
« Juste une série avant de dormir. » « Encore cinq minutes sur Insta. » « J’check mes mails vite fait. » Le temps d’écran a doucement colonisé nos vies, jusqu’à devenir une habitude quasi inconsciente. Pour la première fois, l’Enquête nationale de santé menée par Sciensano en collaboration avec Statbel a intégré un volet dédié à l’usage des écrans pendant les loisirs. Et les chiffres donnent un sérieux coup de projecteur sur notre dépendance collective.
Et si on s’éloignait des écrans pour lire un bon polar. Découvrez en vidéo notre décryptage pour en savoir plus sur ce genre littéraire très apprécié en été :
5h39 par jour devant un écran. Et vous ?
En moyenne, un Belge passe 339 minutes par jour (soit 5 heures et 39 minutes) à pianoter, regarder, swiper, scroller ou jouer. Près de 7 personnes sur 10 dépassent les 4 heures quotidiennes. Et ce chiffre ne prend en compte que le temps libre (hors travail ou études). En gros, on passe nos journées vissés à un écran… et nos soirées aussi.
« Ce chiffre est sans doute sous-estimé », avertit Sciensano, qui pointe la difficulté à mesurer le temps réel passé face aux écrans, souvent utilisés en simultané (regarder Netflix en répondant à des messages WhatsApp, par exemple). Mais il offre une base solide pour observer les différences entre tranches d’âge, genres ou niveaux d’éducation.
Un fossé générationnel XXL
Sans surprise, ce sont les 15-24 ans qui battent tous les records : 7h42 de temps d’écran par jour. Une tranche d’âge où près de 28 % jouent de manière intensive aux jeux vidéo, et où plus de 64 % passent deux heures ou plus par jour sur les réseaux sociaux. Chez les plus de 75 ans, ces chiffres tombent à… 5,9 % pour les réseaux sociaux et 0,9 % pour les jeux vidéo.
Autre clivage net : celui de l’éducation. Les personnes sans diplôme de l’enseignement secondaire passent presque une heure de plus par jour sur écran que les diplômés du supérieur. Et sont plus nombreuses à consommer télé, jeux ou réseaux sociaux de manière intensive.
Télé, réseaux, jeux : chacun sa came
Dans ce marathon digital, la télé reste reine : 70 % des Belges regardent vidéos ou émissions plus de deux heures par jour. Viennent ensuite les réseaux sociaux (29,1 %), les autres activités sur Internet (21,7 %) et, loin derrière, les jeux vidéo (10,4 %). Mais ces chiffres cachent une foule de nuances : les hommes, par exemple, sont bien plus nombreux à jouer que les femmes (14,3 % contre 6,5 %), tandis que ces dernières surfent davantage sur les réseaux.
Géographiquement, les usages sont plus proches qu’on ne le croit. La Wallonie compte plus de gamers intensifs (15,3 %), la Flandre davantage d’adeptes du surf web (24,2 %), mais globalement, les pratiques restent relativement homogènes à l’échelle du pays.
Un enjeu de santé publique
Derrière ces chiffres se cache un enjeu massif, rarement débattu : celui du comportement sédentaire. Car rester assis à fixer un écran pendant des heures n’est pas anodin. Plusieurs études ont déjà démontré le lien entre usage excessif des écrans et troubles du sommeil, alimentation déséquilibrée, problèmes oculaires, stress, anxiété ou risques cardiovasculaires. Sans parler de l’impact sur la santé mentale des jeunes.
« Il est urgent de mieux intégrer le temps d’écran dans les politiques de prévention », insiste le rapport, qui plaide pour une prise de conscience collective. Car contrairement aux idées reçues, le temps libre sur écran n’est pas neutre. Il influence nos habitudes, nos rythmes, notre bien-être, et parfois, sans qu’on s’en rende compte, notre santé globale.
Un miroir de notre société
En somme, cette enquête agit comme un miroir. Ce qu’elle reflète ? Une société ultra-connectée, où l’écran est à la fois outil, compagnon et refuge. Mais aussi une fracture générationnelle, sociale et culturelle, qui traverse toutes les couches de la population. Alors, que faire de ces 5h39 ? Les réduire ? Les réorienter ? Les comprendre, d’abord. Car avant de décrocher, encore faut-il savoir ce à quoi on est accro.
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