La Toscane des Balkans, l’un des secrets les mieux gardés d’Europe

Avec ses paysages sauvages, ses collines verdoyantes, sa gastronomie ancrée dans un terroir ensorcelant, ses vins excellents, son climat engageant et son caractère outsider, qui la préserve du tourisme de masse, le sud-ouest de la Bulgarie figure parmi les destinations les plus prometteuses du moment.
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Dans certains coins du monde, le temps passe plus lentement qu’ailleurs, et pourtant, on ne s’y ennuie pas une seconde. C’est le cas d’une région d’Europe à la croisée de plusieurs cultures : grecque, turque et macédonienne, notamment. Ceux qui ont déjà séjourné dans le sud-ouest de la Bulgarie chérissent ce petit coin de paradis où les paysages encore sauvages rivalisent de beauté.

Depuis l’aéroport de Thessalonique ou de Sofia, il faut moins de deux heures pour rejoindre la région de Melnik. Autrefois prospère, cette petite ville – désormais la plus petite de Bulgarie – est un bon indicateur du caractère résolument secret de la région. Les quelques rares maisons traditionnelles toujours debout attestent du riche passé de la vallée du fleuve Strouma, mais aussi de la volonté des habitants – du moins, pour l’instant - de conserver un positionnement « sous le radar ».

C’est qu’ici, pour se laisser séduire par la magie de la région, vous n’avez pas besoin de grand-chose ; une paire de chaussures de marche, tout au plus. Votre séjour pourrait commencer par un trek d’une heure environ, à la découverte des pyramides de Melnik. La dimension majestueuse et presque futuriste de cette formation rocheuse d’origine naturelle donne le ton ; celui d’un petit bout d’Europe à la beauté insoupçonnée. En fin d’après-midi, la craie des montagnes prend une couleur dorée qui contraste avec le vert des collines et des forêts avoisinantes. En chemin, arrêtez-vous quelques minutes au monastère byzantin de Rojen. Entouré de montagnes, ce lieu – désormais habité par un seul moine – séduit par ses peintures murales typiques de l’école byzantine, mais aussi par la sérénité qui se dégage du site, charmant bien que totalement à l’écart des chemins touristiques classiques. Les hommes en quête d’une expérience insolite et mystique peuvent y séjourner une ou plusieurs nuits. Les femmes, en revanche, peuvent juste s’y recueillir en journée.

Un shot à l’apéro

À quelques minutes du monastère, une adresse absente de tous les guides (ou presque) est un point de chute rêvé à l’heure du lunch. Depuis plusieurs décennies, cette auberge tenue par Blago, une figure incontournable de la région, sert une cuisine familiale qui ravira les amoureux des produits du terroir ; un terroir qui se passe de discours marketing pour se concentrer sur l’essentiel. Commandez un pain traditionnel, une sorte de brioche qu’on trempe dans un mélange d’épices, mais aussi des yaourts de brebis parfumés au sirop de figue, des fromages et des charcuteries de ferme ou un tarator, sorte de tzatziki bulgare. Si vous aimez le vin, celui de Blago (dans cette région, chaque famille ou presque produit le sien) pourrait vous décontenancer. En cas de petite soif, commandez donc plutôt une bière ou, à l’instar des locaux, démarrez votre repas par quelques rasades d’un alcool sec comme la rakia, l’eau-de-vie la plus populaire de Bulgarie.

Dans le sud du pays, l’été peut être très chaud, et si l’idée de faire cul sec avant 15 h ne vous fait pas fantasmer, troquez la rakia contre une visite dans quelques-uns des domaines viticoles locaux. Futur joyau de la région, Aya (ayaestatevineyards.com) fait partie des domaines qui illustrent joliment les ambitions d’un coin de la Bulgarie conscient de son potentiel, mais désireux de conserver un caractère authentique et une approche raisonnée de la viticulture. Orchestré par un duo d’entrepreneurs de Sofia, ce bout de terre qui domine la vallée sert d’écrin à un chai ultra-contemporain bien que joliment intégré au paysage. À la fois lieu de production et galerie d’art contemporain, l’espace est couplé à un centre équestre. Dans quelques mois, les voyageurs en quête d’une balade « plus slow que slow » pourront parcourir la campagne à cheval et terminer l’après-midi autour d’un pinot noir ou d’un syrah frais et joliment charpenté.

