Qui était Pierre Paulin, « le Joe Dassin du design » ? - Pierre Paulin, un designer qui n’a jamais cessé de questionner sa pratique, ses références et les besoins de ses contemporains. - Marie Honnay

Qui était Pierre Paulin, « le Joe Dassin du design » ?

Plusieurs décennies après leur création, les pièces de Pierre Paulin continuent de fasciner. Pourquoi le canapé Pumpkin, le siège Oyster ou le bureau Tanis captivent-ils encore les mordus de beau mobilier, plus encore qu’il y a 40 ou 50 ans ? Décryptage avec des experts.
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D.R.

« Pierre Paulin, c’est un peu le Joe Dassin du design », nous lance Antoine Roset, directeur marketing de la maison d’édition éponyme. « Dans les périodes de trouble telles que celles que nous vivons actuellement, nous avons besoin de revenir à des choses qui nous rassurent. À l’instar des chansons de Joe Dassin, le design de Pierre Paulin est synonyme de confort, mais aussi de joie », précise-t-il. Il évoque ainsi la collaboration entre Ligne Roset et le designer : « C’était en 2006, soit trois ans avant sa mort. À l’époque, le design de Pierre Paulin n’avait pas la cote qu’il a aujourd’hui. D’ailleurs, il en voulait un peu à la France de ne pas avoir davantage œuvré pour l’essor du design industriel. Plus connu à l’étranger que dans son propre pays, il nous a contactés pour nous proposer de rééditer certaines de ses pièces des années 60 et 70. Pour lui, cette alliance s’apparentait à une sorte de rapprochement ultime. Créé, à l’origine, pour habiller les appartements privés du couple Pompidou à l’Élysée, le canapé Pumpkin, le point de départ de notre collaboration, n’avait jamais été édité à destination du grand public. C’est Pierre Paulin lui-même qui l’a légèrement redessiné pour lui donner l’allure qu’on lui connaît aujourd’hui. »

Le bureau du Président

Visionnaire, Pierre Paulin était aussi un homme de son temps, comme en témoigne, entre autres chefs-d’œuvre, le fauteuil Concorde, un hommage à l’avion du même nom. Conservatrice au sein du département moderne et contemporain du musée des Arts décoratifs de Paris, Juliette Pollet rappelle d’ailleurs que, si le design de Pierre Paulin a autant frappé les esprits, c’est aussi parce que le Français n’avait pas hésité à s’inspirer du courant organique, très en vogue aux États-Unis et en Scandinavie dans les années 50. « En France, il est le premier à proposer une nouvelle typologie de siège. Plutôt que concevoir une structure avec les pieds, l’assise et le piétement séparés, il s’essaye au monobloc en imaginant une housse textile qui recouvre l’ensemble du fauteuil. Facétieux, Pierre Paulin l’avait d’ailleurs décrite comme un maillot de bain qu’on ajusterait sur le siège en tirant dessus comme on le ferait avec un petit bout de lycra. Cette technique qui rend invisible toute trace de soudure ou d’assemblage permet d’obtenir des formes séduisantes, mais aussi d’imposer un nouveau vocabulaire qui lui a ouvert les portes de l’Élysée. D’abord sous l’ère Pompidou, mais aussi au milieu des années 80 quand François Mitterrand lui commande un bureau », ajoute Juliette Pollet. Pour cette pièce résolument avant-gardiste, Paulin s’inspire du bleu et du rose d’une tapisserie présente à L’Élysée. Entré dans la légende, cet ensemble fait partie des pièces rééditées par son fils Benjamin Paulin, à la tête de Paulin Paulin Paulin, une maison d’édition, en charge de la préservation de l’héritage du designer.

Qui était Pierre Paulin, « le Joe Dassin du design » ? - D.R. - Marie Honnay
Le bureau Mitterand par Pierre Paulin - D.R.

Maître absolu

Comme Antoine Roset aime le rappeler, « il existe beaucoup de designers, mais peu peuvent se targuer de créer des pièces qui passent les générations. » Selon notre expert, l’esprit Pierre Paulin, c’est un mélange d’anticonformisme et de justesse dans les lignes et les proportions. « L’essence même du design industriel, c’est de créer des produits de tous les jours, à la fois actuels, visuellement attractifs et pratiques. Quand vous regardez les courbes du sofa Pumpkin, du siège Bonie imaginé en 1975 ou encore du fauteuil Ribbon (réédité par la société néerlandaise Artifort, NDLR.), ces assises s’inscrivent clairement dans cette dynamique ».

