Porsche, la légende en 5 dates clés

Il ne faut pas être passionné ni même connaisseur du monde automobile pour avoir une idée ce que représente la marque Porsche. Aussitôt prononcé, ce nom évoque immanquablement le design, le luxe ou l’archétype de la voiture de sport dans l’inconscient collectif. Et ce, depuis bientôt 70 ans...

PAR STÉPHANE LEMERET. PHOTOS D.R. |

Si les activités de Porsche, l’ingénieur (Ferdinand de son prénom), ont commencé bien avant 1948, celles de la marque Porsche ont bel et bien démarré en 1948. C’est cette année-là qu’une petite voiture de sport entra dans la légende, affichant pour la première fois ce blason si reconnaissable entre tous, même bien des années après.

Cette légende, retraçons-la ensemble en cinq dates et autant de modèles qui ont tous eu une importance particulière dans l’histoire de la marque. Entrons dans l’histoire et l’intimité de Porsche, entre bonheurs et déceptions.

1948: Porsche 356

C’est par elle que tout commence. Ce tout premier modèle de la marque a jeté les bases du succès. À l’époque, celle-ci dénote quelque peu dans l’univers de l’automobile de sport. Elle est toute menue et pas extraordinairement puissante. Certains la regardent même de haut en raison de sa parenté technique évidente avec la petite VW Coccinelle, elle-même créée par Ferdinand Porsche. Mais les moqueurs auront vite le bec cloué, car les connaisseurs, eux, plébiscitent cette petite voiture diablement performante en raison de sa légèreté et de sa silhouette aérodynamique (déjà une signature de la marque). Le succès est immédiat, et mondial !

Grâce à la 356, Porsche conquiert le milieu, notamment aux USA. Mais lorsque Porsche lance la 356, le constructeur ne dispose même pas de ses propres bâtiments de fabrication, ne s’attendant peut-être pas à un tel succès. Les voitures sont donc assemblées dans des usines sous-traitantes, parmi lesquelles celle de D’Ieteren à Forest (traditionnel importateur des marques du groupe Volkswagen en Belgique).

1963: Porsche 911

Pendant quinze ans, la 356 sera le seul modèle de Porsche, décliné en plusieurs variantes. C’est en 1963 qu’arrive sa remplaçante, plus grande, plus luxueuse, plus spacieuse, plus puissante... L’icône absolue : la Porsche 911.

Le modèle est la confirmation que le profil tracé au préalable pour la 356 est un dessin éternel, car la 911 constitue une évolution de celui-ci et qu’il est toujours utilisé pour les 911 actuelles ! Avec ce modèle plus évolué apparaît aussi une chose que les fans ne pourront plus jamais dissocier de la marque : le moteur 6 cylindres à plat, ou Flat 6. Il doit le culte qu’on lui voue à ses performances, mais aussi à sa sonorité unique.

Cette fois encore, Porsche met dans le mille à tous points de vue : les résultats sont là et la voiture a autant de succès sur route qu’en compétition. Tout ce que le monde compte de dandys fortunés ne jure que par elle ! Anecdote amusante : la 911 aurait dû s’appeler 901, mais c’était sans compter une protestation de Peugeot qui détenait les droits commerciaux sur le zéro central.

1974: Porsche 911 Turbo

La seconde génération de la 911 arrive en 1973, mais c’est un an plus tard, avec l’apparition du turbo sous le capot, que le modèle va franchir une nouvelle étape majeure de sa carrière et définitivement construire sa légende. Ce n’est pas la première voiture de route à recevoir un turbo, certaines grosses américaines et la BMW 2002 l’ayant précédée de peu. Mais c’est avec la Porsche que le système prend toute sa mesure. Elle revendique des performances absolument hors normes pour l’époque et n’aura pas de réelle concurrente avant longtemps.

En même temps, cette technologie rend la conduite de la 911 assez délicate, parfois aux limites de l’adhérence. C’est grâce à cela que le modèle acquiert dans la foulée une aura iconique,
aussi sulfureuse que désirable... C’est la voiture de ceux qui savent piloter ! Tous les petits garçons fans de voitures l’ont eu en poster un jour dans leur chambre et ont rêvé devant ce spoiler arrière ostentatoire, devenu synonyme de sportivité absolue. La 911 Turbo, aussi appelée 930, a propulsé Porsche tout en haut de la hiérarchie des constructeurs de voitures de sport.

1977: Porsche 928

La 911 approchant à son tour des quinze ans d’existence, les dirigeants de Porsche pensent qu’il est temps de la remplacer par quelque chose de plus moderne, de plus rapide, mais aussi de plus facile à conduire. Telle sera la mission de la 928, qui est encore à ce jour la seule voiture de ce genre à avoir été élue “Voiture de l’année” en 1978. Si la 911 disposait d’un 6 cylindres placé à l’arrière, la 928 reçut un V8 à l’avant.

Et c’est bien là le problème, car depuis 1948 le public avait fait de l’architecture contre-nature des Porsche une marque de fabrique incontournable. La 928 est donc boudée par les aficionados, c’est pourtant une voiture réellement remarquable... Elle sera produite pendant près de vingt ans et connaîtra deux générations, mais restera toujours dans l’ombre de la 911, qui lui a survécu. Pour Porsche qui espérait sortir de la monoculture 911, c’est raté !

2002 : Porsche Cayenne

Le problème est que depuis la naissance de la 911, le monde a beaucoup changé. Les normes de sécurité et environnementales toujours plus strictes augmentent considérablement les frais de développement de nouveaux modèles que Porsche a de plus en plus de mal à rentabiliser, en dépit du succès jamais démenti de la 911 et des rentrées générées par d’autres modèles plus accessibles (924, 944, 968, Boxster).

En clair, le constructeur n’est pas au top de sa forme financière. Le salut vient d’une voie inattendue, le SUV ! En 2002, Porsche est la première marque de voitures de sport à lancer le sien. Devant le Cayenne, les puristes hurlent au scandale, à la trahison. Les esthètes ne sont guère plus enthousiastes. Mais les protestations se perdent dans le vent,car le SUV est alors au début de son essor et le Cayenne trouve très rapidement son public. Porsche le vend comme des petits pains et encaisse de confortables bénéfices.

Cette Porsche sous testostérone a sauvé la marque, et du coup, la 911 aussi. Accessoirement, le Cayenne si décrié a montré la voie. Plus aucun constructeur ou presque ne rejette désormais le SUV. Maserati, Bentley, Rolls-Royce, Lamborghini et bientôt Ferrari, Lotus ou Aston Martin: tous ces noms emblématiques ont un SUV au catalogue, ou ont confirmé en proposer un bientôt. Belle revanche, pour le vilain gros canard de Porsche !

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