Pourquoi de plus en plus d’employés se mettent au task masking ? - Le task masking, ou l’art de se mettre en scène au travail. - Camille Vernin

Pourquoi de plus en plus d’employés se mettent au task masking ?

Plus qu’un simple buzz TikTok, ce phénomène en dit long sur l’état du monde du travail post-Covid, tiraillé entre retour au bureau imposé, épuisement généralisé et quête de sens.
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Écran allumé en permanence, doigts qui pianotent frénétiquement sur le clavier, réunions calées pile à l’heure du lunch, et une démarche déterminée avec le laptop sous le bras pour traverser l’open space… À première vue, tout semble rouler. Mais derrière ce ballet bien huilé de productivité se cache peut-être un phénomène aussi discret que symptomatique : le task masking.

«No show», «ghosting», pourquoi la génération Z n’honore plus ses engagements ? Décryptage en vidéo :

L’open space, nouveau théâtre d’entreprise

Né sur TikTok et théorisé par la plateforme career.io, le task masking désigne cette tendance à surjouer le fait de travailler sans être réellement productif pour autant. En clair ? Faire tout pour avoir l’air occupé, en enchaînant les calls inutiles, en étirant un e-mail sur deux heures, ou en bougeant frénétiquement la souris pour simuler une présence en ligne pour se donner un air affairé. Bienvenue dans l’ère où la productivité est devenue une performance.

Si cette mascarade de l’efficacité semble absurde, elle ne tombe pas du ciel. Depuis la fin du télétravail généralisé, nombre d’entreprises (bonjour Amazon) imposent un retour au bureau sans raison claire. Le message implicite ? Présence = productivité. Alors, pour rester dans les petits papiers de la hiérarchie, certains employés (souvent jeunes, souvent précaires) enfilent le costume de la personne overbookée. Quitte à en faire des caisses.

Une génération qui joue avec les codes

Derrière le task masking, il y a aussi une rébellion douce. Comme pour le quiet quitting ou les micro-vacations, cette pratique peut être lue comme un rejet des injonctions à la surperformance. Une manière, pour la Gen Z notamment, de résister à la culture du « always on », tout en restant dans les clous. Car dans un contexte économique tendu, se faire remarquer à base de loud quitting ou de grève du zèle frontale, c’est risquer gros.

« On ne peut plus se permettre de claquer la porte, alors on se protège comme on peut », explique Isabella, RH dans une boîte tech, qui constate une explosion des logiciels de mouse jiggler, ces programmes qui simulent du mouvement pour faire croire à une activité sur Teams.

Symptôme d’un management en déroute ?

Et si ce n’était pas les employés qu’il fallait blâmer, mais l’organisation elle-même ? Et si la vraie question n’était pas « pourquoi ces jeunes ne bossent pas plus dur ? », mais plutôt : « pourquoi leur vrai travail n’est-il pas valorisé ? ». Le task masking met surtout en lumière un déficit de confiance, de clarté et de reconnaissance. Des tâches floues, des objectifs vagues, un management omniprésent mais peu inspirant… On finit par simuler l’implication parce que personne ne comprend vraiment ce qu’on attend de nous.

La fausse productivité, un piège pour tout le monde

Attention toutefois à ne pas tomber dans l’excès inverse. Sous peine de finir par s’épuiser pour de faux à force de courir partout. Le risque ? Un burn-out de façade, où l’on épuise son énergie à faire semblant, sans jamais nourrir de vrai sentiment d’utilité ou d’accomplissement. D’autant que cette illusion d’efficacité finit parfois par contaminer jusqu’aux managers eux-mêmes. La fameuse culture du fauxductif – ou comment tout le monde fait semblant que tout le monde bosse – génère une ambiance anxiogène, inefficace et profondément déconnectée du réel.

Et maintenant, on fait quoi ? Plutôt que de peaufiner ses talents d’acteur, mieux vaut poser la vraie question : qu’est-ce qui me manque pour faire mon travail correctement ? Une meilleure organisation ? Plus d’autonomie ? Un objectif clair ? Un vrai dialogue avec son équipe ? Le task masking n’est donc pas une paresse déguisée, mais bien le miroir d’un monde du travail en perte de sens. Un monde où, faute d’un cadre sain, on finit par mimer la réussite faute de pouvoir l’incarner. Un peu triste ? Oui. Mais pas irréversible.

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