Qui était Pierre Paulin, « le Joe Dassin du design » ? - Ligne Roset - Marie Honnay
Fauteuil Bonnie – Ligne Roset, design de Pierre Paulin - Ligne Roset

« Le vrai génie de Paulin, c’est sa parfaite maîtrise des formes libres, une approche esthétique qui rompt avec la rigueur et les codes de l’époque, mais qui, néanmoins, a mis très longtemps à trouver des adeptes. », ajoute le Belge Christophe Declercq, propriétaire de Passé Simple The Vintage Gallery à Knokke. « Sa cote n’a explosé qu’au cours des dix dernières années de sa vie. Aux Pays-Bas, un habitant sur deux possédait son fauteuil Mushroom, mais en 2025, il est de plus en plus rare de trouver des originaux. Cela dit, lorsque c’est possible, je conseille d’investir dans une pièce Paulin des années 70. Certaines ont encore leur mousse d’origine ; un concept « à mémoire de forme », avant la lettre. Cette particularité leur confère un confort incroyable », précise l’antiquaire. « Quand il est nécessaire de les regarnir, je choisis des couleurs très pop, en accord avec l’esprit du designer qui, fidèle à son esprit avant-gardiste, a toujours favorisé les tonalités joyeuses, l’une de ses marques de fabrique. », précise-t-il.

L’innovation dans le viseur

Le caractère iconique des pièces de Paulin s’explique par leur look d’enfer, mais aussi par le caractère novateur de la démarche de création. Antoine Roset : « Pierre Paulin a été précurseur dans l’utilisation du jersey, un tissu très flexible qui lui a permis de capitonner ses créations tout en courbes. Pour le fauteuil Oyster, il a imaginé une coque d’assise en mousse polyuréthanne moulé qui, pour l’époque, était une véritable prouesse technique. »

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Canapé Andy, design de Pierre Paulin - Ligne Roset

Christophe Declerq évoque quant à lui la M chair : « Avec son revêtement en mousse qui retombe sur les pieds, c’est, à mon avis, la pièce de Paulin qui combine le mieux esthétique et confort. » « Quand on examine l’ensemble de sa carrière, on ne peut être que frappé par la manière dont il a su évoluer avec son temps. », ajoute Antoine Roset. « La preuve avec le grand canapé Andy, un design de 1962 lui-même basé sur une pièce imaginée par Florence Knoll dans les années 50. Plus classique, cette pièce se rapproche, d’un point de vue stylistique, de Tanis, un bureau dessiné dans les années 50 que nous avons réédité en 2008 dans un mélange de noyer et de stratifié résistant aux rayures », résume-t-il.

Découvrez en images notre rencontre avec le designer Erwan Bouroullec :

Double prouesse technique

« L’obsession de Pierre Paulin est de créer du mobilier accessible au plus grand nombre. On est donc très loin d’une logique de développement durable telle qu’on la connaît aujourd’hui », poursuit Antoine Roset. « Pour faire cadrer le fauteuil Oyster avec les enjeux écologiques actuels, le choix des matières est important, tout comme la dimension d’éco-conception. Parvenir à fixer le tissu sur l’assise sans le coller est une prouesse qu’on pourrait comparer à celle réalisée par le designer pour créer sa fameuse coque. Sur certains modèles anciens, ce genre de démarche n’est pas possible, mais si l’on considère que la longévité d’un produit intervient dans les critères qui attestent de sa contribution au développement durable, on peut considérer que du mobilier qui passe les années avec brio entre dans cette catégorie. » Plus que jamais dans l’air du temps, comme le rappelle Juliette Pollet, les assises basses de Paulin correspondent à notre conception du confort actuel. « Néanmoins, tout autant que la forme, sa méthode de travail basée sur une maîtrise parfaite des procédés de fabrication est ce qui rend son œuvre totalement pertinente aujourd’hui », conclut notre experte.

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