Les codes à adopter pour être chic comme les Parisiennes selon Sophie Fontanel

L’autrice, romancière, journaliste, critique de mode (même si elle s’en défend) et influenceuse (bien qu’elle préfère un autre terme) revient sur sa passion pour la mode et le vintage, le temps qui passe et aussi, ces petites choses qui l’agacent…
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Elle aime la Belgique. Elle y chine d’ailleurs avec passion certains week-ends, mais c’est à Paris, à la terrasse du café Nemours, à quelques minutes de chez elle, qu’elle nous a donné rendez-vous pour cet entretien. Sophie Fontanel arrive pile à l’heure, les yeux cachés derrière des lunettes aviateur à verres miroir bleu océan. Forcément, on a envie de connaître chaque détail de son look du jour, surtout de cette grande chemise trop large qui lui donne un chic fou. Ça tombe bien : elle semble justement disposée à partager tout ça avec nous.

Journaliste, écrivaine, influenceuse… Comment souhaitez-vous qu’on vous présente ?
Disons que j’écris sur tous les supports possibles. Je suis écrivain ou écrivaine, comme vous voulez. Je ne suis pas vraiment journaliste ; je n’ai pas la carte de presse. Je suis romancière et essayiste, même si, souvent, le milieu littéraire m’exaspère. Critique de mode : ça oui, mais de toute façon, je ne critique rien, je ne parle que de ce que j’ai aimé. Est-ce que je suis influenceuse ? Les influenceurs, ce sont ceux qui mentent (elle sourit). En réalité, on ment un peu tous, mais ce qui est certain, c’est que mon compte Instagram n’est que peu monnayé. Une fois ou deux par an, tout au plus. Je suis plutôt influente. Cette définition me rapproche davantage d’une idée de pureté et de liberté qui me correspond assez bien.
Votre grand-mère était dentellière et votre mère couturière. Vous avez fait de la mode votre métier. C’est d’ailleurs le propos de votre livre La Vocation (paru en 2017). Vous auriez pu faire autre chose qu’écrire sur la mode ?
Dans ma famille arménienne, on me disait que trois choses pouvaient ouvrir des portes : la politesse, la culture et le vêtement. Le vêtement, c’est un langage. Parfois, de révolte. Regardez les punks ou les hippies. Avant, j’étais très migraineuse. La seule chose qui pouvait me soulager, c’était d’aller fouiner dans une boutique vintage. Le vêtement, c’est important.
Le vintage : l’une de vos passions. Pourquoi ?
Je viens d’une famille qui vénérait le chic des autres ; ceux qui avaient de l’argent. Quand on sait chiner, on peut, même sans argent, s’inscrire dans une certaine forme d’élitisme. Le vintage vous classe dans la catégorie des gens qui ont du goût. Pour ceux qui n’ont pas de sous, il peut s’apparenter à une forme de revanche. Dans une boutique de seconde main, il faut pouvoir reconnaître les belles pièces, les imaginer dans un autre contexte… Je suis née à une époque où personne ne portait de vêtements avec le mot Gucci écrit en grand. La chemise que je porte aujourd’hui m’a coûté 20 euros, mais à l’origine, elle vient de chez un grand tailleur. Pour moi, chiner, c’est comme entamer une chasse aux trésors.
Et pour vous, cette chasse aux trésors ne s’arrête jamais…
Un jour, j’étais aux soldes Zara avec une amie. J’essaie d’y aller moins, mais comme tout le monde, j’y vais parfois. Je repère une jupe en coton bouclette, genre éponge, mais en plus sophistiqué. Un peu dans l’esprit du film La Baie des Anges avec Jeanne Moreau. Mon amie ne lui accorde même pas un regard. Moi, j’en prends deux d’un coup. Quand elle m’a vue dedans, mon amie m’a demandé pourquoi je ne l’avais pas obligée à en acheter une !
Dans ma famille arménienne, on me disait que trois choses pouvaient ouvrir des portes : la politesse, la culture et le vêtement.
Sophie Fontanel
Vos cheveux gris assumés ont fait le tour du monde. Dans le registre capillaire, on peut clairement affirmer que vous avez été influente.
Les femmes ne m’avaient pas attendue pour afficher leurs cheveux gris. Mais même quand elles s’aimaient comme ça, elles avaient du mal à l’assumer. Et moi, j’ai juste dit que c’était beau. C’est ma valorisation poétique de la chevelure argentée qui a permis de faire évoluer les mentalités. Cette aventure a changé ma vie et celle de ma coiffeuse, Delphine Courteille. Des centaines de femmes ont déferlé dans son salon. Elles voulaient non seulement ma couleur, mais aussi ma coupe. Avant, on considérait que le gris était synonyme de court. Et pourquoi ça ?
Tout le monde peut donc oser le gris ?
Oui, à condition de s’en foutre d’avoir l’air plus âgé. Si Andie McDowell est à ce point sublime, c’est parce que ça lui est égal de paraître son âge. C’est à partir de 60 que ça devient sérieux. On entre dans une autre réalité. Cela dit, je déteste les travers de notre société fataliste et victimaire. Peut-être qu’à 60 ans, tous les hommes ne vont plus vous regarder comme un Dragibus, mais ce n’est pas un drame, si ? Il suffit de quelques détails : une jupe qui met vos jambes en valeur, par exemple et vous verrez, on vous regardera. La vraie question que doit se poser une femme de mon âge, ce n’est pas de savoir si elle plaît, mais qui lui plaît.
Peut-on dire que tout est beau, dans ce cas ?
Non, absolument pas ! Je passe ma vie à observer des célébrités habillées par des marques de manière complètement indigente. L’élégance, c’est inné et c’est aussi puissant que le fait d’avoir fait des études. Ça vous place quelque part.
Le milieu de la mode est trop élitiste selon vous ?
Vous savez, à Saint-Germain-des-Prés, dans certains cercles, les gens ne portent que des chemises Charvet et quand ils arrivent au café de Flore, ils ne veulent s’asseoir qu’à un endroit très précis de la terrasse. C’est de l’élitisme qui ne se montre pas. Le milieu de la mode, c’est l’inverse. Il revendique un entre-soi, à la fois énervant et sympa. Si je suis invitée, comme dernièrement, à un défilé Gucci très exclusif dans un petit palais florentin avec juste 100 invités et que je poste ensuite une photo de mannequins avec de sublimes leggings en velours (défilé croisière 2016, NDLR.), tout le monde va vouloir, moi, la première, un legging en velours… Ce qui tombe bien vu que des marques abordables en font.
Ah, le legging : faux pas ou pas ?
C’est exactement ce que je vous expliquais. A priori, le legging, c’est non. Sauf que, dernièrement, pour aller chez mon kiné, j’ai enfilé un legging, une grande chemise et un blazer. Après ma séance, j’ai donné rendez-vous à une amie dans un café. En me voyant arriver, elle m’a dit : ça y est, maintenant, je veux un legging.
Qu’est-ce qui vous exaspère, alors, dans la mode ?
Le luxe qui n’en est pas. Un sac hors de prix, mais de mauvaise qualité ou les gens qui gravitent dans ce milieu. Ils sont invités partout, mais ils ne mesurent pas leur chance. Tout leur est acquis. C’est la foire aux vanités.

Sophie Fontanel, Défilé au Louvre (Éditions Seghers).

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