La Manufacture Breguet : deux siècles et demi de Haute Horlogerie
250 ans d’existence, plusieurs innovations majeures à son actif, la Manufacture Breguet se tourne vers les jeunes générations. Nous avons rencontré Gregory Kissling, son nouveau CEO.
ParMagali Eylenbosh,
PhotoDR
Vous avez récemment repris la tête de la Maison. Quels sont les futurs challenges à relever ?
Les challenges à relever sont de toujours continuer, d’inventer, d’innover, de faire vivre nos collections, mais aussi de gagner en notoriété, en désirabilité, et d’aller chercher une nouvelle clientèle, une nouvelle audience. D’aller chercher cette nouvelle génération qui ne connaît peut-être pas aussi bien Breguet. Ce sont des challenges très évidents. Et puis, c’est aussi de continuer d’exister. Ça fait 250 ans que Breguet le fait, de façon ininterrompue. Nous devons nous assurer d’être encore là dans les 250 prochaines années.
Le patrimoine occupe une place significative dans votre communication. Dans le futur, quelle est celle que vous allez laisser à l’innovation ?
Ce qui est important pour la Maison, c’est d’assurer cet équilibre entre héritage et modernité. On a, effectivement, un patrimoine important et qui permet toujours de nous en inspirer. Le but n’est pas de copier ce qui a été fait, mais, en s’en inspirant, d’apporter cette touche de modernité à travers des nouveaux designs, des nouveaux matériaux, de nouvelles techniques. Mais nous devons conserver notre identité. Nous sommes d’ailleurs la seule marque de Haute Horlogerie à avoir réussi à conserver cette identité visuelle très forte. Les codes Breguet ont résisté pendant des siècles, nous devons continuer, tout en les faisant évoluer.
Le tourbillon est-il toujours là complication privilégiée de la Maison ?
C’est une complication très importante, puisque Breguet est au cœur de cette invention et du brevet qui a été déposé le 26 juin 1801. Ça restera l’une de nos complications majeures, mais nous en maîtrisons beaucoup d’autres. Nous avons de très belles répétitions minutes, des équations marchantes, des quantièmes perpétuels… Parfois nous les marions, dans le but de pouvoir innover. Le pivot magnétique est l’une de nos récentes innovations. Lorsque Abraham-Louis Breguet a inventé le tourbillon, c’était dans le but d’améliorer les performances chronométriques des montres de poche. Celui-ci n’a pas le même impact sur la précision d’une montre-bracelet. Par contre, le pivot magnétique a du sens. Philosophiquement, on pourrait dire qu’il est le tourbillon du 21e siècle. Nous nous donnons toujours pour mission de continuer à créer des innovations qui ont un sens et une utilité pour le consommateur final.
Quelle est la part de montres masculines et de montres féminines ?
C’est assez équilibré ! Chez Breguet, les consommatrices aiment les complications, mais surtout l’authenticité. La montre Reine de Naples est la première montre-bracelet qui ait existé. Nous étions en 1810, soit un siècle avant l’ère des montres-bracelets. C’est aussi la première montre dessinée pour une femme, avec une esthétique, un design pensés pour la femme. C’est aussi très important. Souvent, les montres féminines sont des réductions des modèles masculins. La Reine de Naples a une double légitimité. `
Chez Breguet la tendance est-elle aussi aux petits diamètres ?
Oui, absolument ! C’est une demande qui s’est installée et notre offre permet d’y répondre. Ce n’est pas une tendance. D’ailleurs les futurs développements vont aussi clairement s’articuler autour de diamètres relativement petits. Et pour ça, il faut avoir des calibres. Justement, nous avons cette chance chez Breguet d’être une vraie Manufacture de mouvements. Nous les développons et nous les fabriquons.
Breguet célèbre cette année ses 250 ans. Pour cet anniversaire, vous proposez une montre mixte «Classique Souscription». Pourquoi ce choix ?
C’est une montre qui était symbolique à l’époque puisqu’elle a marqué le renouveau de Breguet «post-révolution». Au moment de la révolution, Abraham-Louis Breguet avait quitté Paris pour la Suisse, son pays natal. Pendant deux ans, il essaie de maintenir son entreprise, et en profite pour concrétiser quelques belles idées, dont le tourbillon et la montre de Souscription. Une idée géniale qui évitait de demander de l’argent à des banquiers pratiquant un haut taux d’intérêt. Aujourd’hui on parlerait de Kickstarter. Il a également inventé le premier prospectus horloger pour en faire la promotion. Il me semblait essentiel de reparler de cette histoire, et de proposer un modèle fort et symbolique. C’est aussi la première fois qu’une montre contemporaine reprend à la fois la face et le dos d’une montre ancienne.
Premier garde-temps à l’architecture simple, esthétiquement et mécaniquement puisqu’il ne révèle qu’une seule aiguille sur son cadran d’émail blanc, la montre dite de Souscription renaît en montre-bracelet. - DR
Le principe de la souscription est simple
Si le client ou la cliente souhaite acquérir une montre de ce type, il ou elle doit confirmer sa commande en versant un quart du prix. Cette avance a permis, jadis, à l’atelier du Quai de l’Horloge d’acquérir les fournitures nécessaires à la fabrication des montres, signant ainsi les prémices de la production en série. Environ 700 garde-temps sont ainsi conçus sur plus de trente ans.
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