
Quand on évoque la « maison du futur », on imagine un intérieur façon Les Jetsons, avec tapis roulants dans le salon et robots qui nous brossent les dents. Pourtant, la véritable révolution se joue maintenant, dans les 5 à 10 ans à venir. Ce n’est pas la technologie qui dicte sa loi, mais l’évolution de nos structures familiales et le coût de l’immobilier. Le mot d’ordre ? L’agilité. Rencontre avec le bureau ACL Architecture pour décrypter cette tendance qui redessine nos intérieurs.
Pourquoi cette pièce de la maison est en train de disparaître en Belgique :
1. La maison « caméléon » : une pièce, trois fonctions
C’est le constat numéro un : chaque mètre carré est devenu un luxe. Par conséquent, fini les espaces figés qui ne servent qu’à l’occasion. « Aujourd’hui, on a des clients qui nous demandent une flexibilité sur le moment X : par exemple, la table de la salle à manger sert de bureau le matin, on y mange à midi, et on y fait des jeux de société le soir », explique-t-on chez ACL Architecture.
Fini le grand bureau fermé qui prend la poussière le week-end. Depuis la fin de la pandémie, le télétravail s’est normalisé et intégré : on ne demande plus forcément une pièce dédiée, mais une alcôve ou un espace modulable qui disparaît une fois la journée terminée.
Une flexibilité qui se pense aussi sur le long terme. Une maison que l’on achète à 35 ans doit pouvoir évoluer. « De plus en plus de clients nous demandent de concevoir une maison unifamiliale, mais qui pourrait très facilement être divisée en deux appartements plus tard », note le bureau. Une manière réaliste d’anticiper le départ des enfants ou de rentabiliser son investissement face au coût de la vie.
2. La cuisine « invisible » et le retour de l’arrière-cuisine
C’est la grande gagnante des rénovations actuelles. La cuisine s’est muée en pièce de réception à part entière. Fini la pièce de service que l’on planque au bout d’un couloir, c’est le nouveau centre de gravité de nos intérieurs. Mais attention, elle se transforme : elle doit se fondre dans le salon. « Les gens veulent des façades en noyer qui rappellent le prolongement du séjour. On cache tout ce qui est technique, tout est intégré », précise ACL.
Le paradoxe ? Pour que cette cuisine reste immaculée et design dans le salon, on voit réapparaître une pièce de nos grands-mères : l’arrière-cuisine. « On aime bien l’idée d’avoir une zone tampon où l’on cache le bazar, la réserve alimentaire et la technique ». C’est là qu’on loge aussi la technique. Adieu la chaufferie qui monopolisait une pièce entière : les équipements modernes, désormais de la taille d’une simple armoire, s’y glissent discrètement pour libérer de précieux mètres carrés.
3. Le salon : on tourne le dos à la télé
Si Pinterest nous inonde d’images de « conversation pits » (ces salons en contrebas très années 70), la réalité technique bruxelloise rend ce fantasme difficile à réaliser sans gros budget. En revanche, l’intention est là : recréer du lien.
La télé n’est plus la reine du salon. « Quand on dessine un plan, on va toujours vouloir tourner le canapé vers l’extérieur, vers le jardin ou vers un feu ouvert, et pas vers un meuble télé », confie l’architecte. La télé se fait discrète, parfois remplacée par un projecteur, ou reléguée dans une pièce plus petite, pour laisser le salon redevenir un espace de discussion et de « cocooning ».
4. Le « sur-mesure » comme remède à la charge mentale
Habiter plus petit oblige à habiter plus malin. Dans les constructions neuves, on ose parfois supprimer caves et greniers qui incitent malgré eux à l’accumulation et coûtent à chauffer. La solution ? Le mobilier sur mesure. Il ne s’agit plus juste de décoration, mais d’architecture intérieure.
« Le meuble sur mesure permet d’enfermer plusieurs fonctions : mettre une petite zone bureau dans une bibliothèque, intégrer la télé… ». L’objectif est psychologique : un intérieur ordonné participe au bien-être mental. « Savoir que chez toi, tu n’as pas de recoins avec une cinquantaine d’affaires qui traînent, ça fait partie du bien-être ».
La méthode FIFO, la technique pour trier et ranger sa maison de manière efficace :
5. Lumière et bioclimatisme : le nouveau luxe
Enfin, la maison du futur est une maison qui respire. Rénover une maison de maître bruxelloise, c’est souvent lutter contre ce « tunnel » sombre au centre. La mission de l’architecte est d’y faire entrer la lumière par tous les moyens : verrières, atriums ou simples Velux bien placés.
Au-delà de l’esthétique, on parle de « bioclimatisme » : utiliser la course du soleil pour chauffer ou éclairer naturellement, créer des courants d’air pour ventiler. « Nous, on essaie de faire des maisons actives, qui se reconnectent avec la nature », conclut ACL. Une grande baie vitrée qui cadre un arbre au fond du jardin n’est pas juste jolie : c’est une manière vitale de faire entrer le rythme des saisons dans le salon et de garder les pieds sur terre. Dans un monde qui s’emballe, la maison ne doit pas être une machine, mais une carapace. Sa mission n’est pas de réfléchir à notre place, mais de nous offrir ce luxe ultime : la paix.
Ne manquez plus aucune actualité lifestyle sur sosoir.lesoir.be et abonnez-vous dès maintenant à nos newsletters thématiques en cliquant ici.
Sur le même sujet














