
À l’abbaye de Chimay, les portes ne grincent pas et les couloirs sont matelassés. Michel, 49 ans, y débarque en plein divorce, incapable d’entendre son propre avis parmi ceux des autres. Il remet son portable et rejoint l’aile silencieuse. Là, il entend comme un bruit de radiateur. Pourtant, le chauffage est éteint. Il découvre pour la première fois le son de ses propres acouphènes, et comprend en même temps pourquoi la télé est toujours allumée chez lui.
Aux repas, c’est silence radio. On se contente de pointer le sel du doigt. La règle ici ? On ne quitte pas la table avant que tout le monde ait fini. Quitte à ce que votre voisin, qui a fini dix minutes avant vous, vous regarde poliment mâcher votre purée. Michel reste trois jours et réussit enfin à poser sur le papier ce qu’il n’arrivait plus à formuler. « Je me suis concentré sur deux ou trois trucs et j’ai pris une décision. » Pas d’illumination tombée du ciel, juste un choix. Et c’est déjà énorme.
Un nouveau temple du bien-être vient d’ouvrir à Bruxelles :
Un boom, oui. Mais de quoi ?
En 1990, à peine 5 000 marcheurs enregistraient leur arrivée à Compostelle. En 2025, le compteur a explosé avec plus de 530 000 diplômes distribués, un record absolu. Et encore, ce chiffre ne compte que les pèlerins venus faire tamponner leur certificat officiel à l’arrivée.
À côté de ça, impossible de mesurer la déferlante des retraites spirituelles. Aucun registre ne rassemble sous une même étiquette trois jours chez les bénédictines, dix jours de vipassana, un stage de breathwork près de Namur ou une semaine yoga et cacao cru à Bali. Il n’y a jamais eu autant de propositions… ni autant d’écrans pour nous les étaler sur les réseaux.
Fabian Spilliaert organise deux retraites par an depuis trois ans. Il observe davantage de demandes et « un effet de mode ». « Retraite spirituelle » est aussi, de son propre aveu, « un peu plus marketing pour le référencement ». Sur le terrain, ses participants viennent rarement « se connecter à l’univers ou au divin ». Ils cherchent simplement à dormir, souffler, digérer une rupture, un deuil, parfois un burn-out, puis repartir avec quelques outils concrets pour survivre au retour à la vraie vie. Aujourd’hui, le mot « spirituel » tient moins de la foi que du terme fourre-tout : une grande étiquette bien pratique sous laquelle on regroupe le yoga, la méditation, la marche en forêt et le sauvetage (...)
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