
Bio et écodesigner, spécialisée dans l’innovation durable, Mathilde Wittock a étudié le biodesign et le design industriel à la Central Saint Martins College of Art and Design de Londres. Son travail est influencé par ses expériences au sein de divers studios de création tels que Pentagram, l’Atelier Van Lieshout et Futurewave, où elle a acquis une compréhension critique de l’intersection entre design et durabilité. Guidée par les principes du design circulaire, Mathilde privilégie la création de produits en tenant compte de leur cycle de vie complet, minimisant son impact, challengeant les méthodes de production, et s’engageant dans une démarche « cradle to cradle ».
La nature comme modèle
Basée en Belgique, intégrée aux ateliers Zaventem, Mathilde collabore avec une université pour mettre en évidence les propriétés acoustiques des matériaux. Son approche, nécessitant empathie et symbiose avec le monde vivant, s’est focalisée sur les plantes de la famille des graminées. Avec leurs racines, se développant par division cellulaire, Mathilde fabrique des briques murales acoustiques ou des tissages : « À la façon du carton, les tissages se froissent aisément dans la main et reprennent leur aspect initial en quelques secondes. Une matière régénérative, sans déchets, circulaire et incroyablement modulaire ».
Découvrez en vidéo notre rencontre avec le designer français Erwan Bouroullec :
À Milan, dans le cadre d’Alcova, en avril 2025, elle a exposé une grande tapisserie murale de 3 mètres de long, formée de plus de 200 morceaux cousus à la main et tissés par Dame nature. « Cette herbe, aux graines provenant de l’agriculture biologique française, pousse en sept jours. C’est une ressource locale et globale car partout présente dans le monde. Plante très résistante, elle peut croître dans des conditions extrêmes, avec très peu d’eau. Je lui applique un traitement de déshydratation et rajoute un bioplastique, à base d’algues et de pigments minéraux, pour renforcer la solidité de la matière. » Quant aux Root Tiles, dotés d’une forte absorption des basses et hautes fréquences, ils sont très efficaces pour réduire la réverbération et améliorer la clarté du son. Ces carreaux sont moulés selon des motifs cymatiques, représentant les fréquences sonores, hautes et basses. Renforcés par un bioliant, ils sont conçus pour absorber efficacement le son sur une plage de fréquences commençant à 250 Hz, ciblant les fréquences moyennes et aiguës, tout en proposant une visualisation de la pollution sonore.
Une idée qui matche
Sur les courts de tennis qu’elle fréquente assidûment, Mathilde Wittock a trouvé l’inspiration pour créer sa première collection de mobilier. Plus de 400 millions de balles sont jetées, tous les ans, sur les cours professionnels de tennis et seulement 1 % de ces déchets sont recyclés. La fabrication d’une balle nécessite 24 étapes… pour finir à la corbeille, à l’issue de neuf jeux professionnels. Le gaz qu’elle contient s’échappe. La balle s’aplatit et ne rebondit plus.
Les balles de tennis en feutre et caoutchouc, hors service, collectées en Belgique, sont découpées manuellement, en deux parties, le long de leur ligne blanche. Elles sont teintées avec des huiles de lin colorisées, des pigments biosourcés, noir, vert foncé, bleu, acajou et ton chêne pour former une palette de couleurs uniques. Les demi-balles sont ensuite accrochées sur les lattes d’une structure en bois certifié FSC teinté, selon un assemblage en écaille de poisson, Ces surfaces, dotées de subtils dégradés, produits par les différentes textures et couleurs du feutre, composent des assises souples et confortables : « La balle n’est pas détruite, la circularité des matières est maintenue et mon assemblage modulaire permet de cacher les inscriptions indélébiles des grands leaders de l’industrie sportive ». Et chaque demi-coque peut être remplacée en cas de dégradation. Le matériau réduit les émissions de CO2 d’environ 8,5 kg par m2.
Une histoire de reconnexion
Les travaux de Mathilde visent à intégrer le son au design, contribuant ainsi à des expériences plus riches en sens et en sensations. Ses créations sont issues de procédés vertueux qu’elle perfectionne au fil du temps. Face à l’épuisement des ressources, elle met en œuvre des méthodes de production visant aussi à sortir de l’artisanat pour aller vers des systèmes à plus grande échelle. « Les matières recyclées composent « l’or de demain », transformé et revalorisé pour des raisons écologiques, mais surtout économiques. Mais cela n’est pas suffisant. J’ai souhaité aller plus loin en créant des matières régénératives absorbant le CO2. Ce travail sur les organismes vivants, avec son approche plus humaine et plus douce que la transformation des déchets, nous reconnecte avec quelque chose de plus profond qu’on a oublié. Aujourd’hui, le designer relie l’art, l’utile et la science ».
Toutes les innovations de Mathilde Wittock font l’objet d’un dépôt de brevet. Une sélection de pièces est visible sur rendez-vous à la galerie Augusta jusqu’au 22 juin 2025.
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