Se lever à 5h pour réussir sa vie ? Un mythe, révèlent les scientifiques - La prochaine fois que votre réveil sonne à 5h, posez-vous la seule vraie question qui vaille : est-ce que c’est vraiment ce dont j’ai besoin ? - Camille Vernin

Se lever à 5h pour réussir sa vie ? Un mythe, révèlent les scientifiques

« Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt », paraît-il. Et si on arrêtait de confondre performance et privation de sommeil ?
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C’est le dernier mantra bien-être en vogue sur TikTok. Sur fond de lumière dorée et de fond musical lo-fi, on voit des silhouettes faire du yoga, boire de l’eau citronnée, planifier leur journée dans un carnet Moleskine et courir un 5 km à jeun. Il est 5h12 du matin. L’heure sacrée des gens « qui ont tout compris ». Les vidéos cumulent des millions de vues et s’inscrivent dans une tendance plus large : celle du culte de la morning routine, censée vous transformer en personne ultra-productive, ultra-zen, ultra-tout. Mais se lever tôt rend-il réellement plus productif ? La réponse est simple : non. Et c’est même prouvé scientifiquement.

Découvrez en vidéo cinq erreurs courantes qui vous discréditent au bureau :

Une tendance qui ne date pas d’hier

Derrière l’apparente nouveauté TikTok se cache en réalité un vieil héritage : celui de Benjamin Franklin. L’un des Pères fondateurs des États-Unis écrivait déjà en 1793 qu’il se levait à 5h pour prier, réfléchir à ses priorités et étudier. Sa devise ? « Early to bed and early to rise makes a man healthy, wealthy and wise ». Bref, la première miracle morning est américaine, blanche, masculine et protestante. Dans les années 2000, les livres de développement personnel ont recyclé tout ça avec des noms plus vendeurs. La prière s’est muée en affirmations positives, et le jus d’orange en smoothie au matcha.

Ce que la science dit (vraiment)

Contrairement à ce que voudraient nous faire croire les adeptes du 5am club, notre capacité à être productif tôt le matin n’est pas une question de volonté, mais de biologie. Notre rythme circadien – cette horloge interne régulée par la lumière et l’obscurité – varie en réalité d’une personne à l’autre. Certains sont naturellement du matin, d’autres du soir. Entre les deux, demeure une majorité que l’on appelle « chronotypes intermédiaires ».

Et il ne suffit pas de programmer un réveil à 5h pour changer ça. Des études ont montré qu’un oiseau de nuit forcé de se lever aux aurores sera plus fatigué, moins concentré, et au final… moins productif. Pire, il pourrait mettre sa santé mentale en danger. Un article du Washington Post a ainsi rappelé que cette injonction à se lever tôt véhicule une forme de culpabilisation des « oiseaux de nuit », perçus comme paresseux, alors qu’ils sont simplement câblés différemment.

Un nouveau capitalisme du corps

Pourquoi, alors, cette obsession ? Parce qu’elle colle parfaitement à l’idéologie de la performance qui gangrène nos réseaux sociaux. Sur Instagram ou TikTok, la journée idéale commence tôt, se poursuit par une to-do list millimétrée, des shots de collagène et une séance de lecture de 45 minutes. Le tout, évidemment, entre 5h et 8h du matin, bien avant que le commun des mortels ne songe à sortir du lit.

Ce culte du réveil anticipé, porté par les influenceurs bien-être, les CEO en baskets et les gourous de LinkedIn, fait du temps une monnaie. Celui ou celle qui « se lève avant les autres » est censé·e prendre de l’avance dans la vie. On ne parle plus d’optimiser son temps, mais de l’exploiter jusqu’à la dernière minute. Le matin devient une usine à productivité.

Et si on se foutait la paix ?

Bien sûr, certaines personnes aiment se lever aux aurores. D’autres écrivent mieux à l’aube, comme Toni Morrison, qui profitait du silence du matin pour écrire avant que ses enfants ne se réveillent. Parmi les lève-tôt, on citera aussi Steve Jobs, Taylor Swift ou encore Tom Brady. Leurs routines, tant qu’elles sont choisies, peuvent être précieuses. Le problème, c’est l’uniformisation des modèles de réussite.

Car tout le monde n’a pas envie, ni besoin, ni même les moyens de s’infliger une routine militaire au point du jour. Et surtout, se lever tôt n’est pas une preuve de vertu. Ce n’est ni un gage d’intelligence, ni de succès, ni de discipline. Il s’agit juste… de se lever tôt.

Arrêtons donc de croire que le vrai miracle est dans le réveil à 5h, car il est plutôt dans l’écoute de son propre rythme. Ce que confirme la neuroscientifique Kristen Knutson : « L’heure du lever idéale est celle qui respecte vos besoins en sommeil. Forcer son corps à fonctionner contre-nature est non seulement inefficace, mais peut même nuire à la santé cognitive à long terme. Les noctambules qui tentent de vivre dans un monde d’alouettes peuvent avoir des conséquences sur la santé de leur organisme », explique Kristen Knutson, coauteur principal de l’étude et professeur agrégé de neurologie à la faculté de médecine Feinberg de l’université Northwestern.

Bref, si la fameuse « miracle morning » vous fait du bien, tant mieux. Mais si elle vous fait culpabiliser et ruine votre énergie, laissez-la de côté. Car il n’existe pas de recette universelle. Juste des gens qui se lèvent à 5h, d’autres à 9h, et qui réussissent – ou non – tout aussi bien leur journée. Ce que les vidéos TikTok ne vous diront jamais, c’est que la productivité ne se mesure pas à l’heure du réveil, mais à la qualité de votre sommeil, de votre attention, et surtout de votre vie évidemment.

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