designer, Damian a apporté les idées. J’ai cadré le projet, en affinant les formes, en ajustant les proportions, en recherchant les cuirs adéquats, en trouvant les sous-traitants… » Christina a aussi mis en place le site et la communication avec les prises de vue. Si Christina retrouve l’adrénaline de ses débuts, Damian apprécie les conseils et aides d’une professionnelle aguerrie, connaissant parfaitement le marché de ce type de produit. Pour celle qui pensait terminer sa carrière, le projet fait l’effet d’un rebondissement inattendu.
« À une époque où les grands magasins frileux font barrage aux créations audacieuses et ne prennent pas le risque de présenter des petits créateurs », Damian et Christina osent se lancer dans ce projet, un peu fou, sans investisseur… Ils sont aidés par des aides et bourses comme celle de Start Invest qui prête une somme à rembourser pour l’investissement de base. Mais aussi Wallonie Bruxelles Mode-Design, une aide destinée à financer la réalisation des prototypes, et hub.Bruxelles, permettant de régler les frais de salons. « Au début, nous avons tenté de commercialiser les sacs par l’intermédiaire de boutiques mais l’opération s’est avérée très compliquée. Le problème des marges commerciales, augmentant considérablement, le prix des sacs s’est aussi posé. Aujourd’hui, la marque Damiaan se vend exclusivement sur son site internet et à l’occasion de pop-up stores, avec des prix plus raisonnables, revus à la baisse ».
Des challenges techniques
« Nous souhaitions éditer des sacs très expressifs mais pratiques et pas lourds », précise Damian. « Pour le modèle Bootbag, interprétant l’idée d’une botte d’équitation avec une tige et une semelle, nous avons mis beaucoup de temps à trouver les deux artisans (dans le Veneto, en Italie) qui doivent travailler ensemble pour associer la partie chaussure et la partie sac. Les premiers prototypes étaient horribles. Pour le Snakebag, fabriqué en France, je suis parti d’une forme de sac classique en détournant les anses avec le dessin d’un serpent. Il fallait rajouter ses yeux et sa langue. La difficulté principale de ce modèle a été d’intégrer parfaitement le corps et la queue, à l’intérieur du sac, avec une couture invisible, de façon à créer l’illusion que le serpent sort du sac et se déroule pour former l’anse ».
Les sacs sont doublés avec une toile en coton et comportent une à deux pochettes intérieures en fonction des modèles, une bandoulière réglable, une quincaillerie dorée, une fermeture à glissière ou une bande de cuir pour la sécurité. Le modèle Snakebag est équipé d’un anneau en forme de D pour attacher les clés. Ce projet de maroquinerie créative, signé Damian O’Sullivan, repousse les limites du possible, tout en respectant la rigueur artisanale. Considérant le niveau de difficulté d’exécution des modèles, la production locale en Belgique était impossible. La difficulté est aussi d’offrir, grâce à un petit stock, un sac, livrable le lendemain, qui n’a rien de conventionnel dans sa fabrication. « Les ateliers de maroquinerie exigent une quantité minimale pour assurer une nouvelle fabrication et ne s’engagent pas sur les délais de livraison pour des petites commandes qui ne sont pas prioritaires, dans leur planning de fabrication », précise Christina.
À chacune son sac
Les sacs Damiaan sont exécutés dans la grande tradition de la maroquinerie. La fabrication est exemplaire jusque dans les détails particulièrement soignés. Sur Bootbag, la tranche visible est recouverte de couches de peinture en harmonie avec le choix des cuirs de veau italien. Décliné aujourd’hui en trois couleurs, un plus grand modèle, finalement abandonné, avait été imaginé pour un public masculin, ce cabas à la facture impeccable s’impose tel un objet à part entière. Pratique, son fond extérieur fabriqué à la façon d’une vraie semelle de chaussures cousue, permet de le poser par terre, sans risque de le salir ou de l’abîmer. Le modèle noir affiche un choix de cuir mat et laqué brillant, associés dans la même pièce, pour créer un effet de contraste comme sur une botte cavalière. Noir et blanc, avec sa semelle verte, tout noir, rouge bordeaux et auburn, avec une semelle verte, Bootbag affiche son inspiration en faisant le lien entre le monde de la sellerie et de la maroquinerie. Les sacs affirment leur personnalité, à nulle autre pareille, avec des duos de couleurs, chics, élégants et graphiques, inspirés de l’univers de la mode. Le Bootbag a déjà été mis au point dans une version small, surfant sur la mode actuelle de mini-sacs. Le modèle Snakebag, décliné en deux tailles, vient d’être adapté en pochette, avec une bandoulière amovible façon chaîne. Ces deux nouveautés seront prochainement commercialisées. « Nous réfléchissons aussi à une ligne de petite maroquinerie », révèlent Christina et Damian.
Un exercice difficile car les caractéristiques des sacs ne sont pas miniaturisables. Le nouveau challenge ? Trouver un lien entre un portefeuille, assigné à trois ou quatre fonctions, et les sacs déjà créés pour qu’ils se répondent, dans une même identité du style. Les sacs existants, qui composent la base de la collection, seront actualisés périodiquement avec de nouvelles couleurs.
« Le Bootbag en version noir et blanc, avec sa semelle verte, est notre best-seller, tandis que le modèle tout noir n’a pas reçu l’accueil escompté. Le Snakebag, bleu azur avec anses couleur mangue, marche aussi très bien ». Pour ce modèle, outre le modèle tout noir, décliné dans les deux tailles, des propositions de couleurs différentes en fonction du format, qui jouent avec les codes de la mode. Christina a constaté que les clientes semblent assumer parfaitement la singularité des propositions chromatiques. Elles composent une petite niche de femmes à la recherche d’un sac décalé et différent, à forte personnalité, un sac se démarquant des propositions standardisées et ne ressemblant à aucun autre, mais ressemblant simplement à la femme qui l’a choisi. Un peu rebelle, un peu espiègle…
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