Rêve organique

Depuis le domaine, vous pouvez rejoindre Zornitza en quelques minutes seulement. Ce lieu de villégiature inauguré en 2016 par un intellectuel, à la fois historien, philosophe et éditeur de magazines, est né d’un rêve : celui de capitaliser sur la beauté du paysage et la richesse des produits locaux, dont la vigne qui règne ici en majesté ; une évidence dans une région qui peut se targuer d’être l’un des plus anciens producteurs de vin au monde. Si le domaine s’étend sur 3 000 ha (avec les cinq sommets de la chaîne montagneuse du Pirin en guise de décor), le vignoble d’à peine 6 hectares donne un vin rouge puissant et tannique, fruit d’un terroir particulièrement ensoleillé. Un must pour le raisin, mais aussi pour les vacanciers en quête d’une parenthèse durant laquelle ils se sentent quasiment seuls au monde. À Zornitza, vous pourrez déguster les meilleurs yaourts et fromages de brebis de votre vie, des figues et des coings, de délicieux légumes, des poissons fraîchement pêchés dans le lac du domaine mais aussi… des truffes. aEstivum, la table gastronomique de la propriété, doit d’ailleurs son nom à l’appellation latine des truffes d’été.

Petit Terroir

Après avoir construit une maison de vacances pour sa famille, le propriétaire de ce domaine, désormais membre de la famille Relais & Châteaux, y a joint une ferme, un hôtel, un centre thermal, un restaurant gastronomique sous la supervision du jeune chef bulgare Vesselin Kalev et un domaine viticole orchestré par Aleksandar Skorchev, maître de cave, sommelier et ex-collaborateur du chef anglais Gordon Ramsay. Au moment du dîner, réservez une table sur la terrasse du restaurant avec vue sur les vignes. On vous conseille d’y déguster, entre autres plats signatures, la version contemporaine de la Trahana, une variété de pâtes traditionnelles grecques que le chef associe à des légumes du moment. À la fois ouvert sur la région (au sens propre comme au figuré), Zornitza multiplie les occasions de s’offrir de petits bonheurs simples.

Certains midis, le chef imagine par exemple des paniers pique-nique remplis de produits réconfortants : petit rosé des Balkans, tartines de viande et de poisson fumé, yaourt à la compote de figues, olives, amandes… Au coucher du soleil, vous pouvez aussi vous installer au bord du lac, le temps de déguster une bouteille d’un délicieux Petit Terroir 2022 accompagné d’une assiette de fromages affinés sur place. Quant au spa, il propose une série de rituels basés sur les herbes ou le miel du domaine. Si on nous a vanté les vertus régénératives de ce moment de grâce (on ne demande qu’à le croire), nous avons en tout cas été bluffés par l’impression de plénitude qui émane de cette série de traitements uniques en leur genre.

700 ans à bras le cœur

À Zornitza, un nom qui signifie « étoile du matin », un symbole majeur dans le folklore bulgare, la spiritualité occupe une place centrale. Ne serait-ce que par la proximité du domaine avec le fameux triangle énergétique formé par les pyramides de Melnik, le volcan éteint de Kozhuh et l’ancien lieu de vie de la prophétesse et guérisseuse Vanga. Pendant plusieurs décennies, cette vieille dame a attiré dans sa modeste demeure (encore visitable) des milliers de Bulgares et d’étrangers, conquis par ses dons de voyance. Nombreux sont d’ailleurs ceux qui prétendent trouver une véritable paix intérieure dans cette région fortement influencée par les différentes cultures orientales et occidentales qui y ont laissé leur empreinte. Pendant votre séjour à Zornitza, vous serez peut-être tenté, vous aussi, d’enlacer le platane sept fois centenaire caché dans un coin reculé du domaine, non loin de la petite rivière qui le rafraîchit. Dans tous les cas, vous repartirez avec, dans la tête, l’image de paysages grandioses, porteurs d’une énergie peu commune. Certains vacanciers les associent à une nouvelle forme de luxe ; un luxe dépourvu d’artifices, mais nourricier… dans tous les sens du terme.

En pratique

La compagnie Transavia relie Bruxelles à Sofia ou Thessalonique en trois heures environ. Il vous faudra ensuite un peu moins de deux heures pour rejoindre le domaine familial de Zornitza. zornitzaestate.com, relaischateaux.com

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