
Le 27 mars 2026, Pierre Lewy s’apprête à quitter la commune de Woluwe-Saint-Pierre à vélo. Le temps est gris, ni trop chaud, ni trop froid. « Un temps bien belge » nous précise-t-il. Le jeune homme s’apprête à vivre l’une des plus grandes aventures de sa vie du haut de ses 23 ans : rejoindre Tokyo à vélo depuis Bruxelles. Soit presque 9.500 kilomètres.
L’idée de ce voyage pas comme les autres trouve ses racines lors d’un cours à l’IHECS où Pierre étudie le journalisme. « Je me souviens d’un cours qui traitait des reporters et de l’écologie. Quelques jours auparavant, j’avais scrollé les réseaux sociaux et découvert qu’un Français avait rejoint Tokyo depuis Paris en vélo. Je savais que ce genre de voyages était possible et loin d’être irréaliste. Je ne sais pas comment l’expliquer, mais ça m’a parlé. Trouver un travail à la sortie des études de journalisme n’est pas facile, je me suis dit que c’était le bon moment pour me lancer dans ce projet ». Tokyo s’impose comme un choix évident. Ce pays lui plaît, tandis que sa culture l’a toujours intéressé à travers les mangas et les animés.

Objectif 100 kilomètres par jour
On pourrait croire que Pierre est un fou de vélo pour se lancer dans un tel périple. Le Belge nous confie en riant que ce n’est « vraiment pas le cas. C’est lorsque j’ai eu l’idée du projet que je me suis mis à me déplacer à vélo dans Bruxelles ». Pierre se concocte un programme spécial pour son Bruxelles-Tokyo. Il commence à se préparer 80 jours avant le grand départ et se fixe l’objectif de rouler 100 km par jour. Sa préparation signe d’ailleurs le début de ses vidéos postées sur ses comptes TikTok et Instagram. « Publier ces vidéos m’obligeait à m’entraîner » confesse-t-il. En janvier, il lance ses réseaux sociaux sous le nom de Pierrotcyclo. Il y documente ses journées face caméra, tel un journal intime. On le voit pédaler, on découvre les paysages, ses galères, ses bonheurs, comme ce jour où il découvre à son réveil en Turquie un ballet de montgolfières en train de décoller. Il cumule actuellement 21.000 abonnés.

Pierre a spécialement acheté un vélo pour son voyage de la marque VSF Fahrradmanufaktur, spécialisée dans les très longue distance. Le jeune homme doit aussi choisir les bons accessoires. Il s’est équipé, entre autres, de trois sacoches dans lesquelles il a glissé ses affaires, son matériel de tente avec son matelas gonflable, son sac de couchage, deux batteries portables pour charger son téléphone, des tongs qu’il a « perdu en chemin », son appareil photo, son ordinateur…
Le jour de son départ, Pierre se trouve devant la maison de sa maman. La soif d’aventure se mélange au boost d’adrénaline, mais aussi à la tristesse de laisser sa copine, sa famille et ses amis pendant plusieurs mois. « J’ai essayé de garder la face, mais après quelques mètres à vélo, deux petites larmes ont coulé ». Les parents de Pierre ont pu montrer quelques signes de réticence à l’annonce de son projet : « Je me souviens de la première réaction de ma maman proche du ‘oui, oui c’est ça. Jamais il ne fera ça !’ (rires). Sachant que je n’avais jamais planté une tente de ma vie ! Lorsque le plan est devenu plus concret – et qu’ils ont vu que je ne blaguais pas – ils ont commencé à stresser à l’idée que je parte. Puis, ils en ont parlé à des amis respectifs qui leur ont dit : ‘j’aurais adoré faire cela quand j’étais jeune, c’est une super idée !’ Mes parents m’ont soutenu et m’encouragent toujours . »
Quand je roule, j’ai le temps de penser à tout et à rien à la fois. Il m’arrive aussi de me poser des questions existentielles. Ces derniers temps, je pense à l’arrivée et je regarde en arrière.
Au détour des routes
Le parcours de Pierre le mène aux Pays-Bas, en Allemagne, en Autriche, en Slovénie, au Turkménistan, en Chine… Il garde un souvenir particulier de la Turquie où « l’hospitalité est complètement folle. Il y a toujours eu quelqu’un qui me disait : ‘viens chez moi !’ et me cuisinait un repas de roi ». En Ouzbékistan, Pierre a entrepris une traversée du désert où « les températures étaient horriblement élevées ». Les seuls endroits où il pouvait s’abreuver en eau étaient les stations essence… séparées des unes des autres par une quinzaine de kilomètres, mais « pas un seul jour ne s’est écoulé sans qu’une voiture s’arrête pour me proposer une bouteille d’eau ».
Au Kazakhstan, Pierre réparait son vélo devant un immeuble. Il croise alors un homme sortant de son appartement avec une attelle à la jambe. Ils échangent quelques mots, avant que son interlocuteur ne lui donne un chapeau traditionnel et des pièces de monnaie de collection racontant l’histoire du pays. « J’ai utilisé Google Traduction pour lui dire ‘j’espère que ce n’est pas pour moi’ car j’étais gêné de recevoir tout ça après seulement cinq minutes ».
Pierre peut rouler jusqu’à huit heures par jour et essaie de tenir son objectif initial de 100 kilomètres par jour. Ses compagnons de route sont les panoramas qui se dressent face à lui, majestueux et silencieux. « Je n’ai pas senti la solitude de manière négative pendant un bon moment car je suis souvent en contact avec mes proches. Les journées où je n’avais pas de réseau étaient très rares. Quand je roule, j’ai le temps de penser à tout et à rien à la fois. Il m’arrive aussi de me poser des questions existentielles. Ces derniers temps, je pense à l’arrivée et je regarde en arrière (sourire) ».

