
Elles sont conçues pour capter et retenir notre attention au-delà du raisonnable. Les vidéos courtes (« short-contents » en anglais) occupent aujourd’hui une place de choix dans nos vies numériques. On les accuse parfois d’« abîmer le cerveau », une formule choc mais trompeuse. Le problème n’est pas la destruction des neurones, explique Bruno Humbeeck qui vient de publier son livre « Moins d’écrans, plus de liens » aux éditions Racine, mais l’épuisement d’un mécanisme fragile : notre capacité d’attention.
Comment booster son cerveau ? Grâce à cet ingrédient secret :
Une attention sollicitée jusqu’à saturation
Humbeeck distingue deux formes d’attention. D’un côté : l’attention flottante. Plus diffuse, c’est celle qu’on exerce devant un film ou lors d’une promenade en forêt. C’est elle qui permet au cerveau de se régénérer. De l’autre : l’attention focalisée. Cette dernière, au contraire, mobilise davantage d’énergie car elle exige de se concentrer sur un détail bien précis. Les vidéos courtes exploitent exclusivement ce second mode, enchaînant les sollicitations rapides et intenses à vitesse éclair. Ce n’est pas dangereux au sens médical, mais ça fatigue, épuise et, à terme, prive notre cerveau de ses moments de relâchement.
Le piège du scroll
Le mécanisme est bien connu : on prévoit quelques minutes de scrolling, et on y reste finalement une demi-heure. Si l’on pointe la plupart du temps notre manque de volonté du doigt, c’est surtout aux algorithmes qu’il faut en vouloir. Ces derniers calculent en permanence les contenus les plus susceptibles de retenir notre regard. « Ce ne sont pas des addictions cliniques mais des automatismes cérébraux exploités à des fins commerciales », souligne Humbeeck. Résultat : l’utilisateur perd complètement le contrôle de son temps, happé par une succession infinie de micro-stimulations.
Fatigue et insatisfaction
Contrairement aux rumeurs, ces vidéos n’entraînent pas de dégradation cognitive. Elles empêchent en revanche l’installation d’un apprentissage durable et réduisent la satisfaction personnelle. « On regarde, on enchaîne, puis on réalise qu’on n’a rien retenu. Cela nourrit une impression de vide et mine l’estime de soi », observe le chercheur. Autre effet majeur : la disparition des moments de rêverie, pourtant essentiels à la créativité et à la résolution de problèmes. À force d’occuper le moindre micro temps mort, nos écrans suppriment la possibilité même de l’ennui.
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Comment reprendre la main ?
Selon l’expert, la solution ne passe pas par l’interdiction brutale mais par une régulation progressive et partagée. Sa proposition ? Se fixer à l’avance une limite de temps (douze minutes, pas plus), désactiver ses notifications et instaurer des moments et des lieux sans écran à la maison, à table par exemple, ou lors des moments en famille. L’exemplarité des adultes est décisive : demander aux enfants de décrocher n’a de sens que si les parents le font aussi.
Humbeeck insiste : il ne s’agit pas de diaboliser les écrans. « Certains contenus longs, comme les podcasts ou les documentaires, mobilisent au contraire les capacités d’attention ‘lentes’, plus exigeantes mais aussi plus formatrices ». Tout l’enjeu est de rééquilibrer : réduire le fast-food de l’attention que représentent les vidéos courtes, pour redonner une place au temps long, à la conversation et au vagabondage mental.
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