Ces reines de beauté qui ont influencé les créateurs

Audrey Hepburn, Madonna, Marylin. Stars de l’écran ou de la scène, elles sont aussi reines de beauté. Parce qu’elles ont influencé les créateurs, sublimé leur travail en le portant avec grâce et élégance. Évocation de ces rencontres, entre passé et présent.

Par Isabelle Plumhans. |

 

Audrey Hepburn et Hubert de Givenchy

L’histoire

Ils se sont connus en 1953, un an après que le jeune Hubert de Givenchy eut créé sa maison. Lui, ancien de chez Schiaparelli, elle, jeune actrice en devenir. Leur rencontre est basée sur un malentendu : Givenchy, qui doit créer le costume d’Audrey pour son rôle dans Sabrina, pense qu’il va faire la connaissance de Katharine Hepburn. Mais c’est la jeune femme, pantalon corsaire vichy et chapeau de gondolier, qui se présente à lui. Malgré la confusion, ce sera le début d’une longue amitié. Hubert de Givenchy avait coutume de déclarer qu’Hepburn et Balenciaga furent les deux rencontres déterminantes de sa vie ; Audrey affirmait se sentir plus sûre d’elle lorsqu’elle portait ses créations : Ils m’enlèvent mon insécurité, ma timidité. (…) si j’ai mon petit tailleur noir avec ses jolis boutons, je peux parler devant 800 personnes ! Hubert m’a vraiment donné confiance en moi. Et si Givenchy habillait Audrey devant l’objectif, elle lui faisait confiance également sur tapis rouge et dans le privé. D’ailleurs, il lui dessinera ses deux robes de mariées : la première, immaculée, couronne de roses et jupe bouffante, inspiration New Look ; la seconde, coupe courte et ajustée sixties, jersey rose et fichu du même ton sur les cheveux. 

Le style 

À l’image de l’actrice, Givenchy, c’est le raffinement extrême, l’élégance classieuse, le décontracté chic. Parmi les iconiques de la Maison: la blouse de coton Bettina du tout premier défilé, encolure V et jabots aux manches (appelée ainsi car elle était portée par un mannequin star de l’époque, Bettina Graziani), la robe fourreau noire sublimant Hepburn dans Breakfast at Tiffany, les étoffes nobles, les chapeaux à large bord et les jupes corolles. Et enfin, les séparables, un ensemble composé d’une jupe légère et d’une blouse à manche bouffante créé en 1952. La même année, il est aussi le premier à avoir lancé une ligne de prêt-à-porter de luxe.

L’actualité

La maison a été rachetée en 1988 par le groupe LVMH et Hubert de Givenchy a pris sa retraite en 1995. Après John Galliano, sa direction artistique fut confiée à Alexander McQueen, Julien MacDonald puis Riccardo Tisci. Le départ de ce dernier vient d’être annoncé, privant la Maison des dernières fashion weeks. Depuis 2005, il avait impulsé à Givenchy un style romantique sexy, gentiment dark, largement streetwear. 

La relève

Si Audrey Hepburn devait choisir une maison aujourd’hui, à l’ADN proche de celui du Givenchy d’hier, elle se dirigerait sans doute vers les coupes épurées et le style aristocratique des créations de Victoria Beckham.

Madonna et Jean Paul Gaultier

L’histoire

On est le 29 août 1987. La Madone est sur son  Who’s That Girl Tour , à Paris. Elle vient d’y lancer sa petite culotte en clôture de concert, avant d’aller faire la bringue au Privilège, boîte à la mode des années 80, où se croisent stars de la télévision, personnalités du monde de la création et du showbiz. Là, elle rencontre Jean Paul Gaultier. Quelques mois plus tard, elle demande au créateur de réaliser le costume de sa nouvelle tournée : le fameux corset à seins-obus du Blond Ambition Tour, atour de la  “ femme-objet-féministe ”. C’est l’obus qui transperce le costume, force et fragilité tout à la fois. Pour le concevoir, Gaultier a revisité les corsets roses de sa grand-mère, façon femme forte. Ou quand l’enfermement d’hier se transforme en sexitude assumée d’aujourd’hui. Gaultier en aurait eu l’idée au Palace, autre boîte à la mode, en croisant une femme dont le soutien-gorge était visible sous son costume Chanel.

Le style

Gaultier, c’est l’effronterie modeuse, le porno chic assumé. C’est l’héritage d’un passage chez Pierre Cardin et Jean Patou, la connaissance fine de la coupe, de la couture. Ce sont des défilés-spectacles, et des mannequins peu conventionnels, souvent recrutés en rue. C’est la provocation classieuse et intelligente, et la marinière emblème. C’est aussi la première jupe pour homme. Un univers sulfureux qui a attiré de nombreuses personnalités de la chanson, de Sheila à Catherine Ringer, en passant par Yvette Horner, Mylène Farmer, Depeche Mode ou Nirvana.

L’actualité

Depuis 2014, Gaultier a arrêté le prêt-à-porter pour se consacrer exclusivement à la Haute Couture – qu’il honore depuis 1997. Les contraintes commerciales et le rythme sans cesse accéléré des collections ne donnent plus ni la liberté ni le temps indispensable au ressourcement et à l’innovation déclarait-il alors pour justifier son choix. L’univers du créateur est aussi olfactif; l’autre secteur - plutôt rentable - de son activité étant les parfums, dont il soigne particulièrement les flacons. 

La relève

Si Madonna devait se choisir un autre costume so shocking pour ses scènes 2017, elle pourrait piocher dans les défilés Kenzo ou Alexander McQueen de ce printemps. Chez ces créateurs, l’esprit dessous-dessus était en effet bien présent, les soutiens-gorge s’affichant en surchemises. 

Marylin et William Travilla

L’histoire

Il n’était pas vraiment créateur de mode, mais plutôt costumier de cinéma. La robe blanche qui s’envole sur la bouche de métro dans Sept ans de réflexion, c’est lui. La robe en lamé doré, échancrée devant derrière, des Hommes préfèrent les blondes, lui encore. Elle fut d’ailleurs ajustée directement sur le corps de l’actrice, mais les scènes où Marylin la porte furent coupées au montage: trop hot pour l’époque. Son maillot rouge, sa robe fourreau à sequins... Toujours Travilla, qui travailla également avec Lauren Bacall, Faye Dunaway ou encore Judy Garland. 

Le style

Créateur de costumes, Travilla s’approchait des rôles qu’il habillait. On soulignera son amour de la féminité absolue, lui qui n’hésitait jamais à accentuer un décolleté, à souligner une ligne de hanche ou le galbe d’un buste. Il gagnera un Oscar et deux Emmy Awards au cours de sa carrière.

La relève

Si Marylin était toujours de ce monde, elle pourrait miser sur la créativité de Maria Grazia Chiuri et sa collection printemps été pour Dior Haute Couture, longueurs des robes et évanescence des étoffes. Comme autant de fourreaux modernes, à la simplicité sophistiquée.