Un périple comme celui-ci s’accompagne de hauts et de bas. L’aventure de Pierre a été difficile vers le Tadjikistan, physiquement et mentalement. « J’ai été très malade en raison de l’altitude, sans compter les problèmes de nourriture. J’ai vraiment eu envie de rentrer en Belgique. C’est à ce moment que je me suis demandé : ‘qu’est-ce que je fais ici ?’. J’envisageais de prendre un avion, mais c’était presque plus compliqué de trouver un vol que de poursuivre mon chemin »
Penser à l’après
Pierre a croisé des voyageurs qui réalisaient comme lui de longs trajets à vélo. Le jour de notre interview, il nous raconte avoir croisé un Autrichien qui tentait également de rejoindre le Japon. Au moment où nous écrivons ses lignes, Pierre se trouve en Corée du Sud, près du fleuve Nakdong, le plus long du pays.
Une telle aventure peut être transcendante, avec un avant/après fulgurant, mais Pierre explique ne pas avoir changé. Il a juste l’impression d’entreprendre ses choix avec plus de confiance et plus de certitude qu’auparavant. Avant Bruxelles-Tokyo, Pierre n’avait jamais réalisé de voyage à vélo, mais il pourrait bien réitérer l’expérience. « Je me suis souvent dit au cours du voyage : quand je rentre en Belgique, je dors pendant trois mois et je ne touche plus de vélo pendant cinq ans (rires). Mais en Corée du Sud, j’ai découvert qu’il y avait un chouette petit système où l’on peut acheter un carnet pour environ deux euros. À l’intérieur, toutes les pistes cyclables du pays sont recensées dont la plus longue s’étire sur 650 km. À chaque point de passage, un petit tampon est apposé. Cela me donne envie de découvrir toutes ces routes ! Je sais que je suis privilégié d’avoir pu prendre six mois de mon temps et d’avoir dépensé mon argent dans ce projet. Je ne suis pas sûr que je puisse le refaire de sitôt, ou en tout cas de cette ampleur ». En attendant, Pierre continue de rouler vers Tokyo pour atteindre son objectif.
Pour suivre les aventures de Pierre, rendez-vous sur son compte Instagram @pierrotcyclo.
Encore plus de « mobilité » avec en vidéo notre immersion dans le métro bruxellois qui constitue la plus grande galerie souterraine d’art contemporain en Belgique :
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