Compléments alimentaires : quels sont les risques réels encore trop méconnus du grand public ? - Contrairement aux médicaments, les compléments alimentaires ne sont pas soumis à une autorisation de mise sur le marché. - Audrey Morard avec AFP

Compléments alimentaires : quels sont les risques réels encore trop méconnus du grand public ?

Plus de la moitié des Belges consomment des compléments alimentaires. Mais certaines de ces petites pilules peuvent se révéler néfastes pour la santé. Explications.
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Cure détox, solution minceur, booster d’immunité ou anti-stress : un Français sur quatre consomme régulièrement des compléments alimentaires. Souvent perçus comme naturels et sans dangers, ils peuvent toutefois être à l’origine d’effets indésirables graves, rappelle l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail). Selon un sondage mené par Testachats en 2024, plus de la moitié des Belges (53 %) consomment quant à eux des compléments alimentaires. Parmi ceux-ci, 51 % le font sans avis médical.

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De quoi parle-t-on ?

Présents en force dans les pharmacies, les publicités ou sur internet, les compléments alimentaires sont à la frontière entre alimentation et médicament. Les Belges en consomment pour des raisons bien variées avec pour 70 % des répondants une volonté de combler des carences, 37 % renforcer le système immunitaire, 24 % avoir plus de vitalité, 15 % soulager les problèmes articulaires et 12 % profiter de leurs vertus cosmétiques.

Toutefois, en général et en l’absence de pathologie, « la couverture des besoins nutritionnels est possible par une alimentation variée et équilibrée dans le cadre d’une vie quotidienne physiquement active », rappelle l’Anses. « La consommation de compléments alimentaires n’est alors pas nécessaire », précise l’agence.

Quelques exceptions cependant pour les populations à risque de carences : femmes enceintes, personnes âgées, ou végétaliens, « qui en excluant toutes les denrées d’origine animale n’ont pas d’apport en vitamine B12 », illustre Aymeric Dopter, chef de l’unité d’évaluation des risques liés à la nutrition à l’Anses.

Quel encadrement ?

Contrairement aux médicaments, les compléments alimentaires ne sont pas soumis à une autorisation de mise sur le marché. Aucune étude d’efficacité ou d’innocuité n’est requise avant leur commercialisation. Ils ne peuvent donc pas revendiquer d’effets thérapeutiques. S’ils promettent des résultats contre le surmenage, la nervosité, les problèmes de sommeil ou les kilos en trop, les allégations nutritionnelles et de santé qu’ils peuvent afficher sur leurs emballages sont encadrées par l’Union européenne.

Par exemple, le zinc peut prétendre « contribuer au fonctionnement normal du système immunitaire ». Pourtant, de nombreux compléments alimentaires – vendus essentiellement sur internet – vont plus loin et font miroiter des miracles contre diverses pathologies.

Certains assurent ainsi soigner des cancers, lutter contre les problèmes de fertilité, ou guérir l’endométriose. « Sur internet, on découvre le côté obscur des compléments alimentaires : on y vend absolument tout et n’importe quoi », observe Aymeric Dopter. Selon la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), sur 95 sites internet commercialisant des compléments alimentaires contrôlés en 2017 (derniers chiffres disponibles), 76 % n’étaient pas conformes.

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Quels risques ?

« La consommation des compléments alimentaires est à tort banalisée, c’est le problème », alerte Irène Margaritis, adjointe au directeur de l’évaluation des risques. Depuis 2009, l’Anses a instauré un dispositif de nutrivigilance pour surveiller les effets indésirables liés notamment à la consommation de compléments alimentaires. Rien qu’en 2024, l’agence – qui n’a pas de pouvoirs de police sanitaire – a reçu plus de 500 signalements. Après analyse, elle émet en moyenne dix-sept alertes chaque année sur des produits dangereux auprès des pouvoirs publics.

Loin d’être anodine, la consommation de compléments alimentaires peut présenter des risques nutritionnels, de mésusage ou d’interactions médicamenteuses, dont les consommateurs n’ont souvent pas conscience. Le zinc peut créer par exemple des carences en cuivre, l’aloe vera est contre-indiqué en cas d’occlusion intestinale, ou l’échinacée en cas de pathologie du système immunitaire.

Quant à la vitamine D, l’Anses avait alerté en 2023 sur des surdosages chez des nourrissons liés à la prise de compléments alimentaires. Récemment, l’Agence sanitaire a aussi tiré l’alarme sur les « coupe-faim » à base de la plante Garcinia cambogia, après plusieurs cas d’atteintes hépatiques, dont un mortel.

Pour ces raisons, l’Anses recommande que toute prise de complément alimentaire soit préalablement discutée avec un professionnel de santé. « Que ce soit pour de la fatigue ou un manque de tonus, il ne faut pas essayer de régler seul le problème en se jetant sur des compléments alimentaires », plaide Aymeric Dopter. « Derrière, il peut toujours y avoir quelque chose de plus grave et donc un retard de prise en charge. »

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