Qu’est-ce qui vous a poussé à créer votre propre comedy club, à Paris puis à Montpellier et à Bruxelles ?C’est parti de l’envie très égoïste d’avoir un lieu où je pouvais tester mes blagues. Lorsque j’ai imaginé le Fridge, il existait alors peu de clubs à Paris, à part le Paname, qui est une institution. Il y avait aussi le Jamel Comedy Club, mais ce n’est pas un comedy club à proprement parler comme on peut en voir aux États-Unis, où l’on propose quatre, cinq, six spectacles par jour, avec une possibilité de multiplier les spectacles et les tests de blagues. C’était donc le moment d’en lancer un et l’aventure du Fridge a débuté. Et comme je ne suis pas le seul à vouloir tester ses blagues, le lieu s’est développé. D’autres comedy clubs ont également ouvert leurs portes depuis… Le Fridge est rapidement devenu un endroit de référence. Il y a une connexion magique entre le public, les artistes et les équipes qui y travaillent. C’est ce qui nous a donné envie d’en ouvrir à Montpellier, puis à Bruxelles. L’idée est aussi de développer un réseau d’humoristes. En quoi un comedy club se distingue-t-il des scènes ouvertes que l’on voit fleurir dans des espaces culturels, des bars et restaurants ?C’est plus professionnalisé. Il y a une sélection des humoristes en amont. Le public vient pour se marrer, donc on veille à répondre à ses attentes. Il s’agit aussi de ne pas brûler les ailes des artistes, en particulier des jeunes qui rêvent de faire de la scène. Le public doit passer une excellente soirée mais les humoristes doivent, eux aussi, profiter d’une bonne expérience.Qu’est-ce qui attire le public dans ces lieux ?C’est un espace de curiosité, où il peut entendre de nouvelles blagues, avoir une idée de ce à quoi ressemblera le prochain spectacle de l’artiste, les thèmes abordés… Et puis, il y a dans les clubs une forme de liberté qui n’existe plus vraiment à la télé ou dans une grande salle. Les comedy clubs sont les dernières petites ambassades de la pleine liberté du rire. C’est important de maintenir ça. Enfin, ce sont des lieux où il n’y a pas de barrières comme on peut en voir dans d’autres endroits de la société. Quand je vais dans un club, j’ai un profond respect immédiat pour la personne qui prend le risque de monter sur scène, quelle que soit la couleur de sa peau, sa religion, etc. Il faut pas mal de folie pour avoir la prétention d’être drôle et de se dire qu’on va parler tout seul pendant dix minutes derrière un micro pour tenter de faire rire des inconnus. Cette folie, cette prise de risque, ça efface toutes les barrières ! Il y a un côté chaleureux mais aussi impitoyable dans les comedy clubs…Le verdict du public est immédiat et irrévocable. Quand tu es sur scène et que pendant deux minutes, il n’y a pas un rire, tu le sens tout de suite… Par contre, si tu n’as que quatre personnes devant toi et que tu les fais rire, tu peux être sûr que l’effet sera décuplé quand tu seras devant 500 ou 5000 personnes !Avez-vous vous avez l’impression qu’il y a eu un avant et après Covid au niveau du monde l’humour et de l’affluence du public ?C’est une évidence. Je le sais d’autant plus qu’on a ouvert le Fridge en plein Covid ! Quand on a rouvert, on a assisté à un essor, un regain d’énergie de dingue ; les gens avaient envie de tester des nouvelles sorties et un comedy club par essence, incarne tout ce qui était interdit pendant le confinement : un bar, un lieu de vie, un restaurant, une salle de spectacle… Les gens ont eu envie de vivre pleinement toutes ces choses dont ils avaient été privés.Vous qui êtes habitué aux grandes salles, revenir dans un comedy club, est-ce aussi pour renouer plus directement avec le public ?C’est la base de ce métier. Avant d’aller faire rire 5000 personnes, on apprend ce métier en en faisant rire 15. Je crois que le jour où on n’est plus capable de monter sur scène et de faire rire huit personnes à moitié bourrées dans un bar, on a perdu quelque chose. C’est le principe même de ce métier, qui exige aussi un éternel recommencement. Un chanteur peut tourner avec les mêmes chansons toute sa vie. Un humoriste, s’il revient tout le temps avec les mêmes sketchs, les gens vont fuir. Il faut toujours être créatif, écrire des nouveautés, être dans l’air du temps…Que penser de la multiplication des espaces dédiés à l’humour ? Devront-ils se spécialiser pour attirer chacun leur propre public ?Il ne faut pas voir ces différents espaces comme de la concurrence. Au contraire. À Paris, où il y a de plus en plus en de comedy clubs, le Fridge n’a jamais autant marché ! Les gens sont de plus en plus nombreux à découvrir ce type de sortie. C’est cool, ça change du boulot, ça change du cinéma, ça change des spectacles, des grandes salles, des concerts. Alors moi, je suis ravi qu’ils viennent essayer ça chez nous et qu’ils aillent aussi ailleurs. Par la suite, certains auront leurs préférences, c’est normal. C’est un peu comme quand on préfère aller voir un film précis dans telle salle de cinéma plutôt qu’une autre…Le Fridge Bruxelles : 97 bd du Midi, 1000 Bruxelles, ouvert le soir du mercredi au samedi, lefridgebruxelles.be