La Fat Chair et ses courbes généreuses, la lampe Mirror Ball et son allure disco, l’audacieuse et sculpturale S-Chair, que l’on retrouve au MoMa et au Victoria & Albert Museum de Londres… Autant de pièces iconiques nées de l’imagination de l’Anglais Tom Dixon. Un artiste autodidacte aussi inventif que prolifique… et généreux, comme nous avons pu le constater lors de notre rencontre. Le rendez-vous était fixé chez Mayfair, l’impressionnant concept-store haut de gamme (mais avec de nombreuses pièces abordables) du boulevard de Waterloo, où la mode et la littérature côtoient la décoration et l’ameublement. Un écrin de choix pour les pièces du prolifique créateur, venu ce soir-là donner une conférence sur son parcours. L’occasion de nous offrir en amont un tête-à-tête avec l’artiste…
Avant de vous lancer dans le design, vous étiez bassiste dans un groupe de soul, Funkapolitan. Rêviez-vous de faire carrière dans la musique ?À vrai dire, je n’avais aucune ambition quand je suis sorti de l’école. La dernière fois que j’ai pensé à ce que je ferai adulte, j’avais 6 ans et je voulais devenir pompier (rires). J’étais dans une école dont le niveau n’était pas brillant… Par contre, il y avait de chouettes ateliers de boiserie, de céramique… C’est là que j’ai découvert la joie de fabriquer des choses, j’avais 16 ans. Je me débrouillais bien en poterie. Je suis donc sorti de l’école avec un certificat en poterie et un en français. Je ne savais pas trop quoi faire, j’ai multiplié les boulots… J’ai même colorié des dessins animés, à l’époque, tout se faisait à la main. Et comme tout le monde à Londres, je faisais de la musique avec mes copains. On a créé un groupe avec lequel on a signé un contrat avec une maison de disques. On est parti en tournée ; je suis même venu jouer en Belgique ! Puis, j’ai eu un accident de moto. Je me suis cassé le bras, une semaine avant de partir en tournée. J’ai été remplacé par quelqu’un qui jouait bien mieux que moi, par la suite, il a d’ailleurs joué avec Madonna et Michael Jackson. Donc, ma carrière de musicien s’est arrêtée là… Comment en êtes-vous venu au design ?J’avais déjà commencé sans le savoir… On avait vu à New York des boîtes de nuit formidables. On a voulu reproduire ce format à Londres. Je vivais la nuit, et la journée, je faisais des choses pour m’amuser… C’est comme ça que j’ai appris à souder. J’avais une collection d’anciennes motos et de voitures et je pensais utiliser la soudure pour les réparer. En réalité, j’ai trouvé là quelque chose qui me plaisait avec lequel je pouvais créer des choses rapidement. Pour moi qui suis impatient, c’était facile ! Dans le monde des boîtes de nuit, on côtoie beaucoup de gens issus de la mode, de la coiffure, de la photo… qui ont toujours besoin de quelque chose. Je créais des objets pour la scénographie, pour créer des ambiances… C’est comme cela que j’ai appris à fabriquer des objets avec une fonction. Et puis, cela me changeait de la musique. J’avais l’habitude de partager mes idées avec sept autres garçons, de passer la journée avec eux… Tout ça avec beaucoup d‘ego et d’hormones (rires). Alors, quand je me suis retrouvé seul, à créer des choses pour moi, et qu’en plus des gens les achetaient, ma nouvelle vie a commencé. Je n’avais pas de plan de carrière, mais j’étais productif. Et j’ai appris en fabriquant…Beaucoup de vos pièces sont abordables. Est-ce un point d’attention pour vous ?Ce qui m’intéresse, c’est de travailler dans des segments différents. Travailler pour Ikea, avec qui j’ai récemment fait un lit, ça m’a fasciné. Je travaillais alors pour quelque chose destiné à la grande consommation. J’aime faire des choses en série, mais aussi faire un prototype, et le voir dans un musée, dans une galerie où il y a beaucoup d’espace autour… Donc j’aime jouer sur tous les niveaux. J’ai même un jour donné 1 000 chaises, que j’avais fait sponsoriser. Mais cela ne me dérange pas de faire aussi de choses complètement inabordables et qui plaisent à très peu de monde.