Loury Lag, aventurier de l’extrême : « Il n’y a pas d’échappatoire dans ces expéditions : soit on sombre, soit on évolue et on vit »
Dans ses voyages à lui, « abandonner n’est pas une option ». Ce que Loury Lag part chercher au milieu de ces paysages magiques, dans ces contrées parfois hostiles, dans des conditions extrêmes, c’est la meilleure version de lui-même. Un parcours qui inspire, forcément. Et donne envie de s’évader.
ParCharlotte Vanbever,
Il n’a pas encore 40 ans et parcourt depuis une dizaine d’années les continents d’une façon que le commun des mortels (si ce n’est Mike Horn et quelques rares aventuriers) n’approchera jamais, de la traversée du 2e plus grand glacier d’Europe (en Islande) à celle en totale autonomie du Désert du Sahara sur 250 kilomètres.
Son truc à lui, c’est repousser les limites – et les siennes surtout –, toucher à l’exploit sportif en jouant consciemment sa vie. « C’est aussi ça aussi qui donne de la valeur au fait de se lever le matin », sourit-il. Une grande partie de sa vie, cet aventurier français, père de famille, a l’impression de l’avoir passée en mode survie : une enfance violente, un passage par la case « prison » pour, ensuite, que sa soif de liberté et son envie de s’en sortir le guident vers les endroits les plus beaux mais surtout hostiles de la terre. La prochaine mission de Loury Lag, pour laquelle il pousse le curseur toujours plus loin ? « Défier les 5 environnements les plus extrêmes de la planète sans m’arrêter » …
Loury, cette passion pour l’aventure extrême, elle s’entretient en allant toujours chercher plus fort, plus loin ? En cherchant toujours plus de difficulté à l’étape suivante ?
Ce n’est pas forcément une difficulté, c’est une quête. Et les quêtes ne sont pas toujours plus difficiles, elles sont nouvelles. Et l’idée, c’est d’aller chercher des émotions, des rencontres, des univers différents et pas toujours avec une difficulté extrême. Évidemment, ce que je fais, oui, c’est très dur et c’est assez unique. Mais, par exemple, ma rencontre avec Jérémie (Rénier, qui a fait un film de leur expédition en Arctique, D’un monde à l’autre, qui sortira bientôt, NDLR) n’est pas extrême. Et pourtant, ça l’est devenu. Parce que ma volonté est d’aller dans des univers différents et de découvrir des parties de moi que je ne maîtrise pas.
Vos premiers voyages, vous les avez effectués en Amérique centrale et du Sud, après votre sortie de prison. Qu’est-ce qui s’est passé alors dans votre tête ?
Je pense qu’il y a eu une décompensation, une envie de partir le plus loin possible de tout ce qui m’était arrivé, et d’essayer de reconstruire, de recommencer quelque chose. Je me suis un peu rebâti ailleurs. Ça me faisait du bien et ça me permettait de passer à autre chose, et d’être une nouvelle version de moi-même.
Et à chaque fois que vous repartez en expédition, vous allez chercher une meilleure version de vous-même ?
Oui. On est toujours une meilleure version de soi-même après des expériences, des rencontres marquantes. C’est aussi le but recherché : évoluer avec ce qui nous arrive, avec les situations de vie. En fait, c’est comme une espèce de masterclass pour laquelle il n’y a pas d’échappatoire. Quand on se retrouve dans des univers comme ceux-là, il y a deux options : soit on sombre et on meurt, soit on évolue et on vit. Dans la vie de tous les jours, on pourrait avoir le choix, alors que là, on n’a pas le choix.
Vous êtes dès lors constamment conscient sur le terrain que vous jouez votre vie ?
Ce n’est pas un jeu mais on joue effectivement sa vie. Et c’est aussi ça qui fait prendre conscience de l’importance des choses, qui donne de la valeur au fait de se lever le matin et de ne pas toujours être dans une forme d’acquis. La vie peut quitter n’importe qui à n’importe quel moment, et partir dans des expéditions extrêmes, c’est aussi se rendre compte de la puissance, de la chance et du bonheur qu’on a de pouvoir respirer en se levant le matin. C’est comme une piqûre de rappel géante.
Mais c’est une piqûre de rappel que vous vous faites tout le temps puisque vous repartez rapidement après être revenu…
Oui, parce que l’humain a tendance à oublier la chance qu’il a, et il a tendance à se satisfaire de son quotidien et à commencer à devenir exigeant. Moi, la seule manière que j’ai trouvé, c’est de partir en expédition pour ne pas l’oublier. Il faut partir pour entretenir. C’est comme les vacances en fait. On comprend la grandeur des vacances quand on rentre à la maison ! (rires)
Vous avez commencé il y a 15 ans à faire ce type d’expéditions. Elles vous ont clairement appris à mieux vous connaître ?
Oui. Après, je pense que c’est normal pour tout le monde, avec le temps et les expériences. C’est juste que j’ai eu la chance – ou la malchance – de devoir toujours être en masterclass. Mais ça m’a donné l’opportunité de dire qu’aujourd’hui je me connais parfaitement bien, à la fois sur mes faiblesses et mes forces, sur mes capacités, et sur la bonne ou la mauvaise personne que je suis. Et ça me permet de prendre des décisions de survie qui sont plus rapides.
