Comment Marseille s’impose comme la future capitale de la mode durable - Durable, vivante et créative, la mode marseillaise est plus que jamais dans l’air du temps. - Audrey Morard

Comment Marseille s’impose comme la future capitale de la mode durable

La vibrante cité phocéenne ne cesse de séduire des jeunes créateurs, marques et projets inscrits dans une démarche responsable pour la planète et les générations futures. Elle accueille d’ailleurs sa première Slow Fashion Week jusqu’au 14 juin. Comment expliquer ce mouvement ? Décryptage. 
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Marseille accueille sa première Slow Fashion Week jusqu’au samedi 14 juin. Derrière ce projet, on retrouve le collectif BAGA, une association impliquée dans la mode durable au cœur de la cité phocéenne. Lancée en 2023 grâce à une quinzaine de créateurs, elle compte aujourd’hui une centaine de membres.

Chloé Roques, responsable communication de l’événement et de BAGA, revient sur la genèse du rendez-vous : «Au début de BAGA, on organisait des petits marchés, des ateliers et d’autres rendez-vous pour faire rayonner une mode plus responsable à Marseille. Lors d’une réunion, nous nous sommes posé la question : qu’est-ce qu’on a envie de faire de grand cette année ? On s’est alors demandé : pourquoi ne pas organiser une autre version de la Fashion Week, mais à Marseille. On souhaite montrer que notre ville a à coeur de mener des projets bienveillants, tournés vers une écologie et une éthique de travail».

Encore plus de contenu «style» avec en vidéo notre rencontre avec la critique mode Sophie Fontanel :

Marseille, ville de la débrouille

Depuis quelques années, Marseille se métamorphose et séduit de plus en plus. Sa mue commence en 2013. Cette année-là, la ville est capitale européenne de la culture : elle accueille de nouveaux visiteurs, se dote d’un nouveau musée, le Mucem, et voit sa popularité s’accroître un peu plus chaque année. En parallèle, la mode marseillaise fait son bonhomme de chemin, toujours plus durable. «La mode est à l’image de la ville : plurielle. À Marseille, les gens ne s’habillent pas pour être les mieux habillés. Ils le font pour représenter qui ils sont vraiment. Vous croiserez dans la rue des messages forts inscrits sur des t-shirts. Je pense que la mode a toujours été responsable à Marseille. Elle est l’une des villes les plus pauvres de France où des habitants rencontrent des difficultés économiques et doivent composer avec un plan B. Elle a toujours évolué dans la débrouille, le réemploie, le fait de faire durer les choses. La culture vintage est incroyable ici parce que les habitants n’ont pas le réflexe de tout jeter. Il y a toujours eu beaucoup de créatifs et créatives à Marseille avec des ateliers de couture… Mais c’est certain que cela s’est intensifié depuis quelques années» constate Chloé Roques.

Sensibiliser les locaux

Parmi ces ateliers se trouve Atelier Regain. Fondé en 2021, ce studio est spécialisé dans l’upcycling textile, l’un des piliers de la mode durable. Il est intégré à FRIP Insertion, une association faisant partie du mouvement Emmaüs. En coulisses, quatre couturières donnent une seconde vie à des vêtements et des accessoires avant de les commercialiser. Des ateliers de sensibilisation autour de l’upcycling et la mode durable sont en parallèle organisés à destination des entreprises, des écoles primaires et du grand public plus généralement comme nous l’explique Monia Sbouaï, designer et chargée de développement à l’Atelier Regain. «Cette facette d’Atelier Regain est importante pour nous, elle nous permet d’aller à la rencontre des gens, d’être dans une démarche pédagogique et plus seulement commerciale».

Mais les Marseillais et Marseillaises sont-ils sensibles à cette mode plus slow ? «Il y a un bel accueil de la part du public que ce soit dans les ateliers ou la découverte des vêtements. Il découvre que la mode durable peut être branchée et esthétique. Il m’arrive d’échanger avec des individus qui ne connaissent pas Atelier Regain. Ils trouvent notre projet intéressant, mais s’imaginent des vêtements et accessoires avec un style pas dingue et pas très créatif. Mais lorsqu’ils voient les pièces, ils se rendent compte que c’est possible, on entend souvent “ah mais c’est cool en fait !” (sourire)«

Echanger et mutualiser pour avancer

Avant de s’installer en 2020 dans la cité phocéenne, Monia Sbouaï a vécu à Paris. «D’autres personnes issues de la jeune création textile ont décidé de vivre à Marseille à cette période. J’ai senti que des choses pouvaient se passer, il y avait du mouvement. Je pense à la création de Studio Lausié en 2021, une école de mode alternative et engagée qui a beaucoup apporté. On pouvait démarrer des projets autour de l’humain, des valeurs sociales, du care. Ces choses existent à Paris, mais la vie est plus rapide et l’économie a fini par prendre le dessus. Ce n’est pas le cas à Marseille».

Monia Sbouaï met également en lumière l’entraide entre les créateurs inscrits dans une démarche plus durable. «À Marseille, il y a beaucoup de gens qui mutualisent les lieux, les savoir-faire… Tout cela sans méfiance. Il est facile d’échanger entre nous, c’est d’ailleurs quelque chose qui m’a frappé quand je suis arrivée».

Marseille peut-elle pour autant devenir l’une des places majeures de la mode durable ? Chloé Roques ne s’en cache pas, «c’est totalement dans les objectifs du collectif BAGA. On a reçu tellement de forces quand on a annoncé la Slow Fashion Week qu’on a envie de le faire perdurer une fois qu’elle sera terminée. D’autant plus qu’on a plein d’idées par la suite pour mettre Marseille sur la carte de la mode responsable».

Pour Monia Sbouaï, le potentiel de la cité phocéenne est énorme, mais la chargée de développement de l’Atelier Regain insiste sur le fait que ces thématiques doivent aussi être prises en charge au-delà des citoyens. «Ces sujets doivent être investis par les autorités et le gouvernement, au même titre que les lois contre la fast fashion, afin de faire naître l’intérêt et donner de l’appui et du soutien. Les initiatives pour une mode plus durable ne doivent plus être issues de personnes qui sont dans leur coin et avec peu de moyens. Elles doivent prendre une envergure plus grande pour proposer des alternatives et amener à une réflexion collective».

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