
Depuis cinq ans, Eric Willem est l’heureux papa – d’accueil (ce terme ne lui sera bientôt plus apposé, puisqu’il est en passe d’adopter) – de Lilly. Un « papa solo », mais pas un cœur solitaire. « J’ai la chance d’être un homme. Papa solo, les gens trouvent ça mignon, la société est plus compréhensive. Ce n’est pas le cas pour les femmes, et c’est une injustice », témoigne le chroniqueur de La Première et homme de médias (il vient de fonder sa start-up de création de vidéos digitales, Nexsence). Lilly a d’abord grandi en pouponnière et est entrée dans sa vie alors qu’elle avait cinq ans. Eric, lui, en avait 39, et était fraîchement célibataire. Mais son envie de devenir père, elle, était intacte. « J’ai toujours voulu avoir un enfant et transmettre ». Son homosexualité ne serait pas obstacle. On a la famille qu’on se crée.
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Encore lui fallait-il trouver le bon partenaire de vie. « Avec mon ex, je suis resté 12 ans. On a eu ce projet d’enfant. Lui pensait à la GPA, moi je n’étais pas aligné sur ce projet ». Retour à la case départ. « J’ai toujours plus cru aux liens affectifs qu’aux liens du sang. Mais adopter, quand on est célibataire et homosexuel, c’est très difficile ». En solo, Eric se lance donc dans le projet de devenir famille – ou plutôt père – d’accueil. Lilly arrivée dans sa vie, il ne fait pas pour autant le choix de mettre sa vie amoureuse entre parenthèses. L’un n’exclut pas l’autre. « J’ai continué à sortir. Ça ne m’a pas empêché de vivre ma vie. Même si Lilly en a fait fuir plus d’un ! (rires) Mais elle fait partie du package. Et je peux comprendre qu’un enfant en bas âge, ça fasse peur ».

Adrien, lui, n’a pas fui. Trois ans plus tard, le médecin généraliste vit toujours aux côtés d’Eric et Lilly. « Il a 16 ans de moins que moi… mais est plus âgé dans sa tête », sourit Eric. « Il est le beau-père parfait, d’une patience extrême », dit-il quand l’émotion l’envahit. Chez eux, 1+1 = 3. « Très vite, Lilly a compris qu’Adrien était l’amoureux de papa ». Pour la vie ? « J’espère en tout cas ne pas me tromper là-dessus », répond-il. À 44 ans, et d’expérience, il sait qu’avec le temps « l’ego se dégonfle et qu’il faut souvent apprendre à le tuer au sein du couple. Ma vision de l’amour, c’est de ne jamais s’oublier soi-même. Ne pas faire de compromis sur le fait d’exister individuellement et respecter les ambitions de l’autre, ne pas le contraindre. C’est avoir du respect total pour l’autre. Adrien voit ses potes sans moi, eux aussi sont plus jeunes sans moi, et c’est tout à fait normal. Et il respecte le fait que, parfois, je fasse un resto seul avec Lilly ».
Eric Willem évoque le respect de l’autre au sein d’un couple qui dure. Mais ce schéma amoureux et familial – deux hommes et un enfant – doit-il, encore en 2026, faire face à de l’irrespect ? « Ces regards-là, je ne les vois pas. Par contre, ce qui est plus difficile à porter, c’est l’admiration qu’on peut susciter, comme si on faisait figure d’exemple. Alors que non, ce n’est pas parfait, c’est difficile parfois d’être en couple ». Tout est question de plier mais de ne pas rompre. « On est toujours ensemble parce que, je pense, il n’y a pas de secret entre nous et, en même temps, on n’a pas besoin de tout se dire. Les choses sont évidentes. Deux années de suite on s’est offert, sans le savoir, exactement le même cadeau à la Saint-Valentin : une photo de nous, la même, dans un beau cadre ». Certaines images ne mentent pas.
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