Sur cette dizaine de missions, combien de fois vous vous êtes dit que c’était la dernière fois ?
Souvent, ça intervient pendant parce qu’on se dit qu’on n’a pas envie de se retrouver à nouveau dans telle ou telle situation. Mais dès qu’on rentre à la maison, on a envie de repartir après quelques semaines. C’est fou comme l’humain est capable d’occulter ses peines, ses difficultés, ses violences. Ça m’est arrivé très souvent, mais très souvent, je suis reparti.
Est-ce que ça veut dire que le quotidien ne vous convient pas ?
Je suis moins à l’aise avec le quotidien qu’avec la survie. Je dis souvent pour blaguer – mais c’est la réalité - : la survie est pour moi mon quotidien.
On ne devient pas aventurier de l’extrême du jour au lendemain. Vous vous êtes beaucoup entraîné, notamment dans des camps militaires. Ça demande aussi une grande volonté d’entraînement…
Bien sûr, il faut une détermination. J’ai fait beaucoup de choses en autodidacte, en me disant que j’allais découvrir ci et ça souvent au péril de ma vie. La chance, je ne sais pas, ou la débrouillardise m’ont sorti de tout ça. J’ai appris beaucoup en me mettant dans une situation extrêmement difficile. Et aujourd’hui, je prends un peu plus de dispositions, mais je me suis beaucoup entraîné. J’ai fait beaucoup de camps, de missions militaires, je suis parti dans plein d’endroits différents et ça m’a permis d’acquérir assez rapidement des facultés. Mon parcours de vie aussi a toujours traîné autour de la survie. Durant mon enfance, j’ai dû survivre face à la violence. J’ai dû survivre en fait durant à peu près toute ma vie…
Votre parcours de vie et votre enfance vous ont forcé à être plus fort…
Oui, tout à fait. Devoir survivre face à un parent, face à une éducation très primitive, ça m’a considérablement forgé pour entamer ces expéditions.
Mais vous étiez plutôt sportif dès le départ ?
Oui, bien sûr. Mais la plus grosse ressource qu’il faut, c’est le mental.
Vous disiez prendre plus de dispositions aujourd’hui. Vous êtes plus prudent aussi parce que vous avez deux filles à la maison ?
Plus prudent, je ne sais pas, mais en tout cas, ce que je fais est plus calculé. Je prends des risques, mais un peu plus contrôlés. Mes enfants jouent effectivement un rôle là-dedans. À la fois, ils sont ma plus grande force et ma plus grande faiblesse. À la fois, ça me donne envie de rentrer à la maison en vie et ça me donne envie d’abandonner à tout moment pour les retrouver. J’essaie de mettre mes émotions de côté dans mes expéditions, et c’est ce qui m’a permis de survivre à travers tous ces endroits : pouvoir contrôler l’émotionnel.
Vous avez emmené vos filles d’ailleurs avec vous en expédition en Bolivie, en altitude, dans un désert de sel. Elles embrassent votre passion, même si elles sont encore jeunes ?
Elles ont des appétences pour la nature, le respect de l’environnement, les petites aventures. Je pense que je les éduque d’une manière assez particulière, en trouvant des alternatives aux écrans. Ça prend du temps, mais l’éducation passe par les expéditions, par le partage de temps de qualité avec elles. Et une fois qu’on croise un peu tous ces mondes, on a des enfants équilibrés.
Qu’est-ce qui vous manque le plus quand vous êtes en expédition ?
Le confort. Manger des bons plats, aller aux toilettes. Ça dépend des expéditions qu’on fait, mais en fait, parfois, c’est juste se lever dans un endroit qui n’est pas en train de dériver, boire de l’eau pure qui n’est pas salée à 80 %. Il y a plein de parties qui sont assez basiques et quand on revient à la survie et à cette base très primitive, on se rend compte que l’humain est capable de vivre avec strictement rien. On est juste tombé dans une ère de consommation et de confort et on nous a fait oublier les priorités.
Y a-t-il un endroit que vous avez voulu explorer et auquel vous avez renoncé ?
Non, pas encore, mais il y a des rêves… J’ai renoncé à plein d’endroits différents, mais j’y suis retourné depuis.
En général, vous savez pour combien de temps vous partez ?
Au début de la mission, je sais les fenêtres à travers lesquelles je vais devoir remplir ma mission. Mais c’est assez variable car on ne maîtrise pas la météo, les imprévus, et on sait qu’il aura tout le temps des problèmes. En gros, quand on part, on dit qu’on part entre 30 et 90 jours. Parfois, c’est 20 jours pour un entraînement, parfois 5. Et là, ma prochaine mission, c’est 150 jours.
Et où ?
Je vais défier les 5 environnements les plus extrêmes de la planète sans m’arrêter. Ça demande des années d’entraînement.
Quel est le plus beau paysage que vous ayez eu devant vos yeux ?
Ce qui est magiquement beau, c’est la banquise, cet environnement de glace à perte de vue.
Loury Lag : « J’ai fait beaucoup de choses en autodidacte, en me disant que j’allais découvrir ci et ça souvent au péril de ma vie. »
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