Angélique Kidjo : « À aucun moment, je ne me suis demandé qui j’étais » - Charlotte Vanbever

Angélique Kidjo : « À aucun moment, je ne me suis demandé qui j’étais »

Et cela, nous fera-t-elle comprendre tout au long de notre long entretien, c’est parce qu’elle a toujours su d’où elle venait. « Même si je ne savais pas forcément où j’allais… » Finalement loin, très loin, pour délivrer sa musique universelle et son discours humaniste jusqu’à ce qu’une étoile posée sur le sol à Hollywood s’en souvienne. Itinéraire d’une enfant du monde, née artiste humaniste au Bénin.
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Fabrice Mabillot

Grâce à elle, l’Afrique a (enfin) décroché son étoile à Hollywood. C’était le 18 août dernier, sur le Walk of Fame de Los Angeles. « Je viens d’un pays qui a inspiré le monde par sa culture. Et on ne le sait pas. Nous autres, Africains, nous ne savons pas ce que nous avons apporté au monde et ce que nous continuons d’apporter pour que la musique existe. » Angélique Kidjo, en 40 ans de musique, est devenue très influente. Écoutée et entendue, plusieurs fois récompensée pour son combat pour les droits de l’Homme, multiple récipiendaire d’un doctorat honoris causa. Des honneurs qui lui font d’abord se poser cette question – elle qui adore s’interroger depuis l’enfance : « Pourquoi moi ? Je ne pense pas faire quelque chose d’exceptionnel. Je ne fais que ce qu’on m’a appris : la valeur d’aller vers l’autre. »

Il y a quelques mois, au moment d’évoquer son parcours, c’est vers son enfance qu’elle se retournait pour tout expliquer. Sa combativité, son ouverture d’esprit, son empathie… « Vous savez, quand on devient célèbre très tôt, on apprend à prendre des coups. Les personnes qui venaient voir mes concerts à Cotonou (au Bénin), c’étaient les mêmes que je retrouvais à l’école. Et personne ne me traitait comme une star. Mes pires critiques, c’étaient mes parents. Mon père venait filmer mes concerts, il me laissait une semaine d’euphorie, puis revenait faire l’état des lieux. Et c’était chaud ! », nous confie-t-elle en éclatant de rire. « C’était costaud, brutal et joyeux en même temps. Et j’ai ainsi appris à rigoler de mes faiblesses. Quand on me disait : ‘Dans cette chanson, tu as chanté faux’, ça me permettait de garder les pieds sur terre. Je connais le privilège qu’est de vivre de son art et d’être libre de le faire. »

Fabrice Mabillot.
Fabrice Mabillot.
Angélique, si on vous dit que vous êtes « bien née », c’est-à-dire entourée et aimée par des parents dotés d’une grande ouverture d’esprit, êtes-vous d’accord ? C’est le point de départ essentiel à votre carrière…
Oui, c’est essentiel, même si on ne s’en rend pas compte au moment où on reçoit ça. Ados – on a tous connu ça –, on remet en question nos parents. La seule fois où j’ai traité mes parents de menteurs, c’était à la découverte de Willy Mandela, parlant de Nelson. Vers mes 9 ans, j’avais entendu parler de l’esclavage, mais sans alors vraiment pouvoir en comprendre l’ampleur. Et regarder cette femme à la télé dire que son mari a été mis en prison parce qu’il n’avait pas envie de répondre à une minorité blanche qui voulait les déshumaniser, ça a été un choc pour moi. Un choc fondateur dans ma quête de justice. Et à partir de cet instant-là, j’ai dit à mon père : « Je veux être avocate des droits humains. » Avant ça, je lui disais, parce que je ne supportais pas la souffrance : « Je vais être chirurgienne, je vais guérir toutes les maladies. » Mais ce discours sur l’apartheid m’a secouée jusqu’au fondement de ma personne. Et il y a eu des questionnements en moi sur l’éducation de mes parents, qui nous protégeaient des violences quelque part, et qui nous donnaient cette ouverture sur le monde, avec cette phrase qui était leur ritournelle : « Un être humain n’est pas une question de couleur de peau. » Ce big bang a duré un an. J’ai essayé de faire la part des choses, mais je n’arrivais pas à trouver de réponse. À partir de ce moment-là, j’ai commencé à m’intéresser à la justice, au droit. (....)
Retrouvez l’intégralité de cette interview ici (www.lesoir.be) et ce samedi en librairie dans votre So Soir, supplément gratuit du journal Le Soir.

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