Saint-Valentin : ce qui fait durer le couple, selon un expert - Regarder ensemble dans la même direction… c’est un peu simpliste. - Par Charlotte Vanbever et Camille Vernin.

Saint-Valentin : ce qui fait durer le couple, selon un expert

Pour certains jeunes, être en couple serait « ringard ». Pas mieux, mais pour différentes raisons, dans la bouche de sexagénaires. Reste qu’à l’heure de la Saint-Valentin, beaucoup se posent ces questions : que signifie être amoureux en 2026 ? Pourquoi, parfois, on ne croit plus en l’amour ? Et comment faire, quand on a trouvé sa « moitié », pour ne pas que la flamme s’éteigne ? On confronte les points de vue, modérés par les conseils d’un coach amoureux…
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C’est une tendance ou plutôt un constat. (Trop) longtemps, les femmes ont mesuré leur réussite à la stabilité de leur couple et au nombre de likes sous les photos de vacances à deux. Vogue UK a mis les pieds dans le plat avec cette interrogation : « Est-ce embarrassant d’avoir un petit ami ? ». Alors qu’on valorisait jadis la « femme en couple », on fantasme de plus en plus sur celle qui cultive sa liberté.

Le célibat n’est plus le signe qu’on « n’a pas trouvé » mais qu’on a posé un choix. L’indépendance affective devient un style de vie à adopter (presque) : voyages solo, dates avec soi et rituels bien-être le dimanche. À 33 ans, Camille est responsable RH. Elle gère les carrières des autres, mais refuse de laisser la société gérer la sienne. Dans son appartement, pas de chaussettes qui traînent et zéro charge mentale partagée. « Avoir un mec, ça augmente ton stress de ouf », pose-t-elle sans détour.

Pour elle, le célibat est d’abord un espace de respiration. Elle aime cette autonomie qui lui permet d’accepter un verre à 20h sans checker l’agenda de l’autre. Mais elle ne vend pas pour autant un conte de fées : « Je n’aime pas forcément être seule, je préfère juste être seule que mal accompagnée. » Puis, le marché de la rencontre ressemble à un véritable no man’s land. Entre copines, le constat est sans détour : « On a l’impression que tous les mecs bien sont déjà pris. Ce qu’il reste, c’est le fond du panier. » Une formule cash pour dire que le seuil de tolérance a changé. À 30 ans, on ne cherche plus un ou une partenaire pour rentrer dans le moule, mais quelqu’un qui mérite vraiment l’effort.

Le romantisme égratigné

Saint-Valentin : ce qui fait durer le couple, selon un expert - Unsplash - Par Charlotte Vanbever et Camille Vernin.
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La jeune génération préférerait le refus d’obstacle au choc de se prendre un mur à pleine vitesse. « C’est comme si les jeunes aujourd’hui étaient davantage désensibilisés au fait que l’amour est peut-être au prochain coin de rue », analyse David Bernard, coach amoureux et auteur d’ouvrages sur le sujet (dont le dernier, Heureux à deux, aux éditions de l’Homme). « Et l’énorme disponibilité de la pornographie fait en sorte que le côté romantique de l’amour en a pris pour son grade. En même temps, je dirais qu’il y en a encore qui résistent, qui croient encore en l’amour, et en un partenaire avec lequel ils veulent construire. Mais ils ont peur d’être déçus, de souffrir. Mon travail est de raviver l’espoir, de leur montrer que c’est possible, même en 2026 ! Il faut se dire que l’amour nous cherche aussi de son côté ».

Saint-Valentin : ce qui fait durer le couple, selon un expert - Par Charlotte Vanbever et Camille Vernin.

L’amour, Julie, à 63 ans, n’y a pas vraiment renoncé. Elle en a simplement une vision différente. « Je suis une éternelle optimiste, je l’ai connu, je sais à quoi cela ressemble et ce que l’amour n’est pas. Mais c’est compliqué de rencontrer quelqu’un de ma génération. C’est comme si les hommes dans la soixantaine n’avaient pas fait leur mise à jour ! Ils pensent toujours qu’on a besoin d’eux. J’ai l’impression d’être plus alignée avec des jeunes femmes et des jeunes hommes trentenaires. Ceux de ma génération recherchent une vie de couple, avec une femme à la maison, mais moi je ne veux plus d’un quotidien à deux. Je veux partager des bons moments, des restos, des vacances… Ma vie est sympa comme elle est, et un compagnon est là pour y apporter un truc en plus ».

