Géraldine Vincent, l’architecte belge qui dessine les sacs les plus désirables du moment - Géraldine Vincent, architecte et styliste à la fois - Marie Honnay

Géraldine Vincent, l’architecte belge qui dessine les sacs les plus désirables du moment

Quand on est architecte d’intérieur, mère de trois enfants, pourquoi s’amuser à créer une nouvelle marque d’accessoires en cuir alors qu’on pourrait se contenter de dessiner des intérieurs de rêve ? La réponse avec la Belge Géraldine Vincent, fondatrice d’Amoroma.
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D.R

Il y a huit ans, alors qu’elle était en vacances à Rome avec son mari, Géraldine Vincent, 42 ans, architecte d’intérieur, diplômée de la Cambre et mère de trois enfants, a décidé de créer un sac qui lui permettrait de transporter, en même temps, son ordinateur et des plans imprimés sur de grandes feuilles A3. Bien décidée à ne pas remplacer le sac qu’elle utilisait à l’époque avant d’avoir créé le modèle parfait (elle nous jure qu’elle n’a pas flanché !), elle a démarré un long processus de création et de prototypage qui a duré… presque dix ans.

Pour The One, son modèle signature, un sac hybride « dont la forme suit la fonction » (la phrase préférée des architectes), elle a réalisé entre 20 et 30 essais pour arriver au résultat final : un modèle qui passe sans transition, grâce à deux curseurs de tirette indépendants, d’un format cabas classique à celui d’un long tote bag. En bref, ce sac est tellement ingénieux que certains ateliers italiens qu’elle a contactés pour assurer la fabrication de The One n’ont pas voulu entendre parler du projet, trop effrayés qu’ils étaient par sa complexité technique.

L’architecture, ça permet d’être nulle en italien

« La première fois que je suis allée en Italie pour rencontrer mes futurs fournisseurs de cuir et les ateliers de production avec lesquels j’allais travailler, j’ai réalisé un vrai tour de force : Rome, la Toscane, la région de Venise… Tout au long du processus d’élaboration de la première collection, j’ai enchaîné 19 allers-retours avec les plans de mon premier sac sous le bras, tout cela sans parler un mot d’italien. D’ailleurs, la première fois que j’ai entendu prononcer le terme « morbido » à propos d’un cuir, je me suis demandé pourquoi on me parlait de « mor »’. Il m’a fallu un certain temps pour comprendre que ça voulait tout simplement dire : « souple ». Ces derniers mois, j’ai passé autant de temps en Italie qu’en Belgique. Je considère d’ailleurs chacun de ces voyages comme une vraie de visite de chantier », assure-t-elle.

Encore plus de contenu «style» avec en vidéo un focus sur la colorimétrie des 12 saisons, une méthode peu connue pour savoir quelle couleur nous va le mieux :

Avec un peu d’entraînement, on peut tromper tout le monde

Parmi ses projets en tant qu’architecte d’intérieur, Géraldine Vincent a notamment signé la rénovation de la Taverne du Passage, une institution de la Galerie de la Reine à Bruxelles à laquelle elle a redonné son faste d’antan : « J’ai repensé les alcôves en intégrant du papier peint en lin tissé qui combine esthétique et fonctionnalité. Pour le bar esprit Art déco, j’ai cherché à cacher l’asymétrie de l’objet en imaginant un effet trompe-l’œil. » Ce fameux trompe-l’œil, l’architecte y a eu également recours sur plusieurs de ces accessoires, dont la paire de souliers qui s’ajoute aux autres éléments de cette première collection. « Grâce à une patte amovible, on peut facilement passer du modèle classique de ballerines de ville à un look Mary Jane, qui laisse deviner le coup de pied ».

Pour les couleurs de cette première série d’accessoires, Géraldine Vincent ne s’est pas non plus distancée de ses inspirations architecturales : un noir très industriel, un blanc graphique, un bleu Mondrian… Des teintes qu’on associe à une esthétique formelle, plutôt qu’à un mood girly ou volontairement branché.

Plus c’est technique, plus c’est confort

En marge du cabas « The One », réalisé sur base d’une seule peau (un challenge de plus pour les ateliers italiens qui, visiblement, ont eu du cuir à retordre), Géraldine Vincent a dessiné « Round ». Grâce à un passant qui traverse la pochette, ce modèle circulaire qui se porte à l’épaule ou en version banane change rapidement d’allure. Quant à « The Moon », le troisième sac de cette première collection, il se métamorphose lui aussi. Grâce à une anse intégrée plutôt ingénieuse, il passe d’une version « lune entière à demi-lune ». En résumé : soit, vous le saisissez par l’anse aimantée. Soit, quand il est fermé, vous glissez vos petits doigts dans les bagues métalliques. Un peu comme si votre sac se transformait tout à coup en bijou.

Pour la ceinture (qui se maintient bien en place, même sans trou ; et ça, c’est super utile), la designer a imaginé une boucle qui pivote sur un axe métallique invisible. Conclusion : en quelques gestes simples, l’accessoire change de couleur et donc de look.

Un beau produit réconcilie tout le monde

Géraldine Vincent est végétarienne, mais à l’instar d’autres créateurs (comme le designer français Jerôme Dreyfuss), elle défend le cuir véritable, garant d’un sac au toucher souple doté d’une belle structure. « J’ai choisi des peaux de vaches issues du circuit alimentaire tannées en Toscane dans le respect des traditions », raconte-t-elle. Preuve qu’on peut rester fidèle aux peaux classiques tout en affichant des valeurs éthiques. Son idée : proposer une approche jour/nuit qui, comme tout bon design d’intérieur, s’adapte aux différents moments de la vie. C’est d’ailleurs à la suite du succès de son premier sac (avec lequel elle se baladait partout) qu’elle a eu envie de prolonger l’expérience et de lancer d’autres modèles, points de départ de sa marque.

Côté boutique, on ne doit rien demander à personne

En septembre, Géraldine Vincent ouvrira une boutique sur la place Brugmann, à Ixelles. Un rêve entrepreneurial qui se prolonge par le biais de cet espace qui va lui permettre de rester fidèle à son credo : proposer ses sacs en petites séries en évitant de surproduire. Pour habiller le lieu, l’architecte d’intérieur a imaginé des accessoires en phase avec son univers : des profilés en métal noir pour suspendre les accessoires, ainsi que des miroirs sur lesquels s’affiche le logo du label. Le lieu accueillera aussi son bureau d’architecture, ainsi que des pièces de design pointu. « Quand j’élabore les différents aspects de la marque, dont le graphisme de la doublure intérieure (un R dédoublé) ou encore le curseur des tirettes, je suis très inspirée par le travail de Victor Horta qui ne se contentait pas de dessiner des maisons, mais bien chaque microélément de leur décor. »

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