Pourquoi la flemme de partir en vacances est de plus en plus tendance  - Charlotte Vanbever

Pourquoi la flemme de partir en vacances est de plus en plus tendance 

Et si les véritables vacances se passaient à la maison ? Le sédentarisme estival est désormais revendiqué. Il est une réponse à un rythme quotidien trop intense et « aux contraintes que les vacances elles-mêmes génèrent ».
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L’été, synonyme de vacances et de voyages, de réussite aussi. « Les vacances constituent à l’origine une conquête sociale. Elles sont le fruit de luttes visant à améliorer les conditions de vie et à garantir un droit au repos. Mais ce temps libéré du travail a progressivement acquis une autre fonction : il est devenu un espace où se jouent des enjeux de reconnaissance sociale, d’identité et de distinction », explique la docteure en sociologie Audrey Van Ouytsel. À un point tel que poser ses congés en juillet ou en août et se choisir une destination « de rêve » ne s’apparente plus à un moment de détente et coupure nécessaire, mais à une obligation. « Dans nos sociétés contemporaines, partir en vacances n’est plus seulement un choix individuel ; c’est devenu une norme, presque un passage obligé ». Auxquels certains, de plus en plus nombreux, tentent de se soustraire.

Joséphine est une cadre dynamique. Depuis une vingtaine d’années, elle parcourt le monde, aime se poser l’été sur un spot ensoleillé. Mais ces derniers temps, beaucoup moins. La flemme. Son cerveau est cannibalisé par un rythme quotidien effréné, si bien qu’ajouter des préparatifs de voyages à sa longue liste de tâches s’apparente davantage à un fardeau supplémentaire. Désormais, elle préférerait s’en passer. « Imaginer mes prochaines vacances et tout organiser m’ajoute une dose de stress dont je me passerais bien ». Plutôt renoncer à son goût pour l’ailleurs que de charger la mule (la charge mentale) !

Résistance face aux contraintes

Sophie, elle, a une autre vision de l’été. Il faut partir, choisir la destination idéale, être ailleurs que chez soi. « Les vacances ne servent pas uniquement à se reposer. Elles racontent aussi qui nous sommes. La destination choisie, le mode de voyage adopté, les activités pratiquées ou même les photos partagées participent à la mise en scène de soi », continue la sociologue. « Le voyage est ainsi devenu une forme de capital symbolique : il dit quelque chose de notre mode de vie, de nos ressources, de nos valeurs ou de notre position sociale. Le sociologue Alain Ehrenberg a montré comment nos sociétés valorisent l’autonomie, la réussite personnelle et la capacité à se réaliser. Mais, paradoxalement, cette quête du bien-être peut devenir une nouvelle source de pression. Les vacances s’organisent parfois comme un véritable projet de gestion. Elles ne signifient pas toujours la fin des responsabilités. Elles peuvent même déplacer le travail plutôt que le suspendre ».

Ce droit aux congés, et donc à une « longue » pause loin de la maison, acquis en 1936, se serait-il transformé en obligation sans qu’on s’en rende compte ? Le séduisant concept de staycation (séjourner près de chez soi), en vogue depuis la fin des années 2010, se serait-il recentré sur le domicile ? 28 % des Belges déclarent ne pas partir cet été. Pour des raisons financières ou sécuritaires, ou par souci écologique. Et par plaisir aussi. « Certaines personnes revendiquent aujourd’hui le droit de ne pas partir. Cette résistance révèle une tension intéressante. D’un côté, les individus expriment un besoin réel de rupture avec un quotidien souvent intense. De l’autre, ils peuvent rejeter les contraintes que les vacances elles-mêmes génèrent. Le voyage n’apparaît alors plus comme une évidence, mais comme une option parmi d’autres pour retrouver du temps pour soi. Les vacances mettent en lumière une société traversée par des injonctions parfois contradictoires : travailler davantage mais savoir déconnecter, être performant mais épanoui, consommer des expériences tout en recherchant l’authenticité. Elles racontent aussi l’importance croissante accordée à l’individu, à son bien-être et à sa capacité à construire une vie qui ait du sens », analyse Audrey Van Ouytsel.

La question n’est donc plus : partir loin ou voyager tout près ? Mais bien : rester à la maison ne me nourrirait-il pas autant que de parcourir le monde ? « Aucune de ces options n’est intrinsèquement supérieure aux autres. La véritable liberté consiste peut-être à pouvoir choisir sans avoir à se justifier », conclut la sociologue.

Et si on découvrait cet été le marché des Halles Saint-Géry à Bruxelles qui renaît après 50 ans :

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