Génération Ghosting : les jeunes sont-ils tous mal éduqués ?

Ne plus se présenter au resto, à un dîner entre amis ou même à un entretien d’embauche devient courant. La génération Z est-elle impolie, ou se sent-elle juste désinvestie ? Décryptage.
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Le no-show dans les restos

C’est le premier symptôme de ce phénomène, qui gagne aujourd’hui d’autres strates de notre vie sociale et même professionnelle. Ne pas honorer sa réservation au restaurant ne vous semble pas bien grave ? C’est pourtant une attitude qui a de lourdes conséquences… et de plus en plus souvent, une empreinte de carte de crédit devient nécessaire au moment de réserver, et un montant forfaitaire par personne sera prélevé en cas de no show.

Le secteur de l’Horeca qui n’en peut plus de se relever des épreuves Covid et crises énergétiques ne peut plus absorber ce manque à gagner. Face au manque de respect de certains clients, les restaurateurs cherchent des solutions. D’autant plus qu’une empreinte bancaire à la réservation est une pratique facilitée par le fait qu’aujourd’hui les systèmes de paiement par voie digitale sont beaucoup plus fluides, via le site Internet d’un restaurant, sans que cela demande trop d’administration. Cela permet donc de systématiser le dépôt d’un acompte au moment de la réservation. Mais à y regarder de plus près, cette digitalisation serait en partie la cause de ce phénomène. Car il faut bien avouer qu’il est plus facile d’ignorer une réservation par formulaire en ligne qu’un coup de fil à un restaurateur en chair et en os…

En vidéo, zoom sur la micro-retraite, l’un des stratégies de la GenZ pour combattre le burn-out :

Le « ghosting » des candidats

Même constat dans les entreprises : quand de jeunes candidats décident d’abandonner le processus d’embauche à mi-parcours, et se contentent de disparaître soudainement du radar entre deux rendez-vous. Sans plus répondre aux e-mails, mais parfois aussi en ne se présentant même pas à entretien ou même, dans certains cas, en restant dans le silence total après une proposition de contrat.

C’est l’entreprise spécialiste en recrutement Robert Walters qui en dresse le constat, et, comme on peut s’y attendre, elle explique à quel point c’est frustrant pour l’embaucheur et surtout, cela lui coûte du temps et de l’argent. Avant de blâmer le manque d’éducation de la jeune génération, certaines explications sont à envisager.

Des études récentes nous apprennent que les jeunes demandeurs d’emploi postulent en masse : 38 % d’entre eux envoient plus de 20 candidatures par semaine, souvent avec l’aide d’outils d’intelligence artificielle. Il en résulte un engagement moindre pour chaque candidature individuelle, des lettres de motivation impersonnelles et des candidats qui ne se souviennent plus exactement où et pour quel poste ils ont postulé.

Et puis il y a le recruteur, qui automatise son processus de recrutement et réduit la place du contact humain dans sa sélection : voilà pourquoi 58 % des candidats abandonnent un processus de recrutement long ou fastidieux souvent par le biais de formulaire en ligne et de documents à télécharger. Ce mode de sélection déshumanisé entraîne aussi un désinvestissement pour les candidats qui ont l’impression que l’échange avec l’employeur n’est pas personnalisé, donc pas important…

Génération Ghosting : les jeunes sont-ils tous mal éduqués ? - Unsplash - Ingrid Van Langhendonck
Quand le recrutement se dépersonnalise, les candidats décrochent - Unsplash

Le « flaking »

Pour certains, annuler en dernière minute est devenu la norme, mais entre ne pas se déplacer au resto parce qu’on a changé d’avis et ne pas se présenter chez des amis qui vous ont invité à dîner, il y a une marge que les plus jeunes franchissent de plus en plus…

Le « Flaking », un mot anglais qui désigne l’art d’annuler ses plans à la dernière minute, est un phénomène qui s’est intensifié ces dernières années. Vincent Cocquebert, essayiste français et fin observateur de nos comportements sociaux, explique cette tendance par une « société de la dernière minute ». La pandémie aurait modifié notre rapport au temps : « Nous travaillons moins et avons plus de temps de loisirs qu’autrefois, tout en ayant l’impression d’être constamment sous l’eau par un ensemble de micro-tâches. Tous ces rendez-vous que l’on planifie deviennent une charge mentale supplémentaire, et la planification nous donne l’impression de ne plus être maîtres de notre temps immédiat ».

Mais ici aussi le numérique joue un rôle clé et participe à la déshumanisation des rapports humains : envoyer un whatsApp nous permet d’éviter la confrontation et la déception de l’autre, tout en nous assurant une sortie de secours à moindre coût émotionnel. Plus inquiétant : le flaking témoigne également d’une « obsolescence de l’altérité ». Dans un monde où l’on peut tout faire venir à soi, de la nourriture à l’attention sociale via les réseaux, le contact humain perd de sa nécessité. Ainsi, dans un monde ou les modes de communication se dépersonnalisent, les liens entre les gens se distendent, et la jeune génération (mais pas seulement) semble chercher son chemin dans ces nouvelles normes sociales.

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