Coulisses : on a suivi une hôtesse de l’air belge durant toute une journée de travail - Marie Honnay

Coulisses : on a suivi une hôtesse de l’air belge durant toute une journée de travail

Parce que le métier d’hôtesse de l’air fait toujours rêver, mais aussi, pour percer les mystères de celles qui œuvrent pour le confort des voyageurs en classe Affaires, nous avons suivi une hôtesse belge, le temps d’un vol Bruxelles-Dubaï.
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Emirates D.R.

Février 2025, Aéroport de Bruxelles. Il est environ 13 h quand nous retrouvons Lauren Leeman, 28 ans, à la porte B33. Il nous reste un peu moins de deux heures avant d’embarquer avec elle à bord du Boeing 777 de la compagnie Emirates. Depuis trois ans, cette Belge désormais basée à Dubaï – une obligation quand on est salariée de la compagnie – parcourt le monde dans tous les sens. Avant de rejoindre Emirates, elle a travaillé dans le secteur de l’hôtellerie. Comme elle aimait voyager, elle a postulé et décroché un poste dans cette compagnie hors norme, qui engage chaque semaine - chose rare dans le secteur – environ 50 nouvelles hôtesses, qui enfileront le fameux uniforme rouge et sable, les couleurs signature de la compagnie.

À bord, elles n’ont pas droit au champagne ni aux multiples attentions réservées aux passagers des classes Business et First, mais, pour beaucoup de ces jeunes femmes, la perspective d’une vie ultra-sécurisée dans la ville de tous les superlatifs, est une raison suffisante de signer pour ce quotidien de nomade des airs. Mais avant d’embarquer, il leur faut d’abord passer par la case « training ». Organisée à Dubaï, au QG de la compagnie. La formation d’environ deux mois comprend l’écolage classique d’une hôtesse, mais aussi l’apprentissage de certains codes propres à la compagnie.

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« Welcome on board »

En prélude à notre vol d’environ six heures au départ de la Belgique, Lauren a quitté son appartement dubaïote la veille vers 5 h. Une fois en Belgique, elle a pu profiter d’un break de 24 heures pour voir sa famille avant de rejoindre l’équipage. Nous la retrouvons devant la porte d’embarquement pour le briefing avant vol. De loin, on a du mal à l’identifier. Toutes les filles du groupe affichent un look identique.

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Le chapeau rouge se porte toujours accompagné d’un voile. Les différentes couches de tissu font référence aux sept émirats. - Emirates D.R.

Avant d’effectuer leur premier vol, elles passent toutes par la Grooming Academy. Situé au cœur du QG d’Emirates, ce boudoir corporate est l’occasion de réviser les bases : l’importance d’appliquer une bonne crème de jour pour hydrater une peau malmenée par les vols fréquents, mais aussi d’adopter un make-up conforme aux règles établies par la compagnie : du rouge sur les lèvres, des ongles vernis (en rouge, eux aussi) ou bien naturels. Quant à l’uniforme, il ne tolère aucune approximation. La jupe à godets doit descendre deux centimètres sous le genou. Une longueur qui ne flatte pas tellement la silhouette, soit dit en passant. Les jeunes femmes ont néanmoins la liberté – luxe suprême – de choisir deux modèles de souliers parmi les 12 proposées.

Un quotidien fractionné

Si le briefing pré-embarquement ne dure que quelques minutes, il est essentiel au bon déroulement du vol. On discute des horaires de repas, de l’occupation de l’avion et de la composition des équipes. D’autant que l’équipage est composé de jeunes femmes (et d’une poignée de garçons) qui, le plus souvent, n’ont jamais volé ensemble : « Ces quelques heures passées dans les airs nous permettent tout de même de tisser des liens. Quand le contact passe bien, on se revoit à Dubaï pendant nos temps libres ». Lauren passe la moitié de son temps dans les airs. Après un long courrier (en jargon, on dit « ULF » : Ultra Long Flight »), elle passe 48 heures dans sa ville de destination. Sur un vol court, seulement 24.

