La Génération Rex : ces millennials qui préfèrent avoir un chien plutôt qu'un bébé

De plus en plus de jeunes trentenaires adoptent un chien. Le phénomène, qui a pris de l’ampleur avec la pandémie, n’échappe pas aux marques de luxe et de lifestyle. Enquête et témoignages.

PAR CORA DELACROIX. Photo : Matt Nelson on unsplash. |

Décembre 2020. La nuit tombe à Paris en cette fin d’après-midi. Jérémie, 30 ans, tire sur sa cigarette quand il réalise qu’il n’a pas mis un pied dehors de la journée. Les déplacements sont certes limités en ce deuxième confinement, mais le jeune homme, retoucheur photo freelance, se sent seul et stressé par son boulot. Ce qui lui trottait dans la tête depuis quelques semaines s’impose comme une évidence : il va adopter un chien. Je n’avais jamais eu d’animal de compagnie. Alors quand j’en ai parlé à mes amis, certains étaient perplexes, sourit-il. Le jeune homme se rend pourtant dans une animalerie et finit par choisir Syrah, un berger australien aux grands yeux noirs. Ça a été le coup de foudre. C’est une boule de poils et d’amour ! Pour Jérémie, Syrah est un véritable anti-stress : Il me permet de me cadrer... La meilleure chose que j’aie faite pour ma santé mentale. Forcément, son rythme de vie a changé : fini les journées passées à travailler en pyjama, place aux sorties dès 8 h du matin. Jérémie, qui a depuis décroché un CDI et emménagé dans un appartement plus spacieux avec son compagnon, ne regrette pas une seconde sa décision. C’est un pur bonheur. Et, pour nos vacances l’hiver prochain, on a déjà trouvé quelqu’un pour le garder.

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©Maria Teneva on Unsplash. 

La faute au confinement ?

Jérémie n’est pas le seul jeune adulte à avoir craqué pour un chien récemment. De nombreux millennials (la génération née entre les années 1980 et 1990, NDLR) se sont entichés d’un compagnon à quatre pattes. Dans la capitale française, comme dans d’autres grandes villes d’Europe (Bruxelles, entre autres), on ne compte plus le nombre de branchés qui vont chercher leur baguette avec leur cocker, leur Jack Russell ou leur beagle. La faute aux confinements ? En mars 2020, on a autorisé les possesseurs d’animaux de compagnie à aller se promener, concède le sociologue Christophe Blanchard, auteur de Les maîtres expliqués à leurs chiens (éditions La Découverte). Cela leur a permis de se reconnecter au monde extérieur. Le chien représente un investissement émotionnel et relationnel positif et immédiat. La pandémie de covid-19 a, en effet, entraîné une augmentation du nombre d’adoptions d’animaux de compagnie. À New York, la demande était telle qu’en adopter un était devenu plus difficile que de “décrocher une place en université”, selon un article du New York Magazine.

De l’autre côté de l’Atlantique, les millennials auraient d’ailleurs dépassé les boomers parmi les plus grands détenteurs de chiens : plus de la moitié des 25-40 ans en posséderaient un. En France et en Belgique, plus d’un quart de la population a un chien à la maison, selon une étude datant de mai 2021. Et, parmi eux, 32 % ont moins de 35 ans.

Un chien plutôt qu'un bébé

De nombreux millennials font des enfants et se marient plus tard que leurs parents. Adopter un chien serait-il une manière d’entrer dans la vie adulte, mais sans trop d’engagement ? C’est le cas de Charlotte, 29 ans. Il y a deux ans, cette photographe en couple explique avoir ressenti une envie de maternité. J’avais très envie de m’occuper d’un petit être. Pour autant, je ne me sentais pas, et je ne me sens toujours pas prête pour avoir un enfant. Elle craque pour Prima, un cocker aux longs poils noirs. Elle nous responsabilise sur la notion de dépendance, de patience, il faut savoir être disponible 24 h sur 24..., analyse la jeune femme, qui n’hésite pas à l’emmener à des soirées ou des dîners entre amis. La journée, Prima est rarement seule : quand elle ne télétravaille pas, la compagne de Charlotte emmène la mascotte au bureau.

©Sarandy Westfall on Unsplash.

Des changements de vie

Il faut dire que la pandémie a bousculé les modes de vie. Le boom des ventes de maisons, juste en dehors de la ville, avec un petit jardin agite le monde de l’immobilier. Or qui parle de vie à la campagne, parle forcément d’animaux de compagnie : posséder chiens, poules ou même chèvres et moutons est passé de ringard à furieusement tendance. Le regain d’intérêt pour les chiens va de pair avec une toute nouvelle conception de la vie, de la famille et de la notion d’équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Sans compter le rapport à la santé qui a été revu en profondeur. Exit le modèle de vie urbain de jeunes accros au boulot et aux afterworks, les jeunes d’aujourd’hui sont en mode “temps partiel et yoga dans le parc”.

Sans compter que la généralisation du télétravail devrait avoir une influence grandissante sur le nombre de ménages qui possèdent un chien. Il s’affiche comme le compagnon de vie idéal pour la plupart des familles : La première domestication du chien qui a eu lieu par l’homme remonte à environ 30 000 ans. Les hommes entretiennent une relation particulière avec cet animal ; ce n’est pas un hasard si on le surnomme son meilleur ami, rappelle Christophe Blanchard.

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