C'est moi qui t'invite

Le 203, un endroit garanti 100 % bobo, mais sans quinoa et sans graines de chia.
Texte et photos Carlo de Pascale et Florence Hainaut. |

Il y a un truc que Carlo déteste, c’est quand on ouvre le sac de l’expression “bobo” pour y mettre tout ce qui est un tant soit peu détendu et sans pesticides. Comme si le manger local ou le boire bio devait forcément nous obliger à rouler en Kangoo jaune et à porter des sarouels. Mais l’adresse du jour, le 203 (au cœur de Saint-Gilles) transpire quand même un peu le boboïsme.

Pas d’enseigne, juste un panneau de plastique noir volé au ministère des Anciens Combattants avec des lattes en plastique blanc amovibles pour annoncer les heures d’ouverture, micro-cuisine ouverte sur la salle, tables en bois, murs bruts, vins nature et tableau minimaliste de suggestions, genre deux entrées et deux plats à midi, un peu plus le soir.

Et là, ami lecteur, tu t’attends à un ballet de boulghour, légumes oubliés et maquereau, c’est ça que tu manges normalement dans les néo-cantines-bobo-artistoïdes, non ? Oui, mais non, justement. Là où les cantines du genre plus huppées vont vite déraper dans le jus détox, et où les alter-egos saint-gillois vous inonderont d’orge perlé, le chef, un délicieux nounours avec un accent anglais qui n’est pas d’Angleterre se fait plaisir avec la cuisine qu’il aime se faire pour lui.

Il y avait en entrée (à 4 euros !) un “parfait” de foies de volaille (oui, oui, des abats !) à la texture parfaitement onctueuse. En plat, Florence a pris un sandre parfaitement poêlé flanqué d’un pesto de pourpier et d’un stoemp aux poireaux (13 euros) tandis que Carlo le carnassier optait pour le poulet tandoori (12 euros) et “ son ” riz pilaf et raïta (la sauce au yaourt). Poulet parfaitement cuit mais riz pilaf qui manquait de pilaf. Hormis cela, donc, un plat qui réjouit. À boire ? Mollo, il est midi.

On a pris un verre de Cheverny d’Hervé Villemade à 5,5 euros. Un dessert pour deux (4,5 euros), du tiramisu, oui, le dessert démodé depuis 1989. Mais ici, pas d’éponge détrempée au café lyophilisé, non à l’assiette, pas trop froid, et plutôt bon pour un tiramisu. Café (dans un verre, évidemment) et addition légère comme une tisane détox.

Le soir, les prix montent de 2 ou 3 euros, les assiettes sont plus travaillées, le vin se commande à la bouteille (la carte des vins, courte mais intelligente, vaut la peine d’être explorée). Un endroit pris d’assaut par les riverains, qui ont compris que les restos concepts, c’est joli sur papier, mais la vraie cuisine qui donne envie de revenir, elle se fait avec le cœur. 

Le 203, 203 chaussée de Waterloo,
1060 Saint-Gilles, T. 02 539 26 43,
www.le203.com, fermé du dimanche au
mardi midi.