
Sur le tapis rouge des Emmy Awards, les robes rivalisent de glam’ et les diamants clignotent sous les flashs. Puis il y a Megan Stalter. L’actrice et humoriste américaine, star de la nouvelle série Too Much, a déboulé sur le tapis avec l’assurance d’une ado qui s’est levée cinq minutes avant de partir : t-shirt blanc, jeans bleu, ballerines pointues, lunettes noires XXL, et un sac en cuir porté à l’épaule. Et c’est sur ce dernier que tous les objectifs ont fini par se braquer.
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Collées dessus, quelques bandes de scotch blanc griffonnées au marqueur noir : « CEASEFIRE! ». Un appel sans fioritures à un cessez-le-feu dans la guerre entre Israël et Gaza, qui continue de ravager des milliers de vies civiles depuis près d’un an. Pas de long discours ni de post Insta militant, juste un sac bricolé au milieu du glamour hollywoodien, et ça en dit encore plus long.
Des paillettes aux pancartes : la lente mue militante d’Hollywood
Depuis les années 70, le tapis rouge s’ouvre aux causes. En 1972, Jane Fonda profite de son Oscar pour dénoncer la guerre du Vietnam, et en 1978 Vanessa Redgrave déclenche des huées en soutenant la cause palestinienne. Des décennies plus tard, Spike Lee monte les marches de Cannes en violet, couleur des droits civiques, puis consacre son Oscar 2019 à la lutte contre Trump. En 2018, le #MeToo transforme Hollywood : 82 femmes, de Cate Blanchett à Agnès Varda, s’alignent à Cannes pour réclamer l’égalité, tandis qu’aux Golden Globes 2018, tout le cinéma défile en noir pour Time’s Up et Natalie Portman lâche un cinglant « voici tous les hommes nommés » en présentant le prix du meilleur réalisateur.
Billy Porter, lui, réinvente l’icône queer avec sa robe-smoking aux Oscars 2019, quand Lady Gaga fait entrer sur scène des victimes d’abus sexuels. Joaquin Phoenix dénonce l’élevage intensif en 2020 et porte le même smoking toute la saison pour éviter le gaspillage. Au Met Gala 2021, Elliot Page s’impose en costume sobre avec une rose verte, symbole de soutien aux mouvements LGBTQ+. Dans la foulée, des militants d’Extinction Rebellion bloquent l’accès à Cannes et, en 2022, Venise s’embrase de pancartes proclamant : « Pas de cinéma sur une planète morte ». Glamour et révolte, désormais, avancent main dans la main.
Quand un t-shirt blanc devient plus subversif qu’une robe nue
Le geste de Megan Stalter se présente donc comme une forme de condensé d’une mue plus large qu’on observe depuis quelques années sur les tapis rouges. Longtemps vitrine du rêve et de l’ostentation, le tapis rouge est en train de se transformer en panneau d’affichage politique. D’ailleurs, cette esthétique « je-m’en-fiche-du-dress-code » est devenue un look en soi. Une manière de hacker le système en le prenant à revers. Porter un simple t-shirt blanc sur un tapis rouge saturé de paillettes est devenu aujourd’hui plus transgressif que d’arriver nue recouverte de strass.
Oui, ce qui frappe chez Stalter, c’est cette dissonance volontaire. Pas de sac sérigraphié par une maison de luxe, ni de message poli par une armée de communicants : mais un message brut, presque enfantin, et c’est précisément ce qui le rend si fort. Dans un décor millimétré, pollissé, lustré... la moindre aspérité crie plus fort.
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Bref, ce n’est pas la première à injecter de la politique dans la mode, et sûrement pas la dernière. Mais en refusant le costume, Megan Stalter rappelle que le style le plus percutant est celui qui ose dire quelque chose, surtout quand tout autour de lui hurle le contraire. Un sac, un scotch, et un mot. Sur le tapis rouge, c’est peut-être la tenue la plus puissante qu’on ait vue depuis longtemps.
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