Charlotte Cardin : « J’ai la chance de m’être toujours sentie bien dans ma peau »
Elle est authentique, Charlotte Cardin. Dans les paroles de ses chansons, dans ses mouvements, dans le style qu’elle déploie à la scène ou dans les mots qu’elle nous livre, tout révèle une femme qui assume pleinement qui elle est, et ce qu’elle fait. Entretien intime avec l’artiste féminine (très stylée) de l’année.
ParCharlotte Vanbever,
PhotoDR
C’est le matin là-bas à Montréal, avec deux dizaines de degrés en moins. Mais le ciel est bleu, sourit Charlotte Cardin. Pas le temps d’oublier que l’artiste féminine de l’année (primée aux récentes Victoires de la musique) est une native de la Belle Province, que son accent – et aussi, oui, son bilinguisme qui fait mouche en chanson – nous le rappelle. Regard bleu perçant, voix chaleureuse, la popstar que désormais tout le monde s’arrache se pose pour évoquer, heureuse, les choix qui l’ont menée jusque-là, son évolution constante – « une chose que j’ai apprise et qui me stimule énormément, c’est que je ne vais jamais arrêter de changer » – et cette exploration d’elle-même à travers l’art. « Être une personne stylée, c’est assumer les choix qu’on fait, vestimentaires ou autres », nous dit-elle. Charlotte Cardin est donc assurément pleine de style et d’esprit.
Charlotte, aux dernières Victoires de la musique, vous avez remporté le trophée de l’artiste féminine, une année où les artistes femmes n’ont jamais été autant représentées. Cette cérémonie majoritairement féminine, c’était un bon signal pour vous, un grand coup de pied dans la porte de la parité ou bien c’était anecdotique ?
J’ose espérer en tout cas que ce n’est pas anecdotique ! Je ne crois pas que ce le soit parce que depuis plusieurs années, il y a quand même vachement d’initiatives qui sont faites par l’industrie de la musique. Déjà, rien que de parler du fait que, nous les femmes, on représente moins de 10 % de l’industrie – ce qui est vraiment aberrant quand on y pense ! Oui, on doit faire l’effort d’intégrer plus de femmes dans le paysage musical à tous les niveaux, pour que ça devienne un réflexe. Ça ne devrait pas être un effort, évidemment, mais on est obligé de le faire parce qu’il y a des tendances tellement masculinistes depuis longtemps qu’on doit activement intégrer plus de femmes dans toutes les facettes de l’industrie pour que ça devienne un 50-50. Il y a encore énormément de travail à faire, mais je ne crois vraiment pas que ce n’était pas anecdotique aux Victoires et j’ai hâte de vivre la suite, avec de plus en plus de femmes fortes et assumées, qui sont différentes aussi. C’est ce que j’ai trouvé exceptionnel aux Victoires : il y avait tellement de diversité de styles, de musiques. C’était hyper beau à voir et j’ai vraiment été fière de faire partie de cette cohorte d’artistes nommées.
Vous venez de sortir un nouveau titre, The Way We Touch, dont le clip, en noir et blanc, est d’une élégance folle, avec des codes empruntés aux années 90, et vous, en femme puissante qui s’assume pleinement…
J’avais vraiment en tête cette idée de faire quelque chose d’assez timeless, avec une chanson super pop. Pour ça, justement, j’ai demandé à Saint-Laurent de m’habiller. C’est effectivement une tenue qui fait très ’90 – l’atmosphère est un peu inspirée de ce que faisait Sade –, avec ce côté très empowered et élégant. Et, à la fois, je me sens sexy dedans, sans qu’elle révèle énormément avec ses grosses épaulettes.
Le vêtement que vous portez, sur scène ou dans vos clips, raconte quelque chose de plus que vos chansons. Vous le considérez comme un outil, comme votre voix ou votre écriture ?
Oui, carrément. Dans mon métier, une des choses qui me passionne le plus, c’est justement de pouvoir raconter ces histoires-là, non seulement à travers ma musique, à travers mes textes, mais aussi à travers tous les éléments visuels et sonores qui sont associés au projet. Alors que ce soit les vidéos, que ce soit mes choix vestimentaires, on peut toujours pousser le storytelling un peu plus loin. Et c’est ce que je trouve hyper excitant, parce que ça nous permet de révéler certains détails qu’on n’arrive pas nécessairement à dévoiler en chanson. Et c’est infini… Oui, la musique est ma passion principale, mais elle est connexe à plein d’autres passions.
Et ces autres passions pour la mode ou d’autres formes d’art, elles sont nées au fur et à mesure que vous évoluiez dans la musique ?
J’ai toujours été vraiment prédisposée, je pense, à aimer toutes les formes d’art. Même quand j’étais toute petite, j’ai retrouvé des dessins, des peintures que je faisais. Mon moment de paix à l’école, c’était quand j’avais des cours d’art plastique, de théâtre. J’ai toujours vraiment gravité vers les domaines artistiques, même par pur loisir. Mais la musique m’a toujours fait vibrer davantage. Aujourd’hui, je prends de plus en plus plaisir à assumer les autres formes d’art, même si je n’ai pas la prétention de croire que je suis une artiste peintre ou illustratrice, ce sont des choses que j’aime faire. C’est une façon de révéler des parties de moi que je n’arrive peut-être pas à révéler à travers d’autres médiums.
Vous employez le mot « assumer » pour toutes les autres formes d’art auxquelles vous touchez. Mais dans vos paroles (Tant pis pour elle pour ne citer que cette chanson), dans votre manière de bouger aussi, on décèle déjà complètement quelqu’un qui assume ce qu’elle dit – même si parfois ça paraît inavouable –, et qui elle est…
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Charlotte Cardin, The Way We Touch, en concert à Forest National le 28/04/26 (sold out).