Déodorant stacking : la nouvelle tendance beauté qui fait tiquer les dermatologues - Après le millefeuille sur le visage, TikTok s’attaque à nos aisselles. - Camille Vernin

Déodorant stacking : la nouvelle tendance beauté qui fait tiquer les dermatologues

Oubliez le double pschitt de déo rapide le matin. Sur TikTok, la dernière obsession du moment consiste à superposer trois produits différents sous les aisselles. Son nom ? Le deodorant stacking. L’objectif ? Empiler les couches pour éradiquer la moindre odeur tout au long de la journée.
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Pour comprendre le phénomène, cousin du smellmaxxing, il faut observer la routine qui cartonne sur les réseaux. Le rituel a des airs de grand décapage. Sous la douche, on commence par se rincer les dessous de bras avec un nettoyant antibactérien, le plus souvent un gel contre l’acné dosé à 4 % de peroxyde de benzoyle ou de l’anti-infectieux chirurgical type Hibiclens.

Après s’être séché, on applique un déodorant quotidien gorgé d’AHA (acides glycolique, lactique ou mandélique). Son rôle ? Faire baisser le pH de la peau pour rendre le terrain impraticable aux bactéries responsables des relents désagréables. Ensuite, une fois par semaine, avant de dormir, on applique une lingette chargée à 14 % ou 15 % de chlorure d’aluminium pour boucher les pores et stopper net la transpiration.

L’argument scientifique derrière ce drôle de millefeuille de produits chimiques ? Séparer les tâches. L’anti-transpirant s’attaque à l’eau, l’antibactérien et les acides aux microbes qui digèrent cette eau. Sur le papier, la chimiste cosmétique Kelly Dobos le concède : la logique tient la route puisque chaque étape cible un maillon différent de la chaîne de l’odeur.

Un massacre pour la flore cutanée

Problème : piler autant de produits sur une peau aussi fine, c’est le meilleur moyen de se décapere les aisselles.. En effet, multipliés à haute dose, le peroxyde de benzoyle, les acides et l’aluminium finissent par décaper la barrière cutanée. Le risque ? Des brûlures, des rougeurs, des poils incarnés, sans oublier des traces jaunâtres imbuvables sur les t-shirts blancs.

Plus pervers encore : détruire de manière aveugle toutes les bactéries avec des lavages décapants peut perturber le microbiome local. En éliminant les mauvaises bactéries, on laisse le champ libre à d’autres souches microbiennes tout aussi odorantes pour s’installer.

Dernier problème et pas des moindres : l’effet de saturation. À force d’empiler les produits, les résidus s’agglomèrent. Les pores s’obstruent, la sueur piégée sous ce film de cire ne s’évacue plus correctement et la peau finit par étouffer. Ironie du sort : une aisselle irritée réagit, et peut finir par sentir pire qu’au départ.

Comment calmer le jeu sans empester

Les experts sont formels : à moins de souffrir d’hyperhidrose sévère (auquel cas une consultation chez un médecin s’impose), personne n’a besoin d’une artillerie aussi lourde au quotidien. Si votre problème, c’est la sueur, un anti-transpirant classique posé le soir sur peau parfaitement sèche fait très bien son travail. Inutile de sortir les lingettes médicales à haute dose.

Si votre problème, c’est l’odeur, choisissez un nettoyant doux ou un déo aux AHA léger, mais ne cumulez pas tout le rayon. Et si ça brûle déjà ? Faites une pause dans votre routine. Les spécialistes conseillent deux jours à vide, un lavage à l’eau tiède avec un savon neutre sans frotter comme un fou, et un peu de crème hydratante basique pour laisser respirer la peau.

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