Rencontre avec Lucky Love, l’un des chanteurs les plus en vue du moment : « Seul l’amour nous fait grandir » - Le chanteur Lucky Love - Sigrid Descamps - Journaliste

Rencontre avec Lucky Love, l’un des chanteurs les plus en vue du moment : « Seul l’amour nous fait grandir »

Une moustache à la Mercury, une dégaine de dandy, solaires sur le nez, le sourire collé aux lèvres, l’artiste est l’une des grandes révélations de la scène musicale, enchaînant les prestations remarquées et livrant un premier album acclamé par les critiques et le public. Son moteur, dans la vie comme dans l’art ? L’Amour. Son objectif ? En devenir le chantre. Explications.
Sigrid Descamps Journaliste
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Enzo Orlando
Vous enfilez plusieurs casquettes depuis des années. On vous connaît comme chanteur, mais vous êtes aussi acteur, mannequin, transformiste, danseur… Quand vous rencontrez des gens qui ne vous connaissent pas encore, comment vous présentez-vous ?
(Il éclate de rire) Je n’ai jamais trop aimé l’idée de légitimité. Chanter ne fait pas de moi un chanteur, danser ne fait pas de moi un danseur… J’espère pouvoir prétendre à une plus grande complexité. Quand je rencontre des gens, je dis donc simplement « Bonjour, je m’appelle Luc, et je suis au monde. » Je pense que c’est parce que justement, je m’appelle Luc et que j’existe que j’ai pu traverser tous ces médiums différents sans jamais être en quête de positionnement. La stature ne m’intéresse pas. Elle m’emmerde plus qu’autre chose pour être tout à fait honnête. Je n’ai pas envie d’être prisonnier d’une forme ou d’une étiquette. Donc oui, je dirais juste « Bonjour, je m’appelle Luc. »
À quel moment de votre vie, vous êtes-vous rendu compte que c’était par l’art que vous alliez trouver la meilleure façon d’exprimer tout ce que vous aviez au fond de vous ?
C’est ma rencontre avec la danse qui a donné un sens à mon corps. Quand on est enfant et que l’on naît en marge, notre première quête, c’est celle du sens. On veut savoir pourquoi on est comme ça ? C’est la première question. Et la danse a su y répondre. Très vite, danser m’a fait un bien fou. J’étais gamin et tout d’un coup, j’ai compris que mon corps était un matériau, qu’il était physique, qu’il allait être un outil… J’ai compris aussi qu’il ne fallait pas s’arrêter à lui ni dire que j’étais victime de mon état physique. Avec la danse, j’ai mis mon corps au service de quelque chose, il est devenu élément de vie… Et ça, je l’ai réalisé, je pense presque inconsciemment, très tôt. J’ai su que c’était ce que j’allais devoir faire… Et surtout, je sais que je ne sais rien faire d’autre (rires).
Et quitte à ne savoir faire que ça, vous vous êtes dit « Autant voir les choses en grand et en couleurs » ?
J’avais besoin de cette grandiloquence. Pour moi, l’art sert à mettre en exergue la magie du quotidien, je dirais même le divin du quotidien, celui que l’on ne regarde plus. C’est à ça que ça que servent la culture, l’art… Ce sont des loupes pour observer la société au travers d’un prisme bien personnel. Et donc, moi, j’ai besoin de grandiloquence pour mettre en exergue la beauté du monde, pour dire à l’Humanité comme elle peut être grande et belle.

Découvrez en vidéo notre interview mode de Lucky Love :

