
Peut‑être est‑ce là, finalement, la preuve ultime de son statut d’icône ? Tout débute en 1976, dans un monde où le luxe se conjugue encore presque exclusivement en or. Patek Philippe ose alors le pari d’une montre en acier, large, sportive, presque provocante. Sa lunette octogone aux flancs doucement convexes, intrigue autant qu’elle séduit, surtout lorsqu’on découvre ses ‘‘oreilles’’ latérales et ce boîtier construit comme un hublot de sous-marin. La référence 3700, vite surnommée Jumbo avec ses 42 mm pour seulement 7,6 mm d’épaisseur, devance son époque. Derrière sa silhouette, on devine la patte sûre du designer Gérald Genta, lui qui avait offert à l’horlogerie cette autre légende qu’est la Royal Oak, cousine avec laquelle la Nautilus sera sans cesse comparée.
Un hublot étanche
D’inspiration marine, la Nautilus pousse le concept au‑delà du clin d’œil esthétique. Les points de fixation du boîtier se situent ainsi sur les côtés, comme sur une véritable fenêtre de navire, et non à l’arrière comme sur la quasi-totalité des montres classiques. Résultat, on extrait le mouvement par l’avant, mais surtout on gagne une étanchéité à 120 mètres, spectaculaire pour une montre à l’époque. En outre, l’acier brossé, le fond bleu‑gris strié et un bracelet intégré, aux maillons effilés, composent une silhouette d’une modernité aussi désarmante qu’intemporelle.

D’échec discret à désir absolu
On l’oublie souvent, mais la Nautilus ne s’est pas imposée immédiatement. Dans un catalogue dominé par les calendriers perpétuels en or et les répétitions minutes, cette sportive en acier faisait figure de corps étranger. Il fallut l’arrivée des versions féminines puis mid‑size, le passage à des calibres maison avec seconde centrale et une série d’ajustements de style pour qu’elle trouve enfin sa place. Désormais quinquagénaire, elle s’éloigne aussi des combinaisons de néoprène pour flirter avec les vitrines de la haute joaillerie : platine, diamants baguette, saphirs, rubis, émeraudes transforment ainsi la sobre 5711 en manifeste étincelant, décliné en séries aussi rares que convoitées, écrins de savoir‑faire pour démontrer la maîtrise du sertissage maison.

La valeur d’un mythe
Difficile enfin d’évoquer la Nautilus sans parler chiffres. La classique en acier, à phase de lune et calendrier annuel, affichée un peu au‑delà de 59.000 euros au catalogue, se négocie volontiers autour de 99.000 euros sur le marché secondaire, quand on parvient à en approcher une au terme d’une attente qui se compte en années. Ainsi, pour beaucoup, elle est devenue un blue chip horloger que l’on achète autant pour sa courbe de valeur que pour son design. Un glissement qui constitue le lot de toutes les véritables icônes, vouées à rejoindre un jour le panthéon des mythes, où l’on achète, le cas échéant, un demi‑siècle de désir absolu.
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