Les 10 questions mode de l'homme stylé

En ce début de saison, au moment de composer votre vestiaire d’hiver, vous êtes-vous demandé si vos codes fashion étaient encore bons ? On fait le point avec Esfan Eghtessadi, cofondateur de la marque belge Essentiel.

PAR MARIE HONNAY. PHOTOS D.R. |

Estan Eghtessadi, c'est qui ? 

Fils de la créatrice de mode Nicole Cadine, Esfan Eghtessadi ne se définit pas comme un modeux. De son propre aveu, ses deux fils de 12 et 14 ans sont bien plus braqués sur les tendances que lui. Il n’empêche, Esfan baigne depuis toujours dans un bain “fashion”. Dans les années 80, il a collaboré avec des marques plutôt sportswear avant de fonder, en tandem avec Inge Onsea, la marque belge Essentiel. 

1. Suis-je prêt à changer d'allure ? 

Il est préférable que ce soit le cas. Parce que du côté de la mode masculine, ça bouge pas mal en ce moment. Mais comme le souligne Esfan Eghtessadi, " les tendances pour hommes mettent beaucoup de temps à s’imposer ". En termes de look et d’allure, la mode masculine amorce un nouveau tournant qui se veut plus aventurier, moins policé. L’homme trop propret a fait son temps. Aujourd’hui, on vise des silhouettes plus brutes. Depuis plusieurs décennies, le vestiaire masculin s’était englué dans une certaine routine. Il n’étonnait plus. L’homme s’habillait sans grande conviction. En ce début de saison, il donc est temps de vous poser de vraies questions et d’éliminer de votre penderie les pièces qui ne cadreraient plus avec vos envies. Comme notre expert mode du jour, consultez régulièrement Mr Porter, un site de vente en ligne qui référence les marques et les hommes stylés à suivre de près.

2. Quelles bonnes idées puis-je piquer à mon fils ?

Leurs pantalons ont l’air deux fois trop grand pour eux. Tout comme leurs sweaters, T-shirts et doudounes. Les yeux rivés sur leur téléphone portable, les 12-25 ans s’enflamment pour des marques comme Supreme, un label branché qui puise ses codes dans la culture streetwear et multiplie les collaborations avec des marques de luxe comme Louis Vuitton. Esfan Eghtessadi sourit :" La première fois que je suis allé dans une boutique Supreme avec mes fils, je n’ai pas compris grand-chose au concept, mais eux, ils étaient comme fous. Si aucun homme classique de 40 ou 50 ans ne va envisager ces looks de rue en version premier degré, il y a toujours une idée, un détail ou une attitude qu’on peut emprunter aux ados : la capuche d’un sweater qui dépasse d’un manteau, une veste débarrassée de sa doublure ou une parka aux épaules tombantes affichant une allure plus cool. "

3. Quelles pièces puis-je offrir au magasin de seconde main ? 

Dans un magasin de seconde main ou en ligne. Cela risque de ne pas plaire aux plus réfractaires au changement, mais tant pis. Certaines pièces n’ont absolument plus leur place dans votre vestiaire d’hiver (oui, on dit “vestiaire” et plus “dressing”, c’est plus chic). Là aussi, autant vous y faire ! Esfan Eghtessadi : " Depuis quelques saisons, le slim est en perte de vitesse. Certains continuent à s’y accrocher, mais plus pour longtemps. Le nouveau classique, c’est le chino, à porter en version sport ou plus habillée." De notre avis, non seulement ce type de coupe est plus confortable, mais elle contribue à créer une nouvelle dégaine. Soit vous optez pour une matière coton très casual, soit vous visez un chino en laine, tout de suite plus élégant. De manière générale, les pièces trop ajustées sont à bannir, définitivement.

4. Dois-je avouer à ma femme que désormais, comme elle, je joue au "mix&match" ? 

Ça fait des années que les femmes sont au point sur le sujet. Exit le total look. Place à l’expérimentation, aux mélanges d’influences, de matières, de couleurs, d’imprimés. Selon le créateur de la marque Essentiel, " le pire, pour un homme, c’est d’avoir l’air déguisé ". Lorsqu’on ne sent pas un look, on s’abstient. Certaines associations, parce qu’elles restent sages, méritent toutefois qu’on s’y attarde. Vous pouvez par exemple mélanger une matière précieuse comme le cachemire (idéal pour une veste ou un manteau d’hiver) à un pantalon plus brut, esprit worker ou une chemise à carreaux et un pull ligné.

