La conversation débute à peine, que Julie Engels s’interrompt pour lancer en riant « J’ai un parcours atypique, préparez-vous ». Diplômée en architecture de l’institut Henry Van de Velde, à Anvers (aujourd’hui l’université d’Anvers), elle rejoint le bureau américain SOM (Skidmore, Owings & Merrill), travaillant à Bruxelles, puis Londres, et à Chicago, durant plusieurs années, avant de revenir en Belgique. « J’ai travaillé sur tout ce qui était plutôt immeuble commercial et résidentiel de grand format : des tours, des aéroports, des stades. J’étais dans l’équipe compétition : on nous donnait un briefing, et trois jours après, on devait sortir des idées… C’était très motivant. » Quand elle quitte SOM, toujours installée outre-Atlantique, elle ouvre Studio P Architects : « Ma soeur et son mari avaient acheté une maison à Uccle et voulaient que je dessine le projet. J’ai travaillé à distance. Après quoi, d’autres personnes m’ont contactée… J’avais dit à mon mari que je ferais cela un an ou deux avant de retourner dans le corporate, ce que je n’ai finalement jamais fait… »
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Durant quatre ans, Julie Engels travaille à distance. En 2015, la famille - agrandie entre-temps de deux enfants - revient au pays. « Les gens étaient rassurés que je sois en Belgique. Et là, le Studio a vraiment grandi. On a commencé à avoir des projets en Belgique, à Ibiza… et aux Etats-Unis (rires). Des rénovations, des nouvelles constructions. » De son expérience dans le corporate, elle a conservé « la rigueur de travail et certains process, comme faire en sorte que tout soit défini avant de commencer la construction. Même si dans le privé, c’est plus compliqué parce que les gens veulent, parfois à la dernière minute, changer quelque chose. Je dis toujours à mes clients qu’au plus on a défini le projet à l’avance et au plus vite le chantier sera sur rail, au plus vite tout le monde sera content (rires). Au moins, il y a des discussions et des choix, au moins, on doit retourner en arrière, démolir, reconstruire. Cette façon de faire me vient clairement du corporate, où ‘le temps, c’est de l’argent’. »
La matière avant tout
Les projets supervisés par Julie Engels et son Studio se distinguent par la lumière qui les baigne et les matériaux utilisés. « Je suis une adepte du matériau naturel. Bois, marbre et surtout ne pas utiliser des imitations pour ce qui est intérieur. Dehors, j’évite les façades en crépit ou des matériaux industriels. Je préfère la brique ou un matériau plus naturel. Pour moi, la lumière est extrêmement importante, parce que - surtout en Belgique où on en manque -, c’est important d’avoir une architecture où on n’est pas obligé de recourir à un éclairage artificiel en permanence. Et ça, c’est un vrai challenge chez nous ! »

Ce qui frappe également dans les espaces qu’elle conçoit, c’est la fluidité des lieux. « J’aime les architectures où il ne faut jamais faire demi-tour. Où l’on peut tourner, surtout au rez-de-chaussée. J’aime quand on ne doit jamais aller dans le salon et faire demi-tour pour retourner dans sa cuisine. » Au final, elle s’est créé un style intemporel. « Ou en tout cas, qui traverse le temps. » Et surtout, elle travaille autant sur l’intérieur que l’extérieur. « On fait uniquement des missions complètes. L’un n’existe pas sans l’autre. La manière dont les gens vivent, ça fait partie de l’architecture intérieure et l’extérieur découle forcément, pour moi, de la manière dont les gens vont fonctionner à l’intérieur. C’est vraiment lié. Si je peux aller jusqu’à choisir les rideaux, le mobilier… Je préfère. J’aime tout faire. »
Là-haut sur la montagne
Parmi ses récentes créations, un chalet luxueux à Verbier. « Le fruit d’une collaboration main dans la main avec les architectes locaux du bureau suisse Comina. Parce que construire un chalet, ça peut paraître très simple, mais c’est en réalité extrêmement technique. Et ça demande un vrai savoir-faire. C’est tout à fait différent de ce qu’on fait ici. Je trouve ça très intéressant d’avoir l’opportunité de travailler avec des gens qui ont une autre expertise que nous dans le même domaine. C’est hyper enrichissant. C’est le premier chalet que j’ai fait et je trouve personnellement qu’il est très réussi (sourires). Pour la déco, on a travaillé d’ailleurs avec RR Intérieur à Knokke. J‘ai changé quelques éléments à leur plan, ici et là, j’ai amené un peu ma patte. Les architectes suisses voulaient faire du moderne à l’intérieur. Le client et moi voulions au contraire garder ce côté typique du chalet, avec le feu ouvert, l’ambiance chaleureuse, cocooning… On a par exemple imaginé le feu ouvert, avec des pierres et du vieux bois, comme si ces éléments sortaient de de la montagne. »

Pour donner cet esprit de chalet classique dans un bâtiment moderne, il a fallu parfois réfléchir longuement aux détails et surtout, chercher les bons matériaux. « On a notamment utilisé des vrais bois anciens, qui sont récupéré dans d’anciennes granges. Les morceaux de bois sont sablés et traités à l’ancienne. Leur seule présence dans une pièce lui confère un esprit chalet. Dans la cuisine, on a utilisé une pierre du pays aussi. C’est important de garder cette part d’authenticité. C’est comme quand on construit une maison en Grèce, on ne va pas tout à coup faire une maison en briques rouges au milieu des maisons blanches. Je pense qu’il faut respecter la culture de là où on construit. Pour la touche de modernité, a va plutôt jouer avec le mobilier. Ici, en choisissant toujours du bois et de la pierre, mais plus modernes. Et quand même, ci et là, quelques peaux de moutons ! (rires) »
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