Notre habitat en 2017

Batibouw offre chaque année l’occasion de se pencher sur les grandes tendances en architecture intérieure et extérieure chez nous. état des lieux avec Bruno Vanbesien, architecte bruxellois.
Isabelle Plumhans. Photos Tim van de Velde. |

Le retour au centre-ville

Habiter à la campagne, en maison quatre façades, c’était bien il y a vingt ans. Aujourd’hui, le consommateur veut bouger moins ; marre des kilomètres de bouchon et des euros dépensés en pleins d’essence. La politique a adapté ses visées urbanistiques aussi, encourageant massivement et financièrement le citoyen a (ré)investir en centre-ville.

Les conséquences en architecture

La rénovation se porte bien

On achète en centre-ville, et on retape. Entièrement, ou plus subtilement, selon les envies et le portefeuille. Mais, quoi qu’il arrive, la tendance est au mix des styles : On garde des traces d’hier, très visibles, souligne Bruno Vanbesien. Des murs anciens à nus, des sols en carrelage vintage, qui viendront tutoyer des structures lisses et rénovées. Les imperfections sont soulignées, et contrastées de neuf. On cherche à faire vivre les différentes époques d’une maison ; dans un ensemble épuré, on fera se côtoyer escalier seventies, cuisine sixties et sol ciré ultra-contemporain.

Le jardin se réinvente

Dans les maisons de ville, pas ou peu de jardin ; les cours font office, s’ornant de plantes variées, plus facile à l’entretien qu’un gazon. Et, quoi qu’il arrive, l’espace extérieur est vécu comme un prolongement de l’espace intérieur. Il est utile plus que décoratif. On vit son jardin comme une pièce supplémentaire. Finies les plantations compliquées, aujourd’hui, l’espace extérieur est une pièce dans laquelle on cuisine. La terrasse est nécessaire, le barbecue aussi. Côté matériau, on oublie le bois et son entretien difficile, et on privilégie la pierre ou le ciment.

Le garage n’a plus la cote

Fini le temps de la toute-puissance automobile. On oublie la voiture. Ou en tout cas, on fait comme si. C’est-à-dire qu’on ne l’affiche pas, si on en a une. Les garages se retrouvent relégués en arrière de maisonnée, ou, éventuellement, sous forme de carport. On fait la place aux espaces destinés à la réserve ou à la buanderie, qui est, il faut bien l’avouer, la destination finale de la plupart des garages.

L’énergie est LE défi majeur

Façades intelligentes, pompe à chaleur, on mise sur l’isolation, fer de lance des rénovations réussies. Un pari pour les habitations anciennes de centre-ville, souvent mal pensées pour ce volet. D’ailleurs, les politiques poussent dans ce sens ; en Wallonie, le standard NZEB (Nearly zero energy building, soit un bâtiment dont la consommation est quasi nulle) est l’objectif pour 2021. Avec une politique renforcée en matière de PEB, dont le calcul a été modifié depuis le 1er janvier 2017.

L’habitat se fait commun

L’importance des logements groupés va croissant. Solution économique inévitable, elle tend à s’organiser mieux qu’auparavant. On n’est plus à l’habitat groupé comme un lieu de vie unique dans lequel les différents habitants seraient connectés en permanence, mais bien des habitations séparée avec quelques pièces fonctionnelles ou de loisirs – jardins, cours, buanderie…- communes. 

Décryptage

Entretien avec Elena Van Ginderdeuren, du bureau de tendance Promostyl

Notre époque est trouble, il est important pour l’homme de 2017 de se créer un cocon où il se sent bien. Les matériaux qui l’entourent doivent l’apaiser, au premier coup d’œil. Et la jeune femme de souligner l’importance, notamment, des pierres polies, et leur aspect doux. Les matériaux choisis en 2017 devront inspirer la douceur, résume-t-elle. Dans le même ordre d’idée, les meubles et finitions, les angles des pièces s’adoucissent ; la géométrie de nos intérieurs se fait enveloppante et réconfortante. Et les tapis signent leur grand retour, apportant un côté cocoon à nos intérieurs.

L’économie aussi s’invite dans la décoration. Pour un moindre coût, on utilise, de façon brute, des matériaux recyclés. Voire l’utilisation telle quelle de matériau technique, acoustique ou isolant thermique, qu’on ne cherche plus à camoufler.

Dans un mouvement régressif, nos intérieurs se veulent rassurants. Histoire de se caler sur l’air du temps, qui veut que l’on possède moins mais mieux, moins clinquant, plus sécurisant. Dans l’esprit aussi d’une société qui a été trop longtemps polie et policée, nos intérieurs et nos maisons se font à la vérité du brut, de la matière telle quelle. Une mouvance qui, selon Elena, s’est installée doucement sur le marché depuis trois ou quatre ans. Mais qui a encore de beaux jours devant elle !

Bruno Vanbesien

Il est diplômé du WENK, le département d’architecture de Saint-Luc à la KUL. Après avoir travaillé un temps dans le bureau de Pascal François, il a fondé son propre bureau en 2005, à Bruxelles. Dans son travail, la lumière est un essentiel, l’énergie bien pensée et les matériaux sont durables. Un espace est plus qu’une surface, c’est un lieu, un sentiment, une sensation, lit-on en ouverture de son site internet.