Si la vie dubaïote fait rêver la plupart de ces filles, elle leur impose de se plier à certaines règles. Pour vivre à Dubaï, il faut disposer d’un contrat de travail d’au moins trois mois. À l’issue de la pandémie, la compagnie a donc lancé une large campagne de recrutement, encore en cours aujourd’hui. Une fois engagées, les hôtesses découvrent peu à peu les spécificités d’un métier ultra-codifié. Même quand il s’agit de remplir leur valise de cabine (noire et de la même marque pour tout le monde), elles reçoivent un mode d’emploi. En les observant quelques minutes avant le vol, on a l’impression que chaque membre d’équipage porte son sac à main (un modèle de couleur rouge aux faux airs de Balenciaga) de la même manière. Comprenez : avec élégance. Quand elles marchent dans les couloirs de l’aéroport, c’est toujours en groupe, selon un rituel qui paraît immuable ; un petit défilé de jeunes femmes vêtues d’un tailleur couleur sable. Sable, comme le cuir des 38 sièges de la classe Business récemment relookée. Désormais, plus besoin d’enjamber son voisin quand on a une envie pressante. Chaque siège complété par une petite table en bois laqué (avec minibar privatif) offre un accès direct au couloir. Vraiment stylé .

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Chaque siège a un accès direct au couloir.

La loi de l’anticipation

Pour ces jeunes femmes, la classe Business constitue une promotion. Avant d’y accéder, elles doivent d’abord faire leurs preuves en classe économique. Qu’est-ce que ça change de servir les Happy Few ? Tout visiblement, si l’on en juge par le regard affûté de Nadia, la cheffe de cabine, quand elle inspecte les faits et gestes des nouvelles arrivées. Est-ce la nappe en tissu qu’elles déposent d’un geste souple sur chaque tablette, la présentation aux passagers du menu en quatre temps, digne d’une table gastronomique ou, plus subtil encore, le travail d’anticipation propre à ce type de vol ? Ce qui est sûr, c’est que le moindre geste est millimétré. Le jour de notre vol, la période du Ramadan vient de débuter. À côté de nous, un client désireux de dîner après le coucher du soleil oblige l’équipage à adapter son tempo. Lauren et ses collègues passent et repassent dans les allées selon un ballet parfaitement chorégraphié : une serviette chaude, un petit pot de glace, quelques chocolats. Madame prend de l’eau gazeuse et son verre est vide ? Allez, une petite repasse. À moins qu’elle décide plutôt de passer au champagne.

Sur notre vol, l’équipage se compose de 13 nationalités différentes. À bord, on parle environ 40 langues. Alors que le premier service touche à sa fin, la nuit commence à tomber. Dans la cabine, la lumière est plus tamisée. Certains passagers se plongent dans une série. D’autres s’allongent pour profiter du confort de la classe Affaires. Si les hôtesses se font plus discrètes, elles sont aux aguets. « Dans les airs, on ne sait jamais ce qui peut se passer. Notre pire angoisse, c’est l’accouchement d’une passagère en plein vol », nous confie Lauren. En trois ans, elle n’a jamais vécu ce type de situation, mais certaines de ses collègues, oui. De quoi alimenter les conversations quand elles ont l’occasion de partager un matcha dans un café branché de Dubaï pendant leurs moments de pause.

100 heures de vol

Lauren passe environ 100 heures par mois en altitude. Certains jours, c’est du long courrier. D’autres fois, des vols de trois heures à peine. « Quand j’en ai l’occasion, je m’arrange pour faire un peu de tourisme. Sur la porte de mon frigo, j’ai d’ailleurs une collection d’aimants : un par destination », sourit-elle. Pour nous, ce vol en Business est une première, mais pour les habitués de la classe Affaires, la perspective de retrouver des membres d’équipage qu’ils ont déjà côtoyés sur un autre vol est un plus. « Pour nous, aussi, c’est toujours sympa de revoir des têtes connues », ajoute la jeune femme avant de s’éclipser. Il reste quelques minutes seulement avant l’atterrissage à Dubaï. Le moment pour elle de rentrer à la maison.

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