
Après le ghosting, le breadcrumbing, le microcheating et on en passe… voilà le banksying. Inspiré du célèbre maître du street art, ce terme désigne une rupture qui s’autodétruit en silence. Comme la toile de Banksy qui s’était mise en lambeaux en pleine vente aux enchères.
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Une rupture lente et insidieuse
Le scénario est souvent identique. On part encore en week-end ensemble, on rit aux blagues gênantes du beau-frère, on poste des selfies de couple sur Instagram. Puis une fois rentrés à la maison, c’est le désert du Sahara. Les gestes ont disparu peu à peu, la tendresse s’est évaporée. On se dit d’abord que c’est la fatigue, le stress, bref, une mauvaise passe. Jusqu’au jour où l’autre lâche, l’air de rien qu’il ne ressent plus rien depuis des mois. Là, c’est le double uppercut. D’abord le choc de la rupture, puis la découverte que l’autre semblait préparer sa sortie depuis longtemps, pendant que vous faisiez semblant à deux.
Pourquoi faire ça ? Pour éviter le clash, par lâcheté, ou pour garder le contrôle jusqu’au bout. « Le banksying peut être une manière d’éviter la confrontation, mais aussi de gérer la rupture à son avantage », analyse Sigrid Schelstraete, responsable de l’agence de matchmaking Jade & Jules à Bruxelles et en Wallonie. Seulement, pendant que l’un échappe au conflit, l’autre encaisse le choc.
Rien de neuf sous le soleil
On ne va pas se mentir, le phénomène n’a rien de révolutionnaire. Annemieke Dubois, dans son livre RQ – Relationele Intelligentie, le dit clairement : on a juste repeint en flashy de vieilles habitudes. Le ghosting (disparaître), le breadcrumbing (laisser des miettes), l’orbiting (s’incruster discrètement via les réseaux), le microcheating (les petites infidélités planquées)… Tout cela est la même rengaine : peur de s’engager, flemme de communiquer, incapacité à dire franchement ce qu’on veut.
Les applis de rencontre amplifient évidemment ce phénomène. Tinder et compagnie ont transformé nos relations intimes en fast-love. On swipe, on teste et puis on jette. L’idée que l’herbe est toujours plus verte ailleurs rend chaque choix terrifiant. « Beaucoup préfèrent garder toutes les options ouvertes, quitte à sacrifier toute chance de vraie relation », confirme Sigrid Schelstraete à ce propos.
Des slowdaters à contre-courant
Heureusement, il existe aussi des contre-courants. Les slowdaters ralentissent la cadence et préfèrent miser sur la qualité que la quantité. Les manifestdaters annoncent cash ce qu’ils veulent, quitte à effrayer les amateurs de flou artistique. Autant de tentatives pour redonner un peu de chair et de sincérité aux rencontres. C’est aussi ce qui redonne du sens aux agences de matchmaking, qu’on croyait ringardes. Loin de l’image old school qu’on s’en faisait, elles incarnent aujourd’hui un antidote à la junk love. « Les célibataires qui font appel à nous savent qu’ils veulent construire. Ils investissent émotionnellement et financièrement. Leur démarche est déjà un choix en soi », insiste Sigrid. Dans ce cadre, les vieilles peurs de l’engagement sont identifiées, travaillées, parfois dépassées. Mais si la personne refuse de s’y confronter, ajoute-t-elle, l’accompagnement n’a guère de sens.
Au fond, le banksying n’est qu’un nouveau vernis pour traduire une vieille lâcheté : quitter quelqu’un sans jamais avoir eu le cran de dire qu’on partait. Ce qui change, c’est notre obsession à vouloir donner à chacun de nos travers amoureux un surnom buzzworthy. Alors, peut-on encore dater normalement dans ces conditions ? Oui, en théorie, même si en pratique, la relation amoureuse semble de plus en plus se rapprocher d’une discipline olympique. Ce qu’il nous faudrait pour performer dans ce sport de haut niveau : accepter la vulnérabilité, dire ce que l’on ressent, faire un vrai choix sans plan B en cachette, continuer de construire en faisant preuve de patience… Le tout dans une ère où tout le monde se réserve le droit de swiper ailleurs au premier faux pas. Bonne chance !
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