Bruxelles-Togo à vélo : le pari fou et réussi de Victoire, 25 ans - Victoire Becquart a traversé 14 pays durant son voyage à vélo en solo. - Audrey Morard

Bruxelles-Togo à vélo : le pari fou et réussi de Victoire, 25 ans

Il y a quelques semaines, nous vous parlions de Pierre, 23 ans, qui a réalisé Bruxelles-Tokyo à vélo. D’autres jeunes belges partent à bicyclette sillonner les routes du monde entier. Parmi eux, Victoire Becquart, partie de Bruxelles il y a sept mois pour rallier le Togo.
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D.R

« Les voyages forment la jeunesse » selon un célèbre adage, mais ces derniers forment et marquent aussi la vie d’adulte. Il y a bientôt un an, Victoire Becquart, 25 ans, enfourchait son vélo depuis le Bois de la Cambre à Bruxelles. Direction l’Afrique et le Togo pour un périple de 9.000 kilomètres. Victoire est une habituée des longs voyages. Après l’obtention de sa rhéto, elle part cinq mois avec son meilleur ami et son sac à dos. Un voyage qu’elle qualifie de déclencheur « dans son envie de découvrir le monde. »

Pour rejoindre le Togo, Victoire opte donc pour le vélo, discipline qu’elle affectionne. « J’ai commencé à m’entraîner de manière régulière dans le cadre du scoutisme. J’ai notamment dû me préparer aux 24 heures vélo au Bois de la Cambre. Il fallait pas mal rouler pour préparer cette compétition. J’ai alors commencé à prendre goût aux longues sorties à vélo ». Il y a environ 10 ans, Victoire reçoit pour Saint-Nicolas, Un an à vélo, de Martijn Doolaard, dans lequel il relate son voyage à deux roues sur la route de la Soie. « Ce livre m’est resté en tête. »

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Un projet tel un puzzle

Pour comprendre pourquoi Victoire a choisi le Togo, il faut chercher du côté de sa maman. Ancienne avocate, elle se reconvertit en tant que responsable Belgique pour l’ONG Fondacio qui œuvre pour la solidarité. « Ma mère s’est rendue au Togo dans le cadre de son travail il y a cinq ans. Elle nous a raconté avoir rencontré Ria, une collègue partie dans le cadre d’une autre mission. Cette dernière a fini par y rester et a créé un orphelinat, la Maison Béthanie, avec Soeur Victoire - il n’y a pas de hasard (sourire). J’ai alors eu une forte attirance pour ce pays alors que je ne suis jamais allée sur le continent africain. Là encore, ça m’est resté en tête. Et puis tout s’est imbriqué tel un puzzle : le voyage à vélo, le Togo, la Maison Béthanie… Je ne voulais pas juste voyager pour voyager. Je souhaitais un voyage solidaire. Je me suis dit pourquoi ne pas lever des fonds. »

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Victoire, en route pour le Togo. - D.R

Victoire se lance dans son projet à la sortie de ses études en journalisme. « J’aspire à devenir photojournaliste ou documentariste. Cela avait du sens de faire mes armes seule pour affiner mon regard, m’exercer sur le pouce avec peu de matériel comme je devrais peut-être le faire plus tard ». La Bruxelloise prépare son périple en seulement deux mois. Elle organise son itinéraire, trouve des sponsors, lance sa cagnotte et ses réseaux sociaux. Lors de sa préparation, Victoire explique ne pas vouloir commettre d’impairs dans les pays qu’elle allait visiter. « Il faut éviter de prendre l’Afrique comme un bloc monolithique. Il y a tellement de cultures, de coutumes, de repères, de visions de la vie, qu’il ne fallait pas que j’arrive avec mon prisme de personne occidentale. Il fallait que je m’adapte à l’autre, c’était important pour moi. Je voulais m’éloigner de tout soupçon de white saviorisme (sauveur blanc en français).»

