
C’est peut-être le prix à payer pour créer librement », nous glisse-t-il alors qu’on évoque, sur la terrasse de son luxuriant jardin bruxellois (que nous vous présenterons la semaine prochaine), ses dernières années parisiennes, sous le sceau d’une grande marque qu’il a quittée au bout d’un an. Parce que quand Jean-Paul Knott a pris son envol à la toute fin des années 90, c’était justement pour se trouver lui-même, au-delà de la vision d’un autre, et, in fine, au bout du crayon, élaborer son propre style. « Je suis rentré en Belgique à 33 ans après avoir vécu à travers le monde, en me disant qu’il fallait que j’apprenne à savoir qui j’étais avant de monter ma marque. J’avais un passeport belge mais je ne savais pas ce que cela signifiait d’être belge, parce que j’avais beaucoup voyagé, grandi entre le Congo, l’Angleterre, les Etats-Unis. » C’est d’ailleurs de l’autre côté de l’Atlantique, à la prestigieuse Fashion Institute of Technology (FIT) de New York, qu’il se forme à son futur métier. Avant que Paris, et la maison Saint Laurent surtout, l’appellent au milieu des années 80. Il y restera une bonne décennie. « Parce que je l’avais choisi, parce que c’était la personne pour laquelle je voulais travailler. Une prof avec qui je m’entendais très bien à la FIT m’avait dit qu’avec le caractère de cochon que j’avais, je devais choisir la personne pour laquelle je voulais travailler et trouver le moyen d’y arriver. Je pense qu’on ne peut être bon qu’à partir du moment où on est d’abord passionné par ce qu’on fait, mais aussi passionné par la personne pour laquelle on travaille, qui va nous stimuler, qui va nous former en quelque sorte. Pour moi, monsieur Saint Laurent était le numéro 1, le génie de la couleur mais qui a aussi créé le smoking. C’était à l’époque de la collection Van Gogh, avec les tournesols en particulier qu’on voyait partout dans les magazines. Après ça, il y avait des gens comme Marc Audibet, personne ne sait qui c’est aujourd’hui, mais il faisait partie de la nouvelle génération, et il me passionnait. Des gens comme Montana, Mugler aussi », se souvient-il, dans l’évanescence de sa cigarette.
De retour en Belgique, à l’aube des années 2000, pour, ne se cache-t-il pas « aussi des raisons économiques – car c’est quand même beaucoup moins cher d’avoir des espaces comme ça à Bruxelles qu’à Paris ! – », Jean-Paul Knott lance la marque à son nom. « Il y avait une industrie ici, une renommée de créateurs belges grâce aux Six d’Anvers. Au tout début, mon premier concept était : “JEANPAULKNOTT, No season” – parce que j’en avais assez des vêtements qui ont une saison – ; “No color” – parce que chez Saint Laurent, il y avait besoin d’avoir de la couleur partout et je voulais casser tout ça — ; “No sex” – parce que je ne voyais pas pourquoi il y avait besoin d’un genre dans un vêtement — ; et aussi “No age” – parce que je n’aime pas l’idée d’un vêtement pour un âge défini. Et c’est drôle parce que la tranche d’âge aujourd’hui de ma clientèle va de la jeune fille de 20 ans qui vient acheter son premier truc avec l’idée de le garder la vie, à des femmes qui ont 90 ans. J’aime bien cette idée d’étirement. » L’intemporalité, « l’intergénérationnel » : deux valeurs devenues concepts qu’aujourd’hui de nombreuses marques de prêt-à-porter de luxe ou plus abordables embrassent pour se moderniser, et s’inscrire dans une démarche durable nécessaire. Jean-Paul Knott, lui ne s’est jamais parjuré. Ni bradé. « Quand je me suis lancé, je ne voulais pas de solde. Je déteste l’idée d’un vêtement en solde. Je ne comprends pas pourquoi mon travail perdrait 50 % de sa valeur. Et j’ai réussi à garder ça. En tout cas, la plupart de mes boutiques aujourd’hui ont pris le pari et fonctionnent comme ça. »
Tomber et se relever
Avoir une ligne de conduite et ne pas en dévier est une chose (...)
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