Course à pied: pourquoi tout le monde s’arrache les semelles XXL ? - Et si la performance n’avait plus besoin d’être belle pour séduire ? - Camille Vernin

Course à pied: pourquoi tout le monde s’arrache les semelles XXL ?

En moins de dix ans, Hoka a réussi à enterrer le monopole du minimalisme pour imposer son gigantisme au monde entier. Retour sur la revanche des «briques», un hold-up que personne n’avait vu venir.
sosoir
Photo
Hoka

Des sas de départ aux sentiers escarpés, du calme des parcs au martèlement de l’asphalte, le constat est sans appel. Là où, il y a dix ans, les baskets étaient au « minimalisme » — cette mode consistant à courir au plus proche du sol pour « retrouver ses sensations » — règnent désormais des semelles compensées aux allures de blocs de Lego.

Bienvenue dans l’ère du maximalisme triomphant. Ce qui était hier une excentricité est devenu un standard mondial. Retour sur une ascension que personne n’avait vue venir.

Décryptage : le TRX, ce renforcement musculaire ultra tendance dans les salles de sport

L’ascension des outsiders

Au début des années 2010, porter des Hoka, c’était accepter d’être l’ovni du club de running. Avec leur look orthopédique et leurs couleurs saturées, ces baskets étaient perçues comme l’aveu d’une fragilité articulaire précoce. Pourtant, la marque est née d’un problème technique concret : comment dévaler les Alpes sans traumatiser les genoux ?

« Hoka n’a pas forcément commencé avec l’objectif d’être une marque d’amorti maximal ou un perturbateur majeur », tempère Bekah Broe, directrice produit de la marque. « Tout a commencé quand les fondateurs ont cherché une solution : comment faire en sorte que courir en descente donne l’impression de voler ? » En s’affranchissant des conventions de l’industrie, ces outsiders ont développé un outil technique qui a rapidement migré des sentiers de trail vers le bitume des marathons avant de conquérir jusqu’aux joggeurs du dimanche.

La mécanique derrière l’esthétique

Le secret de cette petite révolution ne réside pas uniquement dans l’épaisseur de la mousse, mais dans une géométrie calculée. C’est l’ère du stack height (la hauteur de semelle) massif couplé à des technologies de propulsion.

Pour Bekah Broe, la comparaison culinaire est la plus parlante : « C’est comme en cuisine, un seul ingrédient n’est pas forcément la clé d’un plat. C’est la façon dont ils sont associés et préparés qui fait la différence. » Elle explique que la magie opère grâce à l’alchimie entre la mousse, le Meta-Rocker (cette courbure de semelle qui propulse le pied vers l’avant) et l’Active Foot Frame. « Vous pourriez avoir le meilleur composé chimique de la planète, si vous n’avez pas une vision globale pour l’exploiter via les bonnes formes, il ne brillera pas. » Résultat : des chaussures qui pèsent le poids d’une plume malgré leur volume de moellon.

La bascule culturelle : du trail au Gorpcore

Aujourd’hui, l’ironie est totale. Après avoir longtemps boudé le concept, les leaders historiques comme Nike, Adidas ou Asics ont tous suivi Hoka dans la surenchère de semelle. Le maximalisme est devenu le nouveau standard, porté par une bascule culturelle majeure : la chaussure de performance est devenue un objet de mode.

Grâce à la tendance Gorpcore (qui consiste à s’habiller comme si on partait en expédition polaire alors qu’on va juste chercher son pain), le paquebot est devenu cool. Le design audacieux et clivant est devenu, presque par accident, le meilleur outil marketing de l’industrie. « Nous ne cherchons pas à être bizarres pour le plaisir d’être bizarres », insiste Bekah Broe. « Simplement, en assumant pleinement les choix imposés par la performance, nous avons fini par créer une esthétique qui sort du lot. »

Une nouvelle définition du beau ?

Une chose est sûre, la performance a agi comme un puissant anesthésiant esthétique. Le « beau » n’est plus une fin en soi, mais la conséquence d’une recherche de confort et de rendement. Avec ses sandales massives, Hoka s’attaque d’ailleurs désormais au fitness, à la randonnée légère et même à la récup’.

L’industrie a redéfini le genre en se concentrant sur l’expérience du coureur. Et tant pis si nos pieds ressemblent à des briques : après tout, pour voler, mieux vaut ne pas tout à fait avoir les pieds sur terre.

Ne manquez plus aucune actualité lifestyle sur sosoir.lesoir.be et abonnez-vous dès maintenant à nos newsletters thématiques en cliquant ici.

Contenus sponsorisés

Magazine

MagazineJe découvre
SO FRIEND

SO FRIEND

So soir est une communauté… Découvrez nos concours et avantages so friend!

je découvre
CARNET D’ADRESSES

CARNET D’ADRESSES

Découvrez les bons plans sorties avec SoSoir

je découvre
MASTERCLASS

MASTERCLASS

Découvrez comment sublimer votre plateau de fromages.

je découvre