Inès de la Fressange : « L’extravagance n’est pas le contraire de l’élégance »
Icône de mode, égérie de grandes maisons, créatrice de vêtements, conceptrice d’intérieurs de rêve, maman complice… La plus chic des Parisiennes multiplie les casquettes sans jamais prendre la grosse tête. Rencontre en tête-à-tête…
ParMarie Honnay,
PhotoMaison Roger Vivier
Octobre 2025. Inès de la Fressange s’apprête à inaugurer le nouveau QG de la marque française de souliers Roger Vivier, dont elle est ambassadrice. Et une ambassadrice investie puisqu’elle dispose de son propre bureau, au rez-de-chaussée de la Maison Vivier : un sublime hôtel particulier XVIIIe de la Rive gauche qui abrite désormais, après une restauration en profondeur, les bureaux de la marque, ainsi qu’un musée consacré aux archives de l’inventeur du talon aiguille. Le jour de notre rencontre, Inès de la Fressange vient tout juste de terminer l’aménagement du Salon de l’Héritage, un lieu dédié à l’histoire d’une maison fondée en 1937.
Nous sommes ici dans une maison prestigieuse, celle de Roger Vivier, dont on ne mesure pas toujours l’importance…
Vous êtes déjà allée à Romans, qui abrite le musée de la chaussure ? Tout le monde devrait s’y arrêter un jour. En marge de ce temple à la gloire du savoir-faire français, Romans compte un portail Roger Vivier. Preuve de l’importance de l’homme et de son œuvre. Dans les années 60, Catherine Deneuve a porté ses souliers à boucles – désormais iconiques – dans le film Belle de Jour. À la même période, Brigitte Bardot s’est affichée en cuissardes brodées de la maison dans le clip Harley Davidson. La Maison a aussi chaussé Elizabeth Taylor, John Lennon…
Et vous en êtes aujourd’hui l’ambassadrice…
On ne va pas parler de moi, si ? Si je me mets à parler de moi, c’est la fin de tout ! (Rires)
Si, tout de même. On est là pour ça. Pour évoquer notamment votre style inimitable ; comment le décririez-vous ?
Je dirais que la plus grande leçon que j’ai apprise de 40 ans de mode, c’est qu’on ne peut pas renier l’histoire. Quoi qu’on fasse, tout part de là. Il n’y a pas de créativité sans connaissance du passé. Tradition ne veut pas dire convention. De même que l’extravagance n’est pas le contraire de l’élégance. En France, on a la réputation d’être « coinçouilles ». Vraiment ! Un roi qui décide de construire un château sur des marécages ! Tout le monde le prend pour un fou et pourtant, son projet devient Versailles. Et Gustave Eiffel qui construit une tour que tout le monde trouve horrible. N’empêche qu’il s’est battu pour la conserver ! Ce qui reste dans le temps n’est souvent pas sérieux. L’originalité et la folie, en revanche, permettent de s’inscrire dans la durée.
Vous êtes connue pour vos pulls marine en cachemire, vos souliers plats et votre allure nonchalante. Est-ce que cela fait de vous une « minimaliste » ?
Vous rigolez ? D’abord, je ne porte pas que des talons plats. Tout dépend de mon humeur. En 2016, j’ai foulé le tapis rouge de Cannes en robe du soir. J’avais choisi de l’accessoiriser avec des sandales plates Roger Vivier. À l’époque, tout le monde m’a traitée de punk. Certaines disent de mon style qu’il est effortless. C’est fou, parce que, justement, je fais beaucoup d’efforts (sourire malicieux).