Vous aimez donc tant le monde que ça ?
De façon assez banale, je pense que les personnes autour de moi vous diraient que je suis quelqu’un de très positif, de joyeux, qui aime la vie. Or, c’est bien plus profond que ça, puisque mon amour pour la vie me fait aussi parfois souffrir. Je déteste ce que l’Humanité fait parfois. Je voudrais lui rendre sa beauté, lui dire mon amour pour elle, qu’elle se rende compte de sa divinité. J’ai toujours eu de grands problèmes avec le fait que l’on projette le divin ailleurs : on nous dit que le paradis, c’est demain, ou au contraire, que c’était hier. Moi j’ai envie de réoffrir au présent son divin et de dire au monde mon amour. Je veux dire à l’Humanité combien elle est belle et mettre en lumière la nécessité de s’ancrer dans le présent.
Est-ce votre credo : profiter du moment quand il est là ?
Exactement. J’ai été, de par mon existence, mis face à la valeur de la vie très tôt. Et je pense que le but de mon existence, c’est peut-être de créer le maximum de souvenirs, parce que je sais que c’est la seule chose qu’on prend avec soi. J’ai ce besoin viscéral d’être dans le présent parce que je sais le luxe que cela représente.
L’avez-vous toujours ressenti comme cela ou est-ce qu’il y a eu un déclic qui a fait que vous vous êtes dit que la vie était belle et méritait d’être vécue ?
Je suis un homme homosexuel, handicapé, ancien addict et séropositif. Ce qui est étrange, c’est que, dit comme ça, ça fait un peu la carte d’identité du morbide, alors que finalement, c’est dans toutes ces expériences que j’ai trouvé la beauté du monde, que j’ai pu être sauvé… Par exemple, j’ai très tôt dû faire face à un corps médical, qui n’a aucun lien personnel avec moi, mais qui a quand même pris soin de moi, m’a aidé à avancer, à évoluer. Et ça, pour moi, c’est de la bonté humaine, rien d’autre. Ce ne sont pas 1300 balles par mois qui motivent une personne à aider les autres à s’en sortir. Je ne le pense pas : c’est la bonté ! Et donc, moi je me suis retrouvé face à la bonté du monde. Et la bonté est indéniablement liée à l’amour. Toutes mes épreuves ont été un peu comme une odyssée. Je le vois vraiment comme de la mythologie grecque. Mon existence, je la passe face à des épreuves qui m’aident à comprendre le sens de la vie. J’aurais été plus fainéant si je n’avais pas vécu tout ça. Je me serais peut-être contenté de vivre la vie. Au début de mon expérience, mon bras m’a permis tout de suite de vouloir comprendre le monde plutôt que de simplement y poser mes fesses !
Voulez-vous être le porte-drapeau de l’amour ?
Je voudrais avoir l’honneur d’être l’auteur d’un manifeste d’amour universel, éternel, qui est le socle de tout. Ce serait bien de le rappeler à notre société ! On vit dans un monde où l’on refait sans cesse les mêmes erreurs. Quand j’étais enfant, à l’école, on apprenait que la guerre, c’était mal, mais que c’était le passé, que c’était derrière nous, qu’on avait faits des erreurs… Or on n’a pas appris de nos erreurs. J’ai beaucoup de mal avec le fait qu’aujourd’hui encore, on vive des conflits comme on les vit, que des religions nous opposent encore, que des territoires nous opposent. Quel est le sens de tout ça ? Pense-t-on vraiment que l’Humanité doit s’entre-tuer pour des territoires ? Est-on encore capable de voir plus loin que nous-mêmes, de faire preuve d’empathie pour le monde, de ne pas avoir une vision égoïste ou égocentrique… Est-ce que ça, c’est possible ? C’est ça que je questionne avec l’amour. Parce qu’il n’y a que l’amour qui nous fait sortir de nous, qui nous fait accepter, qui nous fait grandir… L’amour, c’est une valeur magnifique ! Qui n’a jamais aimé ? Son enfant, son frère, son père, sa mère, son amant, sa maîtresse, son mari, sa femme, son chien… Qui n’a jamais éprouvé le sentiment d’amour ? Et si vous l’avez éprouvé, comment pouvez-vous l’oublier ? Il est si puissant quand on le laisse exister. On a tendance aussi à juger la complexité de l’amour, à juger la façon qu’on a d’aimer. Un jugement nourri par la peur. Je trouve ça drôle d’ailleurs parce que la peur est un sentiment au même titre que l’amour ! On a tous peur de choses différentes, pour différentes raisons, parce qu’on a un passé différent, une sensibilité différente… Et pourtant, on dresse avec l’amour un journal de bonne conduite, alors que c’est un sentiment très primitif, comme la peur, inexplicable, inexpliqué, qui intervient à un moment où on ne peut pas le prévoir… Et pourtant on a voulu se concentrer sur ce sentiment-là, lui donner une structure, lui donner une morale. Et je me demande si cette morale, si cette appropriation de l’Humanité face à l’amour, elle n’a pas fini par l’abîmer un peu. Voilà pourquoi, moi je veux rendre à l’amour sa gloire et sa liberté. Il n’y a pas de règles à l’amour !

I Don’t Care if it Burns (Wagram). En concert le 11 avril à La Madeleine, le 3 août à Ronquières, le 22 août aux Solidarités.

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