Benjamin Voisin, nouveau (beau) visage du cinéma français
Tour à tour fragile, violent, volage ou indifférent, il glisse d’un registre à l’autre. Benjamin Voisin est le nouveau visage du cinéma français, un cerveau et pas qu’une belle gueule qui, très jeune, et de son propre aveu, a trouvé son truc: «Le jeu social, la séduction, l’amusement...»
Une silhouette longiligne, un visage d’ange marqué d’un large sourire, une poignée de main franche… L’acteur nous accueille chaleureusement à une table du cinéma Palace, où il est venu présenter en avant-première L’Étranger de François Ozon. Le film marque ses retrouvailles avec le cinéaste, qui l’a mis en lumière quelques années plus tôt dans Été 85. Un rôle qui lui a valu sa première nomination au César du meilleur espoir. Statuette qu’il emportera l’année suivante avec Les illusions perdues. Vu depuis chez Mélanie Laurent ou André Techiné, mais aussi sur le petit écran, où il incarne le chef espion Carême dans la série du même nom, Benjamin Voisin s’impose comme l’un des nouveaux visages du cinéma français…
L’acteur campe l’énigmatique Meursault dans l’adaptation du célèbre roman de Camus - DR
On vous retrouve aujourd’hui en héros de Camus, avant cela, vous avez joué du Balzac, et même du Céline, vous êtes…
Ringard? (Rires)
J’allais dire «attiré par les classiques»...
En fait, je fais des choix parmi ceux des metteurs en scène ; ce sont eux qui pensent à moi. Et je les en remercie. Mais il est vrai que j’ai passé un nombre d’heures pas possible dans ma vie avec les morts. Qui plus est, des « beaux morts », dont ces hommes que vous avez cités. Donc, j’en suis plus qu’heureux. Je voudrais jouer au théâtre du Racine, du Molière, du Shakespeare et continuer à travailler au cinéma du Huysmans, du Philip Roth…
Vous évoquez Racine et Shakespeare, vous êtes devenu acteur mû par l’envie d’être sur scène ?
Je n’étais pas bon à l’école. Je ne comprenais pas cette dictature de 30 personnes qui devaient regarder dans la même direction et écouter la même personne face à eux… déjà physiquement, il y a une contrainte. Je n’y arrivais pas… Et mon père, qui n’aimait pas ça, s’est dit qu’en m’enfermant, j’allais réfléchir… Et il m’a enfermé dans son bureau. Mon père a été comédien, prof de théâtre, il a fait pas mal de métiers. Dans son bureau, il y avait donc pas mal d’œuvres littéraires et théâtrales. Comme il m’a enfermé là, eh bien, par curiosité, j’ai commencé à regarder ce qu’il y avait sur les étagères. Je suis tombé sur La nuit juste avant les forêts de Bernard Marie Koltes. C’est un texte de théâtre de 60 pages environ, sans ponctuation. Je me suis demandé comment c’était possible de jouer ça, même d’articuler ça sans avoir l’air d’un clochard… J’avais en tête l’image d’un gars qui parlait sans pause… une phrase qui n’en finit pas… Je me suis mis à travailler ça, et de fil en aiguille, je suis passé à d’autres textes. Mon père l’a vu et comme j’aimais beaucoup ça, il m’a inscrit à des cours de théâtre…