
Une salle de sport bruyante, des haltères qui s’entrechoquent et, au centre, des jeunes hommes concentrés, presque hypnotisés par leur reflet dans le miroir. Pour certains, ce scénario est devenu (un peu trop) familier. Il ne s’agit plus seulement de fitness, mais d’une quête plus insidieuse : celle d’un idéal masculin sculpté à la perfection. Le phénomène porte même un nom : la bigorexie. Et, malgré son impact croissant, il demeure en retrait des projecteurs. En cause ? Une méconnaissance générale de ses mécanismes et une normalisation insidieuse de l’obsession pour le corps parfait.
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Les réseaux sociaux, un miroir amplifié
Instagram, TikTok, Snapchat… Impossible de scroller sans tomber à un moment sur la vidéo d’un influenceur exhibant fièrement ses biceps saillants et ses abdos dessinés. Si vous cliquez dessus par malheur, la bulle de filtre fera en sorte de vous en proposer plein d’autres du même acabit. C’est là que le cercle vicieux commence.
Bien sûr, on sait que les filtres embellissent, que les angles flattent, et qu’un petit coup de retouche est souvent passé par là. Pourtant, le message reste : « Vous pouvez y arriver aussi, avec un peu de volonté et… beaucoup de suppléments ! ». Ces images deviennent progressivement une sorte de mode d’emploi qui s’infiltre dans l’esprit des jeunes (et des moins jeunes), les poussant à croire qu’ils peuvent, eux aussi, atteindre cet idéal.
Corps d’acier, cœur fragile
La revue Men’s Health cite l’exemple d’Eli Weiss, un jeune homme de 15 ans souffrant d’intenses douleurs au dos, poussant sa mère à consulter un pédiatre. Passionné de musculation depuis ses 13 ans, il passait des heures à la salle, inspiré par les influenceurs fitness sur Instagram et TikTok. En deux ans, il était passé de 56 à 72 kilos, atteignant des records de poids soulevés. Jusqu’à ce que son médecin lui annonce que ses muscles grandissent plus vite que ses os, mettant en danger sa santé physique.
Lorsque le diagnostic tombe, le plus dur reste de faire le deuil de son corps projeté et d’accepter les limites de son anatomie. Outre les dangers pour le corps, la dysmorphie musculaire, ou « bigorexie », va généralement de pair avec fatigue, isolement social et troubles alimentaires.
Un idéal impossible
C’est un peu comme courir après une ligne d’horizon : toujours un peu plus loin, toujours un peu plus dur. Les blessures physiques sautent aux yeux – articulations surmenées, fractures, déchirures musculaires – mais les dégâts psychologiques restent cachés. Anxiété, isolement, voire dépression s’invitent dans cette spirale infernale. Les repas sont mesurés au gramme près, les relations passent au second plan, et la vie sociale se rétrécit à l’intérieur d’une salle de sport.
Dans cette quête, les compléments alimentaires deviennent aussi des alliés de choix. Poudres protéinées, boosters d’énergie, pilules miracles. Ça tombe bien, toutes sont facilement à portée de main. Mais ces produits, qui bénéficient d’un juteux business sur les réseaux sociaux, cachent pour beaucoup des substances douteuses ou inadaptées. S’ils promettent des résultats rapides, ils peuvent aussi entraîner de sérieux effets secondaires. Là encore, les jeunes se retrouvent bien souvent pris au piège d’une industrie qui vend du rêve en boîte.
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Vers une prise de conscience ?
Pour endiguer le phénomène, la prévention semble être la principale solution. Parents, enseignants, entraîneurs peuvent jouer un rôle en promouvant une pratique sportive saine et équilibrée, à défaut de pouvoir réguler le feed Instagram. Il faudrait pour cela encadrer au niveau légal les contenus en ligne, en plus de réguler l’accès aux compléments alimentaires.
Quelques avancées commencent à poindre dans le domaine. Certaines lois limitent désormais l’accès aux compléments alimentaires pour les mineurs, tandis que des campagnes tentent vainement de redéfinir les standards de beauté. L’autre clé réside dans la régulation des contenus numériques qui inondent les jeunes et exacerbent le culte du corps parfait. En attendant, la bigorexie a de beaux jours devant elle…
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