Le village pain d’épice : où trouver cette destination tout droit sortie d’un conte ? - Y aller, c’est aussi s’interroger sur ce que signifie voyager dans une monarchie ultra-conservatrice qui s’ouvre progressivement au monde. - La Rédaction

Le village pain d’épice : où trouver cette destination tout droit sortie d’un conte ?

Et pourtant, le vrai « Gingerbread Village » ne se trouve ni à Strasbourg ni à Colmar, mais à des milliers de kilomètres de là… en Arabie saoudite.
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Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2018, ce village à l’architecture de pierre ocre et de bois sombre a été surnommé, un brin maladroitement, le « Gingerbread Village », autrement dit le village pain d’épices. Loin des fantasmes occidentaux, Rijal Almaa est surtout le témoin d’une culture millénaire et d’un carrefour commercial majeur de la péninsule arabique.

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Une architecture unique au monde

La première chose qui frappe lorsqu’on arrive à Rijal Almaa, ce sont ces 60 palais de pierre aux motifs géométriques blancs qui s’élèvent sur plusieurs étages, nichés entre les montagnes de l’Asir. Leurs façades décorées de chaux donnent cette illusion de glaçage propre aux maisons en pain d’épices, d’où le surnom.

Mais au-delà de l’esthétique, cette architecture répondait à une logique de défense, de régulation thermique, mais aussi de représentation sociale. Construits en pierre de schiste, ces bâtiments pouvaient atteindre jusqu’à huit étages et témoignent d’une maîtrise technique remarquable dans une région sujette aux fortes pluies et aux tremblements de terre. « L’analogie avec le pain d’épices est certes poétique, mais elle tend à folkloriser un patrimoine qui mérite mieux que l’exotisme touristique », rappelle une spécialiste du patrimoine islamique au CNRS.

Carrefour des routes de l’encens et du pèlerinage

Autrefois situé sur une route stratégique entre le Yémen, La Mecque et Médine, Rijal Almaa était un centre de commerce florissant, notamment pour les caravanes transportant encens, myrrhe ou soieries. Le village doit d’ailleurs son nom à ses anciens habitants : les « hommes brillants » ou « les plus distingués », en référence à leur influence intellectuelle, commerciale et militaire dans la région.

Aujourd’hui, le village n’a rien perdu de son aura. Grâce à une politique ambitieuse de restauration patrimoniale menée par l’Arabie saoudite – dans le cadre du plan Vision 2030 – Rijal Almaa est en passe de devenir un pôle culturel et touristique à part entière. Une initiative saluée, mais qui soulève aussi des questions.

Modernisation vs authenticité

Depuis plusieurs années, le ministère saoudien du Tourisme mise sur des projets de développement rural durable pour diversifier l’économie post-pétrole. À Rijal Almaa, cela passe par la réhabilitation des palais, la création de musées et de circuits culturels, en collaboration avec les habitants.

Mais certains observateurs s’inquiètent : cette volonté d’ouvrir le pays aux visiteurs internationaux ne risque-t-elle pas de lisser l’histoire ou de la rendre « instagrammable » ? Le défi est là : préserver une mémoire vivante sans céder au marketing patrimonial.

Un autre visage de l’Arabie saoudite

À l’heure où le pays cherche à refaire son image sur la scène internationale, Rijal Almaa devient vitrine d’une Arabie saoudite moins connue, loin des gratte-ciel futuristes de Riyad ou des débats sur les droits humains. Une Arabie qui valorise ses traditions, ses habits colorés (comme la futa, cette jupe rayée portée par les hommes-fleurs), son architecture vernaculaire et son artisanat.

Le contraste est saisissant : entre ses paysages verdoyants, ses montagnes embrumées, ses villages accrochés à flanc de falaise, la région de l’Asir déconstruit tous les clichés que l’on peut avoir d’un pays désertique et ultramoderne. Et si le pain d’épices n’a jamais existé ici, c’est une autre douceur, plus complexe et moins sucrée, qui vous attend.

Pourquoi y aller ?

Parce qu’au-delà de la curiosité architecturale, visiter Rijal Almaa, c’est comprendre une autre Arabie saoudite, plus secrète, plus enracinée, plus hospitalière aussi. Une Arabie qui cherche à écrire un nouveau chapitre de son histoire, sans pour autant effacer les précédents. Bien sûr, le pays reste marqué par des restrictions culturelles et politiques fortes, même si les dernières années ont vu émerger des signes d’ouverture, notamment pour les femmes et les visiteurs étrangers. Bref, une destination à aborder avec curiosité, sens critique et respect.

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