Un processus d’essais/erreurs

Saint-Valentin : ce qui fait durer le couple, selon un expert - Par Charlotte Vanbever et Camille Vernin.

Savoir ce qu’on veut, c’est bien. Apprécier son célibat aussi… mais au risque de ne plus vouloir en sortir, les mauvaises expériences s’étant accumulées ? « Pour la grande majorité des gens, c’est un processus d’essais/erreurs », continue le spécialiste David Bernard. À travers une relation, on se découvre aussi. Et le risque est qu’avec ce processus, on devienne désillusionné. Après avoir connu deux, trois échecs, on se dit : « l’amour, ce n’est pas pour moi, ça ne fonctionne pas, je n’ai pas trouvé de chaussure à mon pied… Et puis, là, je suis bien, confortable comme ça. Mais avec un peu d’introspection, on est forcé d’admettre qu’on rêve encore à l’amour, mais la tête protège le cœur de souffrir. Il y a un exercice à faire, c’est d’apprendre à redescendre dans le cœur, et retrouver confiance. Il y a un peu de ménage à faire. Et faire la paix avec son passé amoureux, pardonner. C’est une condition sine qua non ».

Matthieu et Maïa, la petite vingtaine, se sont trouvés. Pendant que leurs potes s’usent les pouces sur Tinder, ils affichent déjà trois ans de bail affectif. Leur histoire a démarré sur le synthétique d’un terrain de hockey, ou plutôt dans le jus d’une troisième mi-temps. Le club-house : meilleur site de rencontre du monde. Un mois de rodage, un baiser pour sceller le contrat, et l’affaire était lancée.

Pour l’instant, leur quotidien est un chassé-croisé entre leurs chambres d’enfants respectives. Mais le saut dans le vide est pour demain : une colocation à Uccle. S’installer à 23 ans, c’est un arbitrage entre le cœur et le compte épargne. « La raison numéro un, c’est l’amour, mais on ne va pas se cacher que financièrement, c’est une force », pose Matthieu avec lucidité. Ici, les rôles genrés sont restés sagement au placard. C’est une question de caractère : Matt est le maniaque du logis, il gère donc le propre. Pour la cuisine, c’est au feeling, selon l’agenda du moins débordé. « On déteste le cliché de la femme aux fourneaux et du mec qui ramène l’argent », affirme Maïa. Pour eux, l’égalité n’est pas un combat, juste le bon sens minimum pour que le quotidien tourne. « Clairement, le but ultime, c’est la relation saine ! ».

Après la passion...

Leur recette ? Communication (+++), positivité et compromis. Quand un « relou » leur glisse en soirée qu’ils « ratent leur jeunesse », ils restent de marbre. « On s’en fiche. On a eu notre dose entre 16 et 21 ans. Et surtout, être en couple ne nous a jamais empêchés de faire la fête, au contraire ». Il y a, chez ce couple, une conception de l’amour qui dure, qui se rapproche de celle évoquée par David Bernard : ne pas confondre amour et passion.

La passion fait rêver, mais ne fait pas durer. Le ciment d’un couple, c’est la complicité, l’amitié, nous dit-il. « La passion est un point de départ très important qui va faire que deux êtres humains vont vouloir faire un bout de chemin ensemble parce que le lien est très fort. L’erreur est de croire que ce sentiment va perdurer. Il fait place à quelque chose d’autre, mais ce n’est pas forcément qu’on n’est plus amoureux. C’est juste qu’on s’est habitué à cet autre être humain avec qui on a déjà passé beaucoup de temps. La clé c’est de comprendre réellement qui nous sommes pour ensuite choisir le partenaire. Et cela demande de la patience, de la sagesse ». Et la sagesse – comme l’amour – n’a pas d’âge.

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