
Rendez-vous dans un petit café du 5e arrondissement de Paris, à deux pas du Panthéon. Ce quartier chargé d’histoire et de savoir semble être un décor idéal pour parler de transmission, de partage et de sororité. Lorsqu’elle arrive, perchée sur son vélo, Clémentine dégage cette énergie bienveillante qui la caractérise tant. Elle vient de terminer un enregistrement intense, qui, nous confie-t-elle, l’a « retournée ».
Lorsque Clémentine Galey lance Bliss Stories il y a sept ans, elle part d’un constat simple : “la maternité était encore trop souvent entourée de tabous à cette époque-là”. Son podcast devient rapidement un espace de parole où les femmes partagent leur vécu sans filtre. « J’ai voulu créer un lieu où chaque femme peut raconter son expérience sans artifices. Se confier à mon micro, c’est souvent thérapeutique pour mes invitées, mais aussi pour moi », confie-t-elle.

Une question de transmission
Le succès est immédiat. Aujourd’hui, son podcast cumule 85 millions d’écoutes, et son chiffre d’affaires suit une croissance impressionnante depuis le début. Loin de se limiter à la maternité, Bliss Stories ouvre la porte à des conversations sur la sexualité, le corps, l’identité et plus largement la place des femmes dans la société. Pour Clémentine, ce succès prouve que la sororité est bien plus qu’une tendance : « Ce qui marche, c’est la transmission. On se projette dans l’histoire des autres, on se sent moins seules. »
Au-delà du podcast, Clémentine a vu naître de véritables communautés de soutien. Son programme Bliss Bump, destiné aux femmes enceintes et aux jeunes mamans, rassemble aujourd’hui plus de 10 000 participantes. En parallèle, des « Bliss Gangs » se forment spontanément : des groupes de femmes se réunissent en ligne ou dans la vraie vie pour échanger et se soutenir. Une semaine avant notre rencontre, Clémentine remplissait la salle parisienne mythique le Casino de Paris pour un show dédié entièrement à la femme. « Lors du Bliss Show n°2, j’ai rencontré un de ces groupes. Elles s’étaient donné rendez-vous à mon spectacle, c’était le plus beau des cadeaux », raconte-t-elle avec émotion.
La sororité comme arme massive

Le concept de sororité n’a rien de nouveau. Historiquement, ce mot ancien désignait des communautés religieuses féminines. Réapproprié par les mouvements féministes des années 1970, il refait aujourd’hui surface dans un contexte où les femmes revendiquent de nouveaux espaces de solidarité. Pourtant, si certaines militantes font de la sororité un combat politique, Clémentine Galey, elle, ne se revendique pas comme une activiste.
« Mon but n’a jamais été de militer », précise-t-elle. « Mais à force de donner la parole aux femmes, de créer des espaces d’écoute et de transmission, il est évident que mon travail s’inscrit dans un mouvement plus large, qui contribue à faire avancer la cause des femmes. » Une posture nuancée, qui distingue son engagement instinctif d’un militantisme revendiqué. Comme elle le répète souvent : “ le savoir, c’est le pouvoir”. Et Clémentine Galey en est une brillante incarnation.
Pour elle, la sororité est avant tout une dynamique naturelle de soutien entre femmes, un moyen de briser les silences et d’apporter du réconfort. « Si parler de nos expériences et nous entraider permet de déconstruire certains stéréotypes ou de faire bouger les lignes, tant mieux ! Mais mon intention première est avant tout de créer du lien. »
Avec le mouvement #MeToo, les femmes ont ressenti plus que jamais le besoin de créer des cercles où elles pouvaient s’exprimer librement. Certains y voient une forme de radicalisation du féminisme, d’autres un retour nécessaire à une entraide fondamentale. Quoi qu’il en soit, Clémentine Galey continue d’avancer avec la même philosophie : faire entendre des voix, sans dogmatisme, mais avec sincérité.
Des communautés engagées, un réseau puissant

De leur côté, Émilie Duchêne et Clio Goldbrenner, deux entrepreneuses belges passionnées, ont lancé « Let’s Share Our Rollercoaster », un concept innovant de speed meetings – l’équivalent professionnel du speed dating – où se retrouvent chaque mois des femmes entrepreneuses ou en devenir. Bien plus que de simples rencontres, ces échanges sont l’occasion de tisser des liens, d’obtenir des conseils et de se soutenir mutuellement dans leurs parcours. Une nouvelle forme de sororité, où le partage d’expériences et la transmission deviennent un véritable moteur de réussite. « Beaucoup de femmes souffrent de solitude et d’un manque de réseau. Or, avoir la possibilité de contacter quelqu’un peut faire gagner un temps précieux », nous explique Emilie.

Parallèlement, Emilie et Clio viennent de clôturer la première édition du festival Rollercoaster. Une journée entière dédiée aux femmes où se mêlaient talks, ateliers et show autour de thèmes aussi variés que la liberté financière des femmes, la sexualité, la maternité, le syndrôme de l’imposteur ou encore l’audace. Pour Clio et Emilie, comme pour Clémentine, la sororité est un levier puissant qui permet non seulement de renforcer la confiance en soi, mais aussi d’oser aller plus loin dans ses ambitions personnelles, comme professionnelles.
La sororité, c’est une manière de repenser la solidarité, de se débarrasser de cette compétition qu’on nous a trop longtemps imposée
Un levier de confiance en soi
Face à cette multiplication d’initiatives, une question se pose : la sororité est-elle une révolution durable ou un levier efficace pour générer du business ?
Émilie croit fermement en l’importance du collectif : « Le réseau et l’entraide féminine ont un pouvoir incroyable pour insuffler de l’énergie positive. Lorsqu’on échange avec des femmes de tous horizons, on apprend et on avance plus vite”.
“ La sororité est un formidable levier pour renforcer la confiance en soi et concrétiser ses ambitions. C’est par la transmission et l’écoute que nous nous sentons plus fortes », affirme quant à elle Clémentine.
Le concept de sororité permet donc aux femmes de s’unir collectivement. Et même s’il nécessite de tenir compte de la multiplicité des réalités vécues par les femmes et d’accorder la parole aux personnes concernées, il va de soi qu’en 2025, il a toute sa place dans notre société pour espérer mettre fin au patriarcat. Car, que ce soit les podcast Bliss, ou des rassemblements comme le Rollercoaster, jamais les femmes n’ont été aussi connectées entre elles, et jamais auparavant elles n’ont autant osé prendre la parole. Une chose est sûre : la vague de la sororité n’est pas près de s’arrêter et ça fait du bien !
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