5. Mes fidèles Stan Smith ont-elle fait leur temps ? 

Au risque de vous plonger dans un désarroi aussi profond que le sont les craquelures de vos incontournables sneakers blanches, la réponse est oui. " La nouvelle dégaine de cette saison passe forcément par le choix des bons souliers ", déclare Esfan Eghtessadi. " Qu’il s’agisse de baskets ou de chaussures plus habillées, on mise sur des semelles moins fines, moins élégantes. Ce type de modèles cadre parfaitement avec la nouvelle largeur de pantalons. Associez, par exemple, une paire de J.M. Weston triple semelles (ou une paire de Church’s) à un pantalon en velours droit. "

6. Mon manteau classique a-t-il encore la bonne longueur ? 

S’il est au-dessus du genou, sûrement pas. Cette coupe, a fortiori si le modèle est très ajusté, vous fera passer pour un BCBG, certes sexy, mais qui n’a rien pigé aux tendances. Si vous avez plus de 30 ans et que la perspective d’investir dans des pièces pratiques et surtout polyvalentes vous branche, revoyez sans plus tarder votre approche du manteau d’hiver. " L’avantage de cette longueur, c’est qu’elle fonctionne aussi bien lorsqu’elle est associée à un pantalon baggy qu’à un modèle classique ", d’après Esfan Eghtessadi. Autre conséquence de la mode oversize : les épaules des manteaux se veulent un rien plus carrées. Attention, on a dit “un rien”. L’idée, c’est de faire “beau mec musclé”, pas “l’homme aux épaulettes”.

7. Elle me pique mes affaires... Puis-je en faire autant ? 

Ça fait longtemps que les femmes pimentent leur look en s’appropriant certains vêtements masculins (une belle chemise qui semble appartenir à leur amoureux, un pull en cachemire un peu trop grand, etc). L’inverse est plus difficile. Quoique.. Esfan Eghtessadi : " On pourrait imaginer porter un sweater féminin sous un blouson, le week-end." Vous ne visualisez pas très bien ? Pensez aux pièces sportwear tendance mixte de Calvin Klein dans les années 90. L’idée, c’est de jouer avec votre look sans vous mettre la pression. Vous pouvez acheter une veste une taille au-dessus de la vôtre, ajoute-t-il... Les femmes usent de ce subterfuge depuis longtemps. " Cette saison, nous avons aussi créé un manteau en fausse fourrure, une sorte de néo-Teddy, inspiré d’un modèle féminin. Sinon, en détail ultime, une fragrance à base de patchouli. Un ingrédient qu’on associe uniquement aux parfums féminins. Lorsqu’il est utilisé à bon escient, il offre de nouvelles perspectives à la parfumerie masculine. Dans le cou d’un homme, en termes de style, ça peut aussi faire la différence."

8. Humour et mode font-ils bon ménage ? 

À ce niveau-là aussi, vous pouvez vous inspirer des femmes. Les vraies modeuses ne se limitent pas aux pièces qui correspondent à la saison en cours. Elles s’amusent, font preuve de légèreté, se lâchent de temps à autre. Le côté fun de la mode est de plus en plus évident. C’est dans ce sens qu’Esfan Eghtessadi a créé le concept des nouvelles boutiques hommes. Il nous confie : " J’ai voulu une ambiance un peu sixties qui évoque la Méditerranée. Cette dimension vintage permet souvent d’épicer un look, de lui donner plus de gaieté. Je pense notamment à une maille fantaisie (type pulls de ski) glissée sous un veston ou une parka." Cet humour, est-il nécessaire de le préciser, n’implique pas un retour aux grands classiques de la ringardise que sont les cravates et les chaussettes à motifs Mickey. Une néoécharpe de foot peut, en revanche, encanailler un look sans vous faire passer pour le roi de la loose.

9. Le foulard masculin va-t-il remplacer la cravate ? 

Oui. Trois fois oui. D’abord parce que, cette saison, les chemises se portent défaites. C’est plus décontracté. Et comme vous l’aurez compris, aujourd’hui, “décontracté” est synonyme de “branché”. Esfan Eghtessadi aime beaucoup l’idée du foulard. À condition qu’il soit petit et qu’on le porte sur une chemise ouverte en combinaison avec des loafers Gucci, par exemple. L’hiver, craquez pour un modèle en soie ou, pour une touche plus fun, dans l’esprit bandana.

10. Quel sac adopter sans avoir l'air plouc ? 

Franchement ? Aucun. Le sac masculin est ce que la banane est au sac féminin : une grosse blague. On oublie aussi l’attaché-case (moche, voire ringard) et le sac trop ostensiblement griffé (pas vraiment masculin). Qu’est ce qui reste ? Esfan Eghtessadi : " Lorsque j’investis dans un sac, c’est souvent un modèle de voyage ou un modèle week-end qui se décline facilement au masculin. Pour tous les jours, j’avoue que c’est difficile. Dans ma voiture, j’ai un modèle Postino ou Messenger, type besace en cuir et toile. C’est à la fois pratique, masculin et cool. "

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