Rencontre entre Renaud Salmon et Arne Quinze : parce que l’art a une odeur
L’un vit à Oman, où il est directeur de la création de la prestigieuse maison de parfums, Amouage. L’autre est un artiste mondialement connu qui s’installe un peu partout. Tous les deux sont belges et se retrouvent autour d’un projet, en plein désert, mêlant leurs arts.
ParCharlotte Vanbever,
PhotoTess Meurice
Il aurait voulu être un artiste. Mais il n’a pas le blues du businessman. Parce qu’il y est arrivé à sa manière, Renaud Salmon. Les mots posés comme les notes d’un parfum, le directeur artistique de la prestigieuse maison de parfums Amouage, créée en 1983 par le sultan d’Oman, nous raconte ses rêves de gosse et de création, depuis son village en province de Liège, puis cette ascension guidée par son amour inconditionnel de l’art. C’est donc logiquement qu’on le rencontre dans l’atelier d’un artiste belge – et non des moindres –, Arne Quinze, au milieu d’immenses toiles et de sculptures en verre de Murano, et loin de Mascate (la capitale d’Oman) où Renaud s’est installé en acceptant les clés de cette institution du parfum en 2020. Mais la vallée de Wadi Dawkah, où naît l’encens, âme d’Amouage, n’est pas si loin…
Renaud Salmon dans l’atelier d’Arne Quinze. - Tess Meurice
La vallée de Wadi Dawkah qui cache ce trésor qu’est l’encens. - Amouage
Arne Quinze et Renaud Salmon. - Tess Meurice
Amouage
Tess Meurice
Tess Meurice
Amouage
Avec l’artiste polymorphe, ils se sont lancés dans un projet « ambitieux » : faire connaître autrement cette vallée désertique riche de ce trésor naturel, classée au patrimoine de l’UNESCO, à travers une œuvre, une installation que créerait Arne (tout près d’un centre d’accueil et d’une manufacture). « Cette vallée est reconnue comme étant le meilleur endroit au monde pour récolter de l’encens. Mais ça, ça parle uniquement au guide du parfum (sourire). Il me fallait trouver un moyen de parler à une audience beaucoup plus large, à des gens qui apprécient la beauté de la nature, la beauté d’un geste artistique. Et c’est là que j’ai pensé à Arne, que la curatrice du site, Valentina Bruccoleri, m’a ensuite présenté », s’enthousiasme Renaud, qui aime s’entourer d’autres artistes belges pour faire rayonner Amouage dans le monde et rendre ses parfums de niche plus visibles. Exclusifs mais pas excluants…
Renaud, pourquoi vouliez-vous Arne sur ce projet ?
Renaud Salmon : Je me rappelle de mes toutes premières années dans la vie professionnelle, quand j’ai débarqué à Bruxelles, depuis Esneux, dans la campagne autour de Liège (il se tourne vers Arne pour décrire sa ville natale, NDLR). J’ai commencé à travailler chez Delvaux, dans la supply chain. Je me souviendrai toujours d’être descendu avenue de la Toison d’or et d’y avoir vu une installation d’Arne. On devait être début 2006. Je voulais à tout prix comprendre qui avait fait ça. Mais à l’époque, on ne pouvait pas aller sur Instagram ou sur Google Images pour avoir ce genre d’infos. J’ai décrit la chose : des allumettes enchevêtrées… On m’a dit qu’il s’agissait d’Arne Quinze. Le nom m’est resté. Et je me suis toujours dit que j’aimerais un jour avoir la possibilité d’avoir cette caisse de résonance qui me permettrait de toucher quelqu’un comme Arne. Mais jamais je n’aurais imaginé faire ce projet, et à Oman en plus !
Arne, vous, vous avez l’habitude de travailler dans des cadres désertiques, « anormaux »…
Arne Quinze : Oui j’ai vu des dizaines de déserts, et ils sont tous différents. Celui-ci, à Wadi Dawkah, est très particulier, ce lieu est magique ! On était en groupe dans cet endroit, assis à discuter, mais comme je ne sais rester en place, je partais observer les arbres, le désert, les dunes, les rochers. Ça m’appelait… beaucoup plus fort que de rester là. Se promener là, quand il n’y a personne, c’est incroyable, c’est comme marcher dans le film Dune. On est sur une autre planète, avec ces arbres et leur structure assez particulière, qui font danser les rochers. Je voulais faire une installation qui fasse partie de ce lieu, quelque chose de typique, avec des éléments de là-bas, je ne voulais pas apporter quelque chose d’extérieur. Une installation de cette taille-là (qui ne sera visible que l’année prochaine, NDLR) doit faire voyager. Et elle doit être une installation en tant que telle dans ce désert. On n’a jamais apporté quelque chose de plus joli dans la nature que la nature elle-même. Pour moi, ce projet est très délicat, c’est beaucoup plus dur de faire quelque chose dans la nature que dans une ville. Parce qu’il y a cette force naturelle. La force de la nature, il ne faut jamais essayer de la contrôler. Il faut faire une danse avec elle.
Renaud, comment convainc-t-on un artiste de venir travailler sur un projet pour une parfumerie de luxe, au sultanat d’Oman ?