Pourquoi certaines personnes ont du mal à dire "non" ?

On pourrait croire la tâche facile, mais dire non est un acte complexe. Marie-Laurence de Bellefroid, psychothérapeute, nous explique pourquoi il est nécessaire d'oser lâcher ces trois petites lettres. 

Par Audrey Morard. Crédit photo : Unsplash/Isaiah Rustad |

Ce sont trois lettres que beaucoup de personnes redoutent. Non. Savoir dire non, oser aller contre quelqu'un. Cette action relève du défi pour certains d'entre nous. Même dans sa pronociation, le non résonne. Il symbolise la puissance, la force, au contraire du "oui" aux sonorités plus douces, presques joyeuses. Pourtant dire non peut être une délivrance, pour soi et pour l'autre. Pourquoi ce si petit mot nous provoque une si grande peur ? Comment apprendre à dire non ? Marie-Laurence de Bellefroid, psychothérapeute, nous en dit plus. 

Si on ne dit pas non, pourquoi dit-on oui alors ? Les raisons sont multiples comme l'explique Marie-Laurence de Bellefroid : "On dit oui par peur de perdre l'estime qu'une personne a pour nous dans le cas d'une relation amicale ou amoureuse. Dans le cas d'un groupe, il y a la crainte d'être rejeté. On a peur de blesser aussi, de ne pas être présent pour l'autre. Dans tous les cas, j'ai peur d'être mal vu ou de causer une difficulté à quelqu'un". Notre experte insiste sur un autre point, beaucoup de personnes préfèrent dire oui par crainte d'un conflit avec l'autre. "Elles ne sauraient pas comment gérer ce conflit menaçant pour le lien. L'idée de dire non peut provoquer de l'anxiété. D'ailleurs les risques de dire non rélèvent plus souvent de l'imagination et des inventions plutôt qu'une réalité". 

Les risques de ne pas dire non

En échappant au non, les personnes courent de nombreux risques : surcharge mentale, stress, épuisement, non-respect de soi ou encore burn-out. Dans d'autres cas, cela amène à des abus de pouvoir de toutes sortes. D'où l'importance de mettre des limites. Ne pas dire non conduit à un manque de malhonnêteté et sincérité envers l'autre. Il ou elle ne sait pas vraiment ce que je pense, ce que je veux. La relation risque d'en pâtir. "Dire oui quand j'aurais voulu dire non à concrètement des effets négatifs tant sur soi que dans ma relation à l'autre, explique Marie-Laurence de Bellefroid. Si je dis oui, alors que je pense non, je me force, je peux même être en train de me faire violence. Je ne dis pas non plus par obligation que par volonté". Plus on repousse le non, plus les risques s'accumulent. On s'enferme alors dans un cercle viscieux. "Si j'accumule sans rien dire, tout va sortir à un moment donné. Cette explosion se fera sur soi-même via des symptômes physiques ou psychologique, ou sur l'autre, qui sera tout d'un coup victime d'une attaque, sans rien comprendre". 

Comment apprendre à dire non ? 

Pour apprendre à dire non, il faut d'abord prendre le temps d'identifier ses ressentis et ses besoins. La pratique de l'autoconnaissance est alors importante : "Il faut penser aux phrases qui viennent automatiquement à l'esprit lorsque je pense à ce qu'il y a à faire. Il faut aussi reconnaître les émotions que je ressens dans mon corps" explique la psychothérapeute. Il faut également analyser ses pensées et ses anxiétés, en quoi sont-elles justes ?

Apprendre à dire non, c'est aussi se demander "qu'est-ce je veux faire ?". Notre experte propose de remplacer le "je dois" par "je veux" et d'appliquer la phrase "je choisis de... parce que...". Pour avancer dans votre démarche, observez aussi ce qu'il se passe, notamment la réaction de l'autre. "On va se rendre compte que les choses sont bien moins dramatiques que dans notre imagination" précise la psychologue. Enfin, il ne faut pas oublier de se remercier d'avoir eu le courage de dire non, de s'être affirmé, d'avoir mis des limites. Peu importe la réaction de l'autre. Le premier non est toujours difficile. Il faut oser s'y exposer une nouvelle fois, jusqu'à le dire naturellement et sans aucun stress. 

 

Dire non de manière respecteuse et polie

Une fois qu'on a appris à dire non, de quelle façon doit-on l'annoncer et l'énoncer ? "Le premier conseil que je peux donner, c'est d'être clair, franc et respectueux. Il existe un très bel outil pour appliquer cette idée : l'assertivité. Il n'y a ici ni agressivité, ni passivité. Dans l'assertivité, je me respecte et je respecte l'autre". L'assertivité repose sur une manière différente de formuler ses phrases. Au lieu de passer par un nom catégorique qui peut refroidir et surprendre l'autre, il faut appliquer la formule suivante : "Je me sens... parce que... et je voudrai/j'ai besoin...".

Par exemple, un ami demande de l'argent, sauf qu'il n'a pas encore remboursé ses précédentes dettes. Vous pouvez lui répondre : "Je suis consciente de la difficulté financière que tu traverses et j'en suis désolée, mais je ne peux pas te prêter de l'argent cette fois-ci". Cette réponse est claire, concise et polie, mais on ose dire non même si l'interlocuteur risque de mal le prendre. La réaction de l'autre à votre refus donne des informations sur votre relation. "Si elle réagit bien, c'est gagnant-gagnant. On ressent de la confiance qui va nous faire du bien. Si la personne réagit mal, on peut alors se poser des questions et ouvrir de nouveaux sujets de conversation".

Savoir se dire non à soi-même

Dire non à l'autre est essentiel pour se libérer d'une charge, d'une situation de stress, il faut aussi savoir se dire non à soi-même, "plus précisément à cette partie qui est trop exigeante, trop dure. Il faut savoir se dire : non, je ne veux plus continuer ces études. Non, je ne veux plus entretenir cette amitié. Non, je ne veux plus rester silencieux quand une situation me déplaît...". D'où l'importance d'être à l'écoute de ses émotions et de son corps. Car le non se révèle bénéfique et porteur d'espoir. "Chaque non est un oui à quelque chose d'autre". 

 

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