
Depuis 2015, le lieu avait pourtant réussi un pari pas évident : imposer une cuisine iodée au beau milieu des forêts ardennaises. Aux manettes ? Un duo bien rodé à la ville comme à la scène avec la cheffe Manon Schenck en cuisine et son compagnon David Delmas en salle.
La Roseraie, une histoire de transmission
Une identité culinaire unique en Ardenne
Originaire de la vallée de Munster en Alsace, Manon Schenck commence la cuisine dès 14 ans. Après un passage remarqué en Bretagne à l’hôtel-restaurant La Butte, elle y développe une passion pour les produits de la mer. Installée en Wallonie, elle crée sa signature : un pont culinaire entre terre et mer, mariant le homard breton aux herbes des Ardennes, ou proposant une Riewele Supp alsacienne travaillée au homard et à la bière blanche locale.
Le travail paye. En neuf ans de maison, le palmarès s’est empilé à toute vitesse, alignant un macaron au Guide Michelin, une solide note de 15/20 au Gault & Millau, le Young Chef Award BeLux décerné à Manon Schenck par Michelin en 2021 et son titre de Lady Chef of the Year en 2024.
L’énigme du départ et la réalité du secteur
Pourquoi arrêter alors que la maison tournait avec 200 références de vins à la carte et une cote au plus haut ? Le communiqué officiel esquive les détails, invoquant une « situation exceptionnelle » et des « démarches en cours au sein de la société ». Derrière la formule juridique, impossible de ne pas lire en filigrane les tensions du secteur.
Loin d’être un cas isolé, cette fermeture brutale illustre la pression colossale qui pèse sur la restauration, y compris au plus haut niveau. En Belgique, l’Horeca fait face à une conjoncture particulièrement raide. L’organisme Statbel a dénombré 11 665 faillites toutes entreprises confondues en Belgique sur l’année 2025, un niveau record plus vu depuis 2013, et la restauration reste le secteur le plus touché du pays en termes de pertes d’emplois directes. L’explosion des coûts de l’énergie, la hausse des matières premières et la pénurie structurelle de main-d’œuvre qualifiée étranglent les marges des indépendants, même quand la salle affiche complet.
À Grandhan, la baie vitrée qui donnait sur les vergers s’éteint donc. Dans leur mot d’adieu, Manon Schenck et David Delmas ont remercié leurs clients pour « leurs neuf années de confiance ». La Wallonie, elle, perd l’une de ses tables les plus fameuses.
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