Pour les femmes et avec les femmes

La jeune femme se renseigne sur chaque destination pour, entre autres, « comprendre ma manière de me présenter aux locaux. Je savais qu’il y avait des normes à respecter ». Au cours de son aventure, Victoire découvre des habitants curieux de la rencontrer, contents de leur montrer leur quotidien. Sur les sept mois de voyage, elle a dormi 110 nuits chez l’habitant sur 180. « C’était une volonté de m’immerger auprès des locaux pour aller au-delà de ce qui était décrit dans les médias, les podcasts... »

Victoire confie que les rencontres avec les femmes ont été les plus fortes. L’une d’entre elles a eu lieu au Maroc. « Une jeune femme m’a vue en train de rouler. Elle s’est arrêtée avec sa Twingo en me disant que j’étais folle car la nuit allait tomber. Je lui ai expliqué qu’il ne me restait plus qu’une trentaine de kilomètres et que j’étais équipée de lumière. Elle m’a dit ‘je ne te laisse pas comme ça !’. Le village nous a aidées car le vélo ne rentrait pas dans la voiture. On a réussi à tout faire tenir grâce à des ficelles. J’ai été accueillie par sa famille (elle vivait toujours chez ses parents). C’était une très belle soirée. Je suis d’ailleurs toujours en contact avec elle (sourire) ». Victoire nous explique avoir entrepris ce voyage pour les femmes, pour les inspirer tant qu’elle le peut, les aider à aller au-delà de leurs peurs, à partir et à oser.

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Passionnée par le visuel, Victoire aspire à devenir photojournaliste ou documentariste. - D.R

Réaliser un voyage à vélo seul renvoie à la solitude, mais Victoire a souvent été entourée. « Être seule est le meilleur moyen de ne jamais l’être. Tu es constamment accueillie, accompagnée par des personnes qui veulent t’aider. Voyager solo te fait paraître plus ouverte car tu n’as aucun pilier et aucune béquille. Tu es ouverte au monde, encore plus sur un vélo, où il n’y a pas de carrosserie pour te protéger. Je l’ai expérimenté en voyageant plusieurs fois à deux ou à trois, les gens venaient beaucoup moins vers nous. C’était une chance d’être seule, mais aussi une femme. J’ai eu accès à des intimités que je n’aurais pas pu avoir en tant qu’homme ou avec une autre personne. Je suis sortie piquée du voyage en solo. C’est une phrase bateau, mais je me suis rencontrée. J’ai découvert le monde extérieur, mais j’ai aussi découvert mon monde intérieur ».

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Les rencontres avec les femmes ont été les plus marquantes de Victoire. - D.R

Gérer l’après

On évoque souvent l’avant, le pendant, mais moins l’après d’un tel voyage. Victoire raconte avoir eu peur du retour, notamment en raison d’un précédent voyage en Asie. « J’étais plus jeune, avec moins d’expérience et de maturité. Je suis directement revenue dans ma vie d’avant. Je disais oui à tout. C’était euphorisant, mais j’avais presque oublié tout ce que j’avais fait. Je n’avais pas eu de sas de décompression. Cela m’a amené à près de cinq mois de dépression où plus rien n’avait de saveur car je me sentais en décalage avec les personnes de mon âge. J’avais l’impression d’avoir vécu 10 ans en six mois ». Pour son retour du Togo, Victoire a fait le choix de ne pas communiquer sa date de retour, encore moins sur les réseaux où elle est suivie par plus de 140.000 personnes. Elle confesse avoir voulu vivre ce retour en intimité avec sa famille et ses amis les plus proches. « J’ai eu là un sas de décompression de deux mois. Cela peut sembler beaucoup, mais c’était nécessaire. J’étais dans mon cocon. Je ne devais pas encore raconter mon voyage car je ne l’avais pas assez intégré. J’avais besoin de temps pour le comprendre et réaliser tout ce que j’avais vécu. »

Les réseaux sociaux ont aussi fait partie du quotidien de Victoire. Son compte @itsabout_togo a explosé à la suite d’une vidéo en Espagne. « J’avais alors 9.000 abonnés, c’était beaucoup mais rien par rapport à maintenant. J’ai été déroutée par le nombre de commentaires, ces gens ne me connaissaient pas. Ce n’était plus mon entourage qui m’appelait par mon prénom, qui connaissait ma voix… Je me suis sentie dépossédée de mon voyage et de ma propre personne. J’ai même appelé mes parents en leur disant ‘je veux tout arrêter, je ne me sens pas bien, cette exposition est trop grande’ ». Victoire décide alors de ne plus se filmer pendant cinq jours avant de reprendre son téléphone petit à petit, sans se mettre de pression.

Victoire a récolté 23.000 € qui bénéficieront à la Maison Béthanie. Cette dernière a pour projet de construire un nouveau bâtiment. Un tel périple donne des envies d’ailleurs. Victoire aimerait réitérer l’expérience en traversant à vélo les États-Unis, d’est en ouest. On the road again…

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