
Il est environ 19 h 30 devant le Théâtre du Châtelet, à Paris. Des dizaines de jeunes femmes et de jeunes hommes poussent les portes de ce haut lieu de la culture, situé au cœur de la ville lumière. Ils et elles ne sont pas là pour assister à un ballet, mais pour voir un défilé de mode : en l’occurrence, ce soir-là, celui de Saint Laurent, prévu à 20 h. Qu’importe s’il se déroule dans un autre quartier, puisque les près de 2 000 personnes prenant place dans le somptueux cadre du Théâtre du Châtelet ne perdront pas une miette du show automne-hiver 2026-2027 de la maison de mode française ; ils sont là pour le regarder en direct, gratuitement et sans réservation. Et sur écran géant.
Bienvenue à « La Watch Party », événement dont tout le monde a entendu parler durant cette Fashion Week parisienne. Chloé, Balenciaga, Jean-Paul Gaultier, Chanel… A chaque jour ses rendez-vous, au Théâtre du Châtelet, la «Watch Party » se déploie tout au long de la semaine jusqu’au 10 mars. Parmi les rendez-vous prévus : samedi 7 mars, Vivienne Westwood de 14h30 à 17h30 (défilé à 15h30) Balenciaga de 19h à 22h (défilé à 20h); dimanche 8 mars, Jean-Paul Gaultier de 15h30 à 18h30 (défilé à 16h30) McQueen de 19h à 22h (défilé à 20h); lundi 9 mars, Chanel de 18h30 à 21h30 (défilé à 19h30).
À l’origine du concept ? Lyas, charismatique jeune homme de 27 ans qui commente la mode via son compte Instagram (aujourd’hui suivi par plus de 440 000 personnes). C’est en juin 2025, frustré de ne pas assister au défilé de Jonathan Anderson chez Dior, qu’il décide de donner rendez-vous à ses amis et à ses abonnés dans un bar du 10e arrondissement pour le regarder en direct, façon match de football à la bonne franquette.

Vêtu d’une chemise à larges épaules et lèvres rouges, Lyas accueille son public debout sur la scène, où sont suspendus des dizaines de T-shirts. L’engouement est au rendez-vous. « C’est une façon complètement différente de découvrir les collections », s’enthousiasme Olivia, une jeune étudiante en mode originaire de Cracovie et venue avec l’une de ses amies. Valentina, étudiante en management de 23 ans et gobelet estampillé « La Watch Party » à la main, abonde : « Je suis fan du travail d’Anthony Vaccarello (directeur artistique de Saint Laurent). Si je n’étais pas venue ici, j’aurais bien sûr regardé les photos ou vu passer des extraits vidéo sur les réseaux sociaux. Mais là, le grand écran change tout. Ça permet aussi de sortir de chez soi et de potentiellement discuter avec des gens qui ont le même intérêt pour la mode. » Une manière aussi de démocratiser l’accès à la mode et aux défilés, où les invités sont triés sur le volet.

La projection commence : nous sommes plongés dans l’obscurité, les silhouettes de femmes fatales Saint Laurent et la musique solennelle impriment les rétines et les oreilles. Une fois les lumières rallumées, le public est invité à noter le défilé en scannant un QR code. Une vingtaine de minutes plus tard, Lyas, de retour sur scène après avoir assisté au vrai défilé (!), annonce le verdict : la note globale est de 3,5 sur 5. Et tend le micro à celles et ceux qui souhaitent partager leur avis, montant parfois sur scène. «Trop de répétitions», selon l’un, «matières sublimes» d’après une autre, «peut mieux faire» pour encore un autre… Le propos est particulièrement construit et argumenté -il faut dire qu’on a surtout affaire à des passionnés. Lyas, lui, semble avoir apprécié la collection. Un jeune homme roux de 20 ans à qui l’on demande s’il compte revenir cette semaine nous répond : « Oui, pour voir le défilé de Tom Ford, assurément ! ». Au vu de l’engouement suscité, peu de doute : la « Watch Party » a de beaux